CHAPITRE XXXVI
Commencement de la guerre de trente ans.
L'Allemagne est composée de plusieurs États grands et petits, indépendants les uns des autres, mais formant en même temps un seul corps d’empire, dont le chef commun est l'empereur d'Allemagne, ou, comme on l’appelait à
(1) Archives des barons Sack, vol. 25, brevet de major d'Otto Sack, 10 octobre 1627, et du lieutenant-colonel des cavaliers de Sudermanie, Zacharie Pauli. Ge dernier brevet est daté du 14 mai 1629.
cette époque, l'empereur romain. Ué monarque était choisi par les princes électeurs. La dignité impériale n'était donc pas héréditaire, cependant la maison d'Autriche l'avait déjà possédée, durant deux siècles environ, et, de plus, la Bo. hème, la Hongrie et l'Autriche lui appartenaient; ses richesses particulières et l’éclat de la couronne impériale avaient tellement accru sa prépondérance, que l’on craignit plusieurs fois de lui voir étendre sa domination, sur l’Allemagne d’abord, puis sur toute l'Europe. Pour réaliser au moins la première partie de ce projet, la maison d'Autriche pouvait compter sur les secours de sa famille, qui régnait en Espagne, et des catholiques de l'Europe entière. La paix d'Augsbourg avait mis un terme aux premières guerres occasionnées par la réforme de Luther et de Calvin; mais les Européens n’en continuaient pas moins à être divisés en deux grands partis, entre lesquels, malgré un calme apparent, régnait une inimilié vive et irréconciliable. D'un côté se trouvaient l'Italie, la France, l'Espagne, l'Autriche, la Pologne et ce qu'on appelait la Ligue, composée par les princes catholiques de l'Allemagne. Dans le parti protestant on voyait l'Angleterre, la Hollande, le Danemarck, la Suède, les princes de l’Allemagne du nord, et une foule innombrable de sectaires des contrées méridionales de cet empire, de la France, de la Pologne. L’appui de la maison d’Autriche, dont le dévouement à la religion catholique était connu, donna une grande importance à la ligue. La première nourrissait aussi la secrète espérance de parvenir par ce moyen à la domination de l'Europe. Une opinion, pour ainsi dire héréditaire dans le parti catholique, c'est que le monde ne devait avoir que deux chefs : le pape pour les af. fares spirituelles, et l’empereur pour.les affaires temporelles. Cependant les troubles civils, des guerres, principalement avec la Turquie, s'étaient opposés à l'exécution de ce
plan, et durant assez longtemps le trône impérial ne fut point oecupé par un souverain ayant les qualités nécessaires pour se charger de ce rôle difficile. o
Mathias devint empereur en 1612; avancé en âge et fatigné par des troubles de toute espèce, il désirait le repos. N'ayant point d'enfants, il choisit pour héritier, vers les dernières années de sa vie, l’archidue Ferdinand, fils de sa sœur, prince habile, persévérant, énergique, dans la force de la jeunesse, réunissant la vivacité à la puissance. Ferdinand, élevé par des jésuites, était dévoué de cœur et d'âme au catholicisme et avait la capacité nécessaire pour discerner l'intérêt particulier qu'il pourrait retirer de sa qualité de chef du parti catholique. C’est pourquoi la nouvelle de son adoption par l'empereur répandit de l'inquiétude en Europe, et ce ne fut point sans peine que la diète de Bohêmeet de Hongrie se décida à le reconnaître comme successeur de Mathias ; car 1l y avait beaucoup de protestants dans cès deux royaumes Fer; dinand fut obligé de promettre, par serment, qu'il maintiendrait les priviléges obtenus par ces deux pays, soit dans les stipulations qu'ils avaient faites avec leurs propres souvezs rains, soit dans la paix religieuse. Ferdinand consentit à ces conditions sans hésiter, mais avec la ferme résolution d'x manquer au premier moment favorable. Il ne tarda point à se présenter. L'âge avancé de l'empereur, ses mfirmités toujours croissantes, laissèrent bientôt toutes les affaires entre les mains de Ferdinand, qui déploya aussitôt l'absolutisme le plus visible. Les priviléges de la Bohême, qu'il avait juré de maintenir, voulaient que les emplois fussent partagés également entre les membres des deux communions, et que le culte des uns et des autres ne fût point troublé, Mais Ferdinand commença par exclure les protestants de tous les emplois ; il lenr enleva, sous un prétexte futile, deux de leurs églises, lune à Prague et l'autre à Braunau. Le peuple mur-
mura. Quelques-uns des amis les plus dévoués de la maison d'Autriche, et le vieux Mathias lui-même, conseillèrent la prudence; Ferdinand était et resta inflexible.
