CHAPITRE XLVII
Négociations pour les quartiers d’hiver.
Cependant l'hiver approchait rapidement et s’annonçait, dès le mois d'octobre, avec une rigueur tout à fait inconnue dans cette contrée. L'armée de Conti était composée, en: grande partie, d’Italiens fort sensibles à une pareille température. Les autres, gâtés par l'abondance, ne voulaient point se soumettre et n'étaient point accoutumés aux fatigues d'une campagne d'hiver. Ils avaient oui dire que Gustaf-Adolphe se proposait d’en faire une, et voulaient l’éviter à tout prix. Dans celte vue, ils demandèrent à conférer avec les chefs de l’armée suédoise. Quelques officiers supérieurs suédois et impériaux se rencontrèrent à miroute de Stettin et de Gratz. Les Autrichiens, arrivés les premiers, avaient fait préparer un repas somptueux; les chefs suédois furent invités, avec beaucoup de politesse et de bienveillance extérieure, à y assister. On se mit à table, et, après avoir bu assez copieusement de part et d'autre, le colonel autrichien Gratz prit la parole : « C’est une chose connue, dit-il, que l’armée impériale ne manque ni d’hommes ni de vivres, et même qu'elle ne redoute aucun ennemi. Mais voici l'hiver, il faut songer à de bons quartiers, car il.
est peu glorieux pour un soldat de lutter contre la neige et la glace au lieu d'ennemis bien armés. C’est pour cette raison que nous avons désiré nous entendre avec vous relativement à une trêve durant les mois d'hiver, et nous espérons que l’empereur et le roi termineront leurs querelles dans cet intervalle, sinon aux premiers jours du printemps nous nous retrouverons sur le champ de bataille. » |
Le plus âgé des officiers suédois présents répondit : « Ne connaissant pas le but de cette entrevue, nous n’avons pu demander les instructions du roi sur ce sujet. Cependant je crois être certain qu'il ne fera pas de trêve à cause de l'hiver. Il est infatigable et sait endurer toutes les incommodités, la faim, la soif et le froid. Il dort aussi bien à terre que dans son lit. Ses officiers et ses soldats ne peuvent donc être plus délicats que lui. Quand on a combattu pendant toute l’année contre lès Russes dans le nord glacé, les hivers d'Allemagne n'engagent pas à se serrer contre le foyer. Les Suédois sont des soldats d'hiver et d'été, et non des hirondelles qui se montrent seulement après la fonte des neiges. »
Les négociations se trouvèrent rompues par cette réponse ; on se sépara, et Gustaf-Adolphe donna une approbation complète aux paroles du colonel suédois, car il s'était préparé à faire une campagne d'hiver. Les soldats avaient des casaquins fourrés, des approvisionnements abondants ; des renforts venant de Suède, de Prusse, de tous côtés, arrivaient au camp, tandis que l’armée de Conti s’affaiblissait tous les jours : « Je compte, dit le roi, que mes affaires avanceront bien davantage durant cet hiver que pendant l'été dernier. » Dès le commencement de: décembre, :l fit une expédition dans la Poméranie citérieure, et battit, avec trois mille hommes, le duc de Savelli qui en avait le double. | 280
Torquato Conti était ennuyé depuis longtemps d’une
guerre où 1l y avait peu d'argent et encore moins de gloire à gagner. Sous prétexte de maladie, il demanda et obtint son congé, et se rendit ensuite, avec ses trésors, en lialie, où il devint général des troupes du pape. Son avarice et son amour du pillage l’avait fait surnommer Satan en Allemagne. Les protestants, jouant sur ce nom, disaient que le pape avait Satan pour général.