‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 6 sur 102 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

‘ Le duc Charles-Philippe.

Ce prince naquit au château de Revel en 1601, pendant une campagne que Charles IX fit en Livonie, où la reine l’avait accompagné. Charles-Philippe fut constamment le favori de sa mère. Silencieux, mais loyal, vaillant et actif, pieux de sa nature, ce prince était redevable d’une instruction solide à ses maîtres J. Skytte et J. Chesnecopherus. Il avait infiniment de noblesse dans l'esprit et dans les manières; c'était un digne frère du grand Gustaf-Adolphe.

Beaucoup de personnes redoutaient que l'avenir n’amenûât des troubles entre deux frères doués d’une si haute capacité ; mais jamais on ne vit entre eux la moindre trace d'envie ou d'inimitié, malgré la préférence visible de la reine pour son plus jeune fils, ce qui aurait pu facilement irriter le roi.

Lorsque Gustaf-Adolphe alla commander la campagne de Pologne, en 1612, Charles-Philippe manifesta le désir de faire partie de cette expédition. Il écrivit à Axel Oxenstjerna et plusieurs autres personnages influents, pour obtenir ieur médiation en sa faveur, leur témoigna son ardent désir d'être utile à la patrie et d'acquérir l'expérience de la guerre. On pensait généralement que Charles-Philippe n'’avait pas tout à fait renoncé à la promesse qui lui avait été faite dans son enfance de la couronne de Russie, et qu’il désirait, par cette raison, aller dans ce pays, afin de s'y faire connaître personnellement. Sa demande lui fut accordée. Le jeune duc se distingua, au siége de Riga, par son ardeur, son courage et sa persévérance ; mais bientôt après 1} tomba malade à Narwa. Gustaf-Adolphe, qui était sur le point de retourner en Suède, voulut attendre son rétablissement ; Charles-Philippe, connaissant les affaires pressantes qui rappelaient son frère, lui persuada de partir, en assurant que sa maladie n'était pas dangereuse (1). À peine le roi fut-1l parti, que Charles-Philippe mourut le 25 janvier 1622. Son duché fit retour à la couronne, et depuis cette époque le gouvernement suédois s'est fait une règle de ne plus concéder des apanages aussi importants. Les hommes d’État se félicitèrent de ce qu’on s'était tiré ainsi des deux derniers. (« Si le duc Charles-Philippe eût vécu longtemps, dit Axel Oxenstjerna, nous étions exposés, tôt ou tard, à voir s’établir dans le royaume des bains de sang. »

(1) Archives de Palmskœld. Acta ad historiam regis Gustavi-Adolphi, t. IL. Les faits et gestes du duc Charles-Philippe.

Très-jeune encore, et avec toute la vivacité de cet âge, le duc Charles-Philippe, devenu amoureux d’Élisabeth Ribbing, fille du grand trésorier du royaume, l'avait épousée secrètement à dix-huit ans (1). Elle mit au monde, après la mort de Charles-Philippe, une fille qu'on appela Élisabeth Gyllenhjelm ; élevée par sa grand mère la reine douairière Christine, elle fut mariée avec Axel Natt och Dag, puis avec Balthasar Marshalk, et se distingua de la manière la plus favorable comme grande maîtresse de la cour, d’abord près de la reine Marie-Éléonore, et ensuite auprès de Hedwig- Éléonore. Élisabeth Ribbing épousa, après la mort de Charles-Philippe, Knut Liljehæk.

Page 1