Les Bohêèmes, libres de temps immémorial, et habitués de puis les guerres des Hussites à défendre leur liberté, n’endurèrent pas un pareil traitement. La noblesse, puissante et presque toute protestante, fut très-irritée ; l'orgueil des catholiques se trouva également blessé par l’injure faite aux libertés nationales. Les Bohêmes de toutes les communions se réunirent donc en grand nombre à Prague, où ils se plaignirent hautement ne violences de Pevafiatq en général, et d'une manière plus spéciale deses principaux partisans dans le sénat; ils signalèrent surtout deux seigneurs, Martinitz et Slawata. Le 30 mai 1618, le comte Henri Mathias de Thurn, accompagné de plusieurs nobles, de militaires bohêmes et d’une grande multitude, se rendit au château et entra dans la salle où les sénateurs impériaux étaient assemblés. L’un des seigneurs qui faisaient partie de ce rassemblement exposa le mécontement excité chez le peuple par les ilégalités commises à son égard, et déclara (que les Bohêmes n'avaient point élu Ferdinand pour en faire un souverain absolu dont ils seraient les esclaves. C’est pourquoi ils lui demandaient de changer son système de gouvernement ; dans le cas contraire, ils seraient obligés d'élire un autre monarque. » Les sénateurs cherchèrent à calmer l’irritation par des réponses évasives; mais les plaignants énumérèrent alors leurs griefs contre Martinitz et Slawata. Ceux-ci ayant voulu se défendre, un autre seigneur les interrompit en disant : «Toutes ces phrases sont inuliles ; Jetons ces hommes par la fenêtre, selon l'antique coutume de la Bohème. » Ainsi dit, ainsi fait. Lobkowitz, l’un des plus irrités, courut droit à Martinitz,
saisit ses mains, d’autres le prirent par les pieds, et il fut jeté par la fenêtre. Slawata voulut s'esquiver, mais Thurn
l’arrêta par le bras en criant : « Nobles seigneurs, voici le second. » Slawata ainsi que le greffier du sénat furent contraints de suivre la même route que Martinitz; les autres sénateurs, moins détestés, obtinrent la permission de fuir: Cette salle était au troisième étage; mais, un grand amas de fumier se trouvant par hasard sous les fenêtres, les victimes de cette émotion populaire se firent peu de mal en tombant. Cette violence fut le signal de la révolte pour la Bohême entière. Catholiques et protestants coururent aux armes et chassèrent tous les Autrichiens. Ce fut le commencement de la célèbre guerre de trente ans.
Le vieil empereur et son conseiller intime, le cardinal Klesel, proposèrent de calmer la révolte en usant d’indulgence; mais Ferdinand ne voulut entendre parler que de sévérité et de rigueur. Il paraissait charmé d’avoir un prétexte pour rerer les priviléges accordés aux protestants et l’occasion d’anéantir complétement ce parti détesté. Comme il redoutait l’opposition du puissant Klesel, il le fit enlever secrètement de Vienne, et l’enferma dans un château éloigné. Mathias ne put supporter ces malheurs : l’affliction le mit au tombeau.
