CHAPITRE XLVI
Monræ à Rugenwalde.
. Le roi, ayant pris pied en Poméranie, ordonna à Oxenstjerna d'yenvoyer les régiments qui avaient passé l'hiver en Prusse. La plus grande partie de ces troupes suivit la route de terre sous les ordres dé Gustaf Horn, et se réunit à celles du roi à Stettin. Les régiments cantonnés autour de Kænigsberg, devaient, à raison de Îa distance, prendre la voie de mer. Parmi ces derniers se trouvait le colonel Monræ avec sept cents Écossais. Ils s’embarquèrent à Pillau vers le milieu du mois d'août; mais des tempêtes continuelles les ballottèrent entre le Danemarck et les côtes de Poméranie, où le navire eut une voie d’eau tellement forte, que quarante-huit hommes, constamment occupés aux pompes, pouvaient à peine le maintenir à flot. Enfin il échoua auprès de Rugenwalde, et fut bientôt brisé par les flots ; les soldats échappèrent, avec des fatigues extrêmes, à la mort dont ils étaient menacés. Mais 1ls se trouvèrent dans une position dangereuse sur le rivage, sans vivres, sans munitions, presque sans armes, ne psssédant plus que quelques piques, quelques épées et plusieurs mousquets mouillés. Le pays était encore au pouvoir de l'ennemi, et les Suédois les phis rapprochés se trouvaient à seize milles de là.
Monrœæ ne perdit pas courage ; il savait, par hasard, que le commandant du château de Rugenwalde était un Poméranien dévoué aux Suédois, tout en feignant le contraire par crainte des impériaux qui erraient dans les environs. Monræ envoya donc secrètement vers lui pour demander à être introduit pendant la nuit dans le château, parune porte de derrière, se chargeant de le débarrasser des troupes impériales,
et de le défendre contre elles à l'avenir. Le duc de Poméranie ayant conclu une alliance avec Gustaf-Adolphe, ne désapprouverait pas une telle démarche. La proposition fut acceptée. La nuit suivante les Écossais, introduits dans le château, en chassèrent aussitôt les inpériaux More r'épara les fortifications de la ville et la défendit vaillamment contre les impériaux, que l'espoir de piller le navire naufragé avait attirés. Quelques jours après, quatre cents Alle mands, ayant éprouvé les mêmes avaries, furent accueillis par Monrœ. Le colonel Iepburn arriva aussitôt de Prusse avec Le régiment vert, de sorte que des forces considérables se trouvèrent réunies en peu de temps à Rugenwalde. Lorsqu'on raconta à Gustaf-Adolphe l’aventure extraordinaire de Monre, il s’écria avec une vive émotion : (On peut compter sur le succès quand le ciel fait connaître son appro: bation par des événements si étranges et si remarquables. »