‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 49 sur 102 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Alliance avec la France.

Durant les dernières campagnes de Gustaf-Adolphe en Prusse, des négociations avaient été commencées entre la Suède et la France, pour former une alliance contre la puissance croissante de l'Autriche; mais la fierté, la méfiance des deux parties en avait différé la conclusion. Richelieu voulait que l’entreprise de Gustaf-Adolphe dépendit, autant que possible, de la France, et le roi de Suède voulait le contraire. À ces motifs réels de désunion 1l s’en joignait d’imaginaires occasionnés en grande partie par l'orgueil de la cour de France. Son envoyé, M. de Charnacé, quand sl éerivait à Gustaf-Adolphe, lui donnait seulement le titre d’al-

tesse royale, refusant de se servir de celui de Votre Majesté, expression généralement adoptée dès lors pour les têtes couronnées : « Il y a des différences entre les pourpres royales, disait Charnacé; elles ne sont pas toutes de même valeur.» En pariant ainsi, 1l donnait à entendre que Gustaf- Adolphe, roi élu et de dynastie nouvelle, ne pouvait prétendre à la même considération ni aux mêmes titres que les autres souverains de l’Europe, issus de races royales plus, anciennes. Une autre fois, et par la même raison, 1l prétendit que le nom de Louis XIII devait toujours précéder celui de Gustaf-Adolphe, et non pas alterner avec lui comme c'était l'usage. Gustaf-Adolphe répondit à toutes ces observations « qu'entre rois 1l n’y avait d’autre droit de préséance que le mérite pèrsonnel. » Charnacé ayant fait insérer dans un projet ces mots : « La protection de la France, » Gustaf- Adolphe fit répondre « qu'il ne connaissait d'autre protecteur que Dieu et son épée. » Il repoussa en son nom et en celui de la Suède toutes ces conditions avilissantes, rompit les négociations et commença la grande guerre d'Allemagne avec ses propres ressources. Il n’était point fâché d’avoir cette occasion de montrer son indépendance, afin d'élever d'autant plus ses prétentions dans le cas où le succès couronnerait son entreprise.

Les progrès non interrompus de Gustaf-Adolphe le firent considérer et lui attirèrent des alliés. Le landgrave de Hesse, les ducs de Poméranie et de Lunebourg, l'archevêque de Brêmen et l'administrateur de Magdebourg corclurent successivement des alliances plus ou moins étroites avec les Suédois. Gustaf-Adolphe en désirait une avec la France, afin d'en retirer ce qui lui manquait, de l’argent. Cette alliance fut enfin conclue à Berwalde, le 16 janvier 1631. Les plénipotentiaires pour la Suède étaient Gustaf Horn, Johan et Karl Banér, pour la France M. de Charnacé. Riche-

lieu reconnut les droits de Gustaf-Adolphe aux titres réclamés, et s’engagea à lui payer annuellement un subside de quatre cent mille rixdalers. Le roi de Suède promit, de son côté, d'entretenir trente mille hommes d'infanterie et six mille de cavalerie. Le but commun était de comprimer la puissance de l’empereur et de conserver l'indépendance des princes allemands. Richelieu demanda la liberté religieuse pour les États catholiques et la neutralité pour le duc de Bavière.

L'orgueil-montré par la cour de France en cette occasion laissa dans l'esprit de Gustaf-Adolphe un mécontentement ineffaçable qui se fit jour assez souvent, comme nous le verrons par la suite.

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