La rigueur et l’inimitié évidentes de Ferdinand envers les Bohêmes irritèrent ces derniers encore davantage. Conduits par Thurn et par Mansfeld, ils chassèrent les Autrichiens de la Bohême, de la Silésie, de la Moravie. Thurn pénétra jusqu’à Vienne, qu il assiégea. L'arrivée accidentelle de Boucquot épargna à Ferduand la honte de se voir contraint, au milieu de sa propre capitale, à accorder les demandes Ut des révoltés. Ceux-ci convoquèrent-une diète à Prague, dans laquelle ils choisirent pour roi le comte palatin du Rhin Frédérc V. Il était gendre du roi d'Angleterre, et l’un des plus puissants princes de l'Allemagne ; les Bohêmes pouvaient donc espérer de ce côté, comme E la part de leurs coreligionnaires, des secours énergiques. La plus grande partie
«les paysans de la Iaüte-Autriche, ayant adopté la nouvelle «loctrine, n’attendaient qu'une occasion pour se joindre aux Bohêmes. Il en était de même en Hongrie, où un ennemi dangereux pour l'empereur s’était montré en la personne du prince de Transylvanie, Bethlen Gabor, qui fut plus d’une fois sur le point de se rendre maitre de toute la Hongrie. On ne peut nier que Ferdinand se trouvait dans une position trèsdifficile. :
D'un autre côté, il avait beaucoup de raisons pour espérer une issue heureuse de son entreprise. Il pouvait compter d'abord sur les forces innombrables de l'Espagne, de lAutriche, de la Pologne et de la Ligue catholique. La France, gouvernée par une régence incapable, n’osait agir; il en était de même pour l'Angleterre, où régnait un roi faible et sans énergie. Les protestants étaient désunis, et les luthéviens refusaient, par jalousie, de soutenir le roi de Bohême, nouvellement élu, parce qu'il avait adopté les principes de Calvin. L'électeur de Saxe trahit et abandonna ses coreligionnaires, car le rusé Ferdinand avait fait briller à ses yeux l'espoir de réunir la Lusace à son électorat. Ferdinand, profitant avec habileté de la désunion de ses ennemis, parvint, après la mort de Mathias, à se faire élire empereur par la diète de Ratisbonne, le 29 août 1619. Son adversaire Frédéric avait été élu roi de Bohême deux jours auparavant. Les deux partis se préparèrent à une lutte décisive; leurs forces étaient très-inégales. Cinquante mille Autrichiens, trente mille Espagnols, trente mille hommes de troupes de la Ligue, vingt mille Saxons, combattaient pour Ferdinand : presque tous étaient de vieux soldats aguerris, commandés par des généraux également éprouvés : Boucquoi, Dampier, Spinola, Tilly. On voyait dans les mêmes rangs Wallenstein, Pappenheim, Altringer, etc., jeunes héros avides dé dangers et de gloire. Le roi Frédéric, au contraire, était abandonné
par ses coreligionnaires et même de son beau-père. Treize mille hommes fournis par les villes impériales libres, et dix mille Hongrois, furent les seuls secours qu'il put obtenir, et ces derniers, par leur amour du pillage, leurs désordres, lui étaient plus nuisibles qu'utiles. Parmi ses généraux, Thurn et Mansfeld étaient les seuls qu’on pouvait citer. Frédéric, jeune, vif et fier, ne perdit pas courage. « Les dez sont jetés, dit-il, les armes décideront de ma couronne; » et il repoussa toutes les conditions de paix onéreuses que Ferdinand lui proposa pour sauver les apparences. On en vint enfin à une bataille, le 19 novembre 1620 ; elle eut lieu sur la montagne Blanche, auprès de Prague. Après une courte lutte, l’armée de Bohême prit la fuite, les Hongrois en donnèrent l'exemple. Le régiment de Thurn se défendit seul jusqu’au dernier homme et se couvrit de gloire. La déroute fut complète; Prague et toute la Bohême tombèrent au pouvoir de l'empereur. Frédéric et sa femme prirent la fuite, afin d'échapper à l’ennemi qui les poursuivait ; 1ls se dirigèrent d’abord vers leurs possessions héréditaires, puis vers la Hollande, où, malheureux et pauvres, 1ls furent réduits à vivre des aumônes que les puissances étrangères leur envoyaient.
Ferdinand laissa tomber lourdement sa main de fer sur les vaincus. Dans toute la Bohème les protestants furent contraints d'abjurer, et chassés de leurs demeures quand ils refusaient de renoncer à leur croyance ; leurs églises furent abattues ou livrées au culte catholique. Trente mille ménages, parmi lesquels on comptait cent quatre-vingts familles nobles, Thurn à leur tête, quittèrent le pays. La plupart de ceux qui restèrent perdirent leurs propriétés, et vingt-sept des principaux seigneurs eurent la tête tranchée. La Bohême ne s'est point encore relevée de ce coup. Les paysans de l'Autriche, entraînés par des provocateurs bo-
hêmes à prendre les armes, espéraient en leur grand nombre, en la justice de leur cause, el comptaient sur des miracles futurs. Leur chef, qui redoutait les châtiments, assurait que le succès était immanquable, et cherchait par tous les moyens à pousser leur courage et leur irritation au dernier degré. Mais Pappenheim et ses troupes régulières tuèrent bientôt par milliers et sans peine les hommes de ces bandes indisciplinées. Boucquoiï soumit les Hongrois, et Bethlen Gabor fut contraint de demander la paix. Toutes les provinces autrichiennes se résignèrent à l’obéissance et à la soumission devant la puissance victorieuse de Ferdinand.
