‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 5 sur 102 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le duc (ses

Une circonstance fâcheuse pour le commencement du règne de Gustaf-Adolphe, c'est qu’une grande partie du pays était donnée comme apanage aux ducs Jean et Charles- Philippe, aux reines douairières Catherine Stenbock et

Christine: les revenus et la puissance du roi en étaient diminués, ainsi que l'énergie et l’ensemble du gouvernement; les dissensions les plus fâcheuses pouvaient même en résulter plus tard, comme cela avait eu lieu sous les rois Erik XIV et Jean III. Gustaf-Adolphe n'eut point ce malheur à subir, les deux ducs étant morts dans l’espace de onze ans, et sans laisser d'héritiers légitimes.

Le duc Jean, fils de Jean IT et de Gunnila Bjelke, était savant et loyal, brave à la guerre, tranquille et pieux pendant la paix. Il n'avait pas la capacité nécessaire pour gouverner, ni le goût du commandement ; il abandonna donc volontiers son droit à Gustaf-Adolphe, moyennant un accroissement donné à son duché. Il fut fortifié dans cette manière de penser par ses serviteurs, et surtout par’ son favori Gœran Gyllenstjerna. D'un autre côté, des tentatives furent faites pour engager le duc Jean à exciter des troubles dans le royaume, et Sigismond lui adressa, dans ce but, une lettre enfermée dans le manche d’un couteau. Mais Jean envoya de suite cette lettre à Gustaf-Adolphe, qui le traitait avec la plus grande considération et une confiance véritable ; il l'appelait le pilier de l'État, et le chargea de plusieurs affaires importantes, dont il se tira bien. |

Mais le duc Jean montrait moins de capacité pour son propre compte : son duché était mal administré, et la Gothie orientale, autrefois si riche, se trouva à la fin aussi complétement appauvrie que le duc Jean. À sa mort, arrivée en 1618, 1l laissa des dettes considérables, et demanda par son testament que les revenus de son duché fussent consacrés, pendant un certain temps, à les acquitter, (afin, disaitil, que des créanciers trompés ne soient pas en droit de venir se plaindre près de mes restes (1). »

(£} Archives de Sæfstaholm , appartenant à Son Exc. M. le comte

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L'état de maladie continuel du duc Jean contribua beaucoup à cette mauvaise administration, et peut-être aussi l'union malheureuse qu'il avait contractée. Charles IX et la reine Christine, ce couple adroit, avaient prévu combien le duc Jean pouvait devenir dangereux s'il épousait une princesse étrangère et ambitieuse; pour prévenir cette chance, ils résolurent de le marier avec leur propre fille Marie, faible de corps et d'esprit. Les deux époux n’éprouvaient point de préférence l’un pour l’autre, mais ils étaient encore fort Jéeunes; Jean avait vingt et un ans et Marie quinze: tous deux étaient d'une nature souple, et accoutumés, dès leur enfance, à une soumission aveugle aux ordres de Charles et de Christine. Au commencement de l’année 1611, le duc Jean et Marie furent fiancés. Les lois de cette époque défendaient, 1l est vrai, le mariage entre cousins germains: mais Charles ne an ta à ce sujet, ni le clergé, ni les États, et. personne n'osa dire un mot contre cette détermination. |

Après la mort de Charles IX, le gouvernement suivit le même plan, et à la diète de 1612 il fut question de la dot de la princesse. Le clergé prit alors courage, et, sans avoir été consulté, 1l remit un écrit contre les mariages entre cousins germains en général, et demanda au roi de vouloir bien les défendre. La reine douairière Christine fut extrémement irritée de la hardiesse du clergé, et lui adressa une lettre de reproches où, entre autres choses, elle lui dit que le mariage n'était point soumis à la loi spirituelle, mais à la loi temporelle. Le gouvernement regarda cette requête du clergé comme non avenue, et l'union projetée eut lieu le 29 novembre 1612. Le duc Jean et la princesse furent ma-

G. Trolle Bonde. — Testament du duc Jean. Broborg, dans la Gothie orientale, lé 9° mars 1615.

riés dans l’église du château de Stockholm, avec toute la pompe et la magnificence du temps.

Cette union fut malheureuse. Le duc était maladif, et la santé de la duchesse encore plus mauvaise ; de temps à autre elle n'avait pas non plus l'esprit bien lucide. Ils n’eurent point d'enfants, et des occupations sérieuses n'employaient pas leur temps. Oisifs, malingres, ennuyés l’un de l'autre et de la vie, ils passèrent de tristes jours, tantôt à Broborg, tantôt à Kongsbro ou à Wadstena. La joie était remplacée par l'ennui dans tous les lieux où ils se montraient. La multitude disait à voix basse que la malédiction céleste reposait évidemment sur cette union incestueuse. La reine douairière Christine elle-même finit par changer de pensée et de discours. « Que Dieu pardonne au clergé, disaitelle, de n'avoir pas prononcé un non décisif à l’occasion de ce malheureux mariage ! »

Heureusement que cette triste union ne fut pas de longue durée. Le duc mourut en mars 1618, et la duchesse, cinq mois après. Comme ils ne laissèrent point d'enfants, leur duché fit retour à la couronne.

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