Ge prince se conduisit avec la même violence et le même absolutisme dans les affaires qui concernaient l'Allemagne. Frédéric fut mis au ban de l'empire comme fauteur de rébellion. Les Espagnols occupèrent la plupart de ses terres héréditaires près du Rhin, et la partie appelée le Haut-Palatinat fut donnée plus tard au duc de Bavière, pour le récompenser de sa fidélité envers Ferdinand, qui l’investit en même temps de la dignité d'électeur.
Ceci était entièrement opposé aux institutions existantes, car l’empereur n'avait pas le droit de déposer et de nommer ainsi des princes d’empire sans le consentement de leurs pairs. Les catholiques et les protestants s’en montrèrent également mécontents, et ces derniers surtout étaient extrêmement 1rrités de la Auloase de l'empereur envers leurs coreligionnaires “de Bohème. Les princes firent des représentations sérieuses, ct les peuples murmurèrent. Plusieurs généraux s'étant montrés disposés à défendre la cause de la liberté, Jes mécontents accoururent en foule sous leurs drapeaux. Ernst de Mansfeld et le duc Christian de Brunswick se trouvalent parmi ces généraux. Dans les batailles réglées ‘ils étaent toujours battus par les troupes de l’empereur; mais le courage et la persévérance des chefs, la protection ou-
verte du peuple et les secours secrets des princes ne tardaient point à les remettre en état de tenir la caripagne. Toute l'Allemagne fut inondée et. dévastée par les brigandages de ces bandes indisciplinées, et par les soldats impériaux, qui ne valaient guère mieux. Ceux-ci cependant finirent par avoir le dessus. Dans l'espoir d'obtenir le pardon de Ferdinand, le faible Frédéric consentit à publier un manifeste par lequel 1l repoussait toute communauté avec le comte de Mansfeld et le duc de Brunswick, les seuls qui l'avaient soutenu. Ces deux généraux, AR etiae de Frédéric, et poursuivis par Tilly, qui leur était supérieur sous tous les rapports, se trouvèrent dans la nécessité de licencier leurs troupes, déjà prêtes à se dissoudre, et de fuir en pays étrangers. Toute l'Allemagne était donc livrée sans défense au pouvoir de l’empereur. Les ennemis de Ferdinand ayant été dispersés, on avait lieu d'espérer que ce prince rendrait la paix et le calme à l'empire harassé; c'était une erreur. L’empereur conservait ses armées sans motif apparent ; aussi vit-on renaître parmi les catholiques et les protestants la crainte qu'il n’eût l’intention de se rendre le maître absolu de l'Allemagne. Le Danemarck et la Suède redoutaient également ses projets ultérieurs contre leur liberté de conscience et leur souveraineté. Le roi d'Angleterre, trompé dans l’espoir que, sur ses représentations, l’empereur ferait enfin grâce au mal-
heureux Frédéric, se montra disposé à le secourir. Il ne
manquait plus qu’un chef pour réunir toutes ces forces
dispersées.
La France, adversaire naturelle de l'Autriche, avait, durant une régence faible et incapable, soutenu les entreprises
de sa rivale, au heu d’asir dans le sens contraire. Par ses 9 ©
intrigues, son habileté, son énergie, le célèbre cardinal de Richelieu était parvenu à une influence presque absolue sur
le roi Louis XIIT, sur toutes les affaires du royaume, et la France ne tarda pas à être entièrement gouvernée par lui. Le cardinal vit bientôt ce que la puissance de l'Autriche aurait de redoutable pour la France et pour l’Europe, si on lui laissait prendre une autorité absolue sur l’Allemagne. La seule manière de s’y opposer était de soutenir les protestants ; mais, d’un autre côté, ce moyen répugnait à Richelieu, qui était cardinal, ministre d’un roi catholique, et occupé à subjuguer en France ces mêmes protestants qu’il fallait secourir en Allemagne. Cependant Richelieu prit une détermination hardie et l’exécuta. Dans ses discours, ses lettres, ses actions, il manifestait loujours un dévouement complet pour le pape et une haine amère contre la doctrine protestante, mais il avouait en même temps que le zèle de Ferdinand pour la religion catholique n'était qu'un prétexte dont il se servait pour subjuguer l'Allemagne ; un bon Français devait s'opposer à l'exécution de ce dessein. Richelieu devint donc l’âme des négociations entreprises contre l'Autriche ; 1l s'agissait seulement de savoir quel prince on choisirait pour conduire cette guerre. On balançait entre deux rois protestants, Gustaf-Adolphe de Suède et Christan [V de Danemarck, célèbres par leurs qualités personnelles, et redoutant également les desseins de l’Autriche. La France voulait Gustaf-Adolphe et l'Angleterre Christian IV, avec lequel sa maison royale avait d’étroites liaisons de famille. L'un et l’autre présenta ses conditions. Gustaf-Adolphe, avec un peuple épuisé par des guerres précédentes et par la guerre actuelle, demandait des avantages considé-
sables. Christian IV, au contraire, avait amassé, pendant
douze années de paix, des forces et du courage. Voisin de l'Allemagne, il était plus facile et plus important pour lui de soutenir la cause des protestants. La gloire qui devait rejaillir sur le libérateur de tant de peuples flaltait son
âme élevée, et une jalousie secrète, excitée par les lauriers de Gustaf-Adolphe, ne fut peut-être pas sans influence sur l’ambitieux Christian. Ses demandes étant donc plus modérées, on l’accepta comme chef du cercle de Basse-Saxe. Il conclut une alliance avec l'Angleterre et les princes allemands, avant que la France eût pu parvenir à s'entendre avec Gustaf-Adolphe. Ce dernier se retira en félicitant les alliés « d’avoir choisi un chef aussi digne et dont les succès étaient immanquables. »
Cette guerre commença pendant l'été de 1625. Plusieurs princes protestants, parmi lesquels se trouvaient les ducs de Mecklembourg et l'administrateur de Magdebourg, se réunirent à Christian IV. Mansfeld et Christian de Brunswick rassemblèrent de nouveau leurs bandes dispersées et coururent au combat. Le roi de Danemarck, à la tête de toutes les forces danoiïses, entra dans la Westphalie et la Basse- Saxe, où il prit plusieurs forteresses, puis 1l descendit vers la Hesse. C’est dans ce pays qu'il rencontra les troupes de la Ligue, sous les ordres de Tilly. Christian reconnut l’impossibilité de résister, avec son armée nouvellement enrôlée, à une bataille livrée par les soldats de Tilly, qui avaient blanchi sous les armes. Il évita donc avec soin toutes les occasions de se mesurer avec eux dans une bataille en règle. Tilly avançait, reculait, il usait de toutes les ruses de la guerre pour décider le roi à combattre en plaine, ce fut inutilement. Christian ordonna sa marche et choisit ses po-® sitions d'une manière si avantageuse, que Tilly ne pouvait l’attaquer sans courir un danger imminent. La guerre se fit ainsi durant toute l’année 1625, et la plus grande partie de l'année suivante. Enfin, le 26 août 1626, Tilly força le roi à accepter une bataille. Elle eut lieu à Lutter, sous Baremsberg. Les Danois et leur roi se conduisirent avec une honorable bravoure. Christian les mena trois fois au feu; mais
les soldats de Tilly étaient inébranlables, ou bien on ne pouvait leur résister quand ils avançaient. Forcés de fuir après avoir perdu environ quatre mille hommes, les Danois furent chassés en peu de temps de toute l'Allemagne.
La guerre contre les protestants avait été faite jusque-là, en grande partie, par les troupes de la Ligue catholique, qui dépendaient plus ou moins de Maximilien, électeur de Bavière. Pour se rendre indépendant de ce côté aussi, Ferdinand désirait posséder une armée qui füt sa propriété; mais 1l manquait de l’argent nécessaire pour les enrôlements. Le riche et vaillant Wallenstein leva à ses frais, pour le service de l’empereur, une armée de cinquante mille hommes, avec laquelle il marcha, dans l'automne de 1625, vers l'Allemagne septentrionale. Le printemps suivant il batut Mansfeld auprès de Dessau, le poursuivit à travers la Silésie, toute la Hongrie, où Mansfeld tomba malade et mourut. Le second défenseur de la liberté de l'Allemagne, le duc Christian de Brunswick, éprouva un sort pareil la même année, et le roi de Danemarck fut enfermé dans le Holstein par Tilly et Wallenstein qui revenait de la Hongrie. Mais, ces deux généraux n'ayant pu s’entendre, Wallenstein manœuvra si bien que Tilly reçut l'ordre de marcher vers la.frentière hollandaise, et son rival fut chargé d’achever la guerre contre le Danemarck. Elle était à moilié terminée par la victoire que Tilly avait remportée à Lutter et dont Wallenstein recueillit les fruits. Il inonda l’Allemagne septentrionale, le Holstein, le Jutland de ses troupes; les flots du Belt et l'excellente flotte de Christian purent seuls pré- ‘server les îles danoises d’un semblable malheur. Une tradition populaire assure que Wallenstein, dans son impuissant dépit, envoya des boulets rouges aux flots qui le retenaient.
C’est ainsi que se termina la campagne de 1627. Ferdi-
pand ayant eu le bonheur de dissiper cette tempétle, sa considération et sa puissance en furent plus affermies que jamais; toute l'Allemagne attendait en tremblant les décisions de son sévère vainqueur. Les deux ducs de Mecklembourg furent bannmis, et Ferdinand donna leur duché et leur titre à Wallenstein, malgré lillégalité d’une telle mesure et la protestation des princes dépossédés. Il nomma Wallenstein grand amiral de Îa mer du Nord, essaya par son moyen de s'emparer des villes maritimes de la Poméramie, du Mecklembourg et de réunir une flotte formidable. Le nuage, gros de malheur, se rapprochait loujours davantage du Nord.
Le plus important des ports de la Baltique, à cette époque, était celui de Stralsund, remarquable par son commerce, sa richesse et sa position particulièrement forte. Wallenstein chercha à s'en emparer, d’abord par la ruse, ensuite par la force. Les rois de Suède et de Danemarck, comprenant tout le danger qui résulterait pour eux de la présence d’une flotte impériale dans les eaux de la Baltique, convinrent de protéger Stralsund, et ÿ envoyèrent d'abord des troupes danoises, sous les ordres de Holk, puis des troupes suédoises commandées par Lesslie et Nils Brahe. De son côté, Wallenstein avait envoyé Arnheim avec des forces tonsidérables, et donné l’ordre de prendre la ville, n'importe à quel prix. Mais toutes les allaques des impériaux furent repoussées, et Wallenstein, hors de lui de fureur, s’écria € qu'il s'emparerqit de Stralsund lors même que cette ville serait fixée au el avec des chaînes de diamants. » IE s’avança donc avec toute son armée, attaqua les remparts, leur livra plusieurs assauts successifs. Les bourgeois et les soldats rivalisèrent de bravoure, et Wallenstein fut contraint de renoncer à son entreprise, après avoir perdu onze mille hommes sous les murs de Stralsund. Dans l'intervalle
la flotte danoise avait antanti tous les vaisseaux rassemblés
et armés. par Wallenstein avec des dépenses infinies. I était
amiral et n'avait point de navires.
L'empereur vit clairement qu’il était impossible de rien faire d'important contre les flottes et la puissance réunies du Danemarck et de la Suède; c'est pourquoi il offrit à Christian une paix très-avantageuse. Ce dernier avait promis, il est vrai, de ne pas négocier sans la participation de la Suède: mais la nécessité et la tentation l'emportèrent. Christian conclut, en mai 1629, la paix avec l’empereur ; il abandonna ses alliés, le roi de Suède et les ducs de Mecklembourg. On lui rendit toutes les provinces qu’il avait perdues, moyennant la promesse de ne plus se mêler de ce qui concernait l'Allemagne.
Ferdinand se trouvait donc parfaitement libre de faire tout ce qu'il voulait dans ce pays: Gustaf-Adolphe était occupé par sa guerre contre Sigismond, auquel l'empereur venait d'envoyer des renforts. Ferdinand profita de cette occasion pour donner le coup de grâce à ses adversaires. Il avait déjà mis, par une ordonnance rigoureuse, tous les protestants des Etats autrichiens dans l'alternative de les quitter ou d'embrasser la religion catholique. Le 6 mai 4629, il publia l’édit de restitution, c’est-à-dire qu'il ordonnait de rendre sans délai tous les biens distraits de l'Église cathiolique. Des fondés de pouvoir impériaux furent envoyés de tous côtés pour hâter l'exécution de cette mesure. L’anxiété des protestants fat inexprimable; un très-crand nombre d'habitants paisibles étaient en possession, depuis plus d’un
siècle, des propriétés enlevées à l’Église dès les premiers
moments de la réforme. Il s'agissait maintenant pour eux de se voir dépouiller des biens dont ils jouissaient depuis si longtemps, d’être chassés de leurs demeures, ou de devenir les esclaves de maitres sévères qui professaient une
doctrine étrangère et ennemie. Plusieurs États firent des représentations; mais Tilly et Wallenstein les menaçaient de leurs armées, et“déjà le terrible édit avait été nus à exécution dans les diyers cercles. Les protestants de l’Allemagne parassaient perdus pour toujours.