‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 51 sur 102 · CHAPITRE LIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIL

\ Première rencontre de Gustaf-Adolphe et de Tilly.

Après la destitution de Wallenstein, tous les partis furent très embarrassés pour lui choisir un successeur. On parla beaucoup d’abord de l'électeur de Bavière ; un grand nombre de catholiques se prononcèrent en sa faveur ; mais Ferdinand n’était pas de leur avis, l’ambition et la capacité de Maximilien lui inspiraient une crainte à laquelle les liens de famille et d'amitié ne pouvaient imposer silence. Après de longues délibérations on résolut de confier le commandement de l'armée impériale à TiliY, général des troupes de la ligue catholique. Pour parler plus justement, 1l était au service de Maximilien et entièrement dévoué à sa personne. L’électeur de Bavière fit preuve d’habileté en renonçant avec une abnégation simulée au commandement de l'armée 1mriale, et en le faisant donner à un homme qui lui laisserait une grande autorité.

Ce ne fut pas sans avoir fait des réflexions sérieuses que Tilly accepta ces importantes fonctions. « La guerre, disaitil , est un jeu de hasard ; beaucoup d'échecs peuvent succéder à beaucoup de bonheur. » Il reconnaissait les grandes qualités de Gustaf-Adolphe, et jamais il ne partagea le.

mépris que la cour de Vienne affectait à l'égard de ce prince.

Après avoir rétabli l'ordre parmi les restes de l’armée de Wallenstein, Tilly résolut de soumettre Magdebourg ; cette entreprise lui paraissait digne de son activité. Il espérait que Conti et Schaumbourg contiendraient Gustaf-Adolphe : mais le premier quitta le service, Schaumbourg fut éhassé de Greffenhagen et de Garz, après la destruction presque complète de leurs armées, et les Suédois marchaient vers Landsberg et Francfort-sur-l'Gder. Tilly vit qu’il fallait des moyens plus énergiques. Il laissa Pappenheim devant Magdebourg, descendit vers le Brandebourg, jeta des secours dans Francfort et s’avanca avec le reste de l’armée contre la Poméranie citérieure.

À la nouvelle de l'approche de ce redoutable ennemi, Gustaf-Aäolphe concentra ses troupes. Horn, qui était dans les environs de Landsberg, fut rappelé et placé au centre, non loin de la ville de Friedland ; le roi était à l’aile gauche, près de Pasewalk, et Banér à l’aile droite, dans Demmin, Kniephausen reçut l’ordre de se retirer promptement de Neu-Brandebourg, où 1l avait été mis en garnison.

La lettre qui contenait ce dernier ordre tomba entre les mains de Tilly et lui fit prendre la résolution de couper le chemin à Kniephausen: Garz, à la tête de douze mille hommes, fut donc envoyé vers Neu-Brandebourg pour cerner cette ville. Tilly, fort mécontent de la reddition de Demmin, dont la nouvelle lui parvint en ce moment, suivit Cratz avec le reste: de l’armée. Cinquante dragons suédois qui se trouvaient dans le château de Felsberg lui opposèrent une résistance opiniâtre et inattendue. Le château ayant été pris d'assaut, ses braves défenseurs furent tués lipitoyablement, après quoi Tilly marcha vers Neu-Brandebourg, qui était déjà cernée.

Gustaf-Adolphe reconnut l’impossibilité poux Kniephausen de se défendre seul dans cette position; il s'agissait seulement de savoir s’il fallait se hâter ou non d aller à son secours. Les Suédois étaient fatigués par leur campagne d'hiver, et les troupes de Tilly fraiches et reposées ; un premier échec pouvait avoir une influence malheureuse sur la guerre en général. Le rot résolut donc d'éviter une bataille dGbiG ve L armée suédoise fut divisée en “deux parties ; celle de droite, commandée par Gustaf Horn, prit la direction de Stralsund et occupa, avec le plus grand soin , tous les passages de la Peene et de la Trebel. La division de gauche, sous le commandement personnel du roi, marcha vers l’Oder et s'établit sur la rive de ce fleuve, entre Schwedt et Vierath, dans un camp parfaitement fortifié. Dans cet endroit le roi pouvait aller d’une rive à l'autre et recevoir sans obstacles des vivres de Stettin et des environs.

Kuiephausen fut donc abandonné à lui-même. Il avait avec lui son régiment et la moitié d’un régiment écossais, ensemble deux mille hommes, mais point de canons. Gustaf- Adolphe lui écrivit de se sauver, ainsi que ses troupes, par une capitulation honorable; cette lettre fut également interceptée par Tilly. Kniephausen ignerant les desseins du roi, résolut de se défendre le plus longtemps possible, et rejeta toutes les propositions de Tilly. Celui-c1, dans la crainte que Gustaf-Adolphe ne vint au secours de cette ville.ou de Magdebourg, poussa le siége avec vigueur, donna l'assaut plusieurs fois; mais ses vingt-deux mille hommes furent repoussés à trois reprises par les deux mille soldats de Kniephausen. Cependant les vingt-six canons de Tilly tonnaient nuit et jour contre la forteresse, et Kniephausen ne pouvait leur répondre qu’avec des mousquets. Après un feu longtemps prolongé, les murailles de Neu-Brandebourg croulèrent , et les impériaux se préparèrent à l'assaut. Knie-

phausen demanda vingt-quatre heures de réflexion: elles lui furent refusées, et les impériaux coururent aux murailles avant que Tilly eût pu en donner l’ordre; ils avaient à leur tête le jeune Montécuculli qui arriva le premier sur le rempart. On pénétra dans la ville, le carnage fut affreux ; aucun pardon ne fut accordé, pas même aux bourgeois: « car, disait-on, ces misérables hérétiques favorisent les Suédois. » Ces derniers furent tués jusqu’au dernier homme. Kniephausen, blessé, jeté à terre, eut cependant le bonheur de se réfugier dans l'hôtel de ville, où il fut fait prisonnier avec soixante personnes environ. |

La nouvelle de ce massacre excita au plus haut point la colère de Gustaf-Adolphe. « Le vieux caporal, dit-il en parlant de Tilly, commence à faire la guerre comme un Croate ; mais Je le lui ferai payer un jour. » Pour l'instant , le roi se renferma encore plus étroitement dans son camp et laissa le champ libre à Tilly. Le petit nombre des vaillants défenseurs de Neu-Brandebourg qui parvinrent à s “échapper furent récompensés d’une manière royale.

Après cette victoire, Tilly s’'avança encore davantage vers le nord; mais il trouva le pays entièrement épuisé et impraticable à cause des marais et des rivières gonflées par les pluies du printemps. Chasser Horn de sa position avanta-

geuse semblait presque impossible ; c'est pourquoi Tilly se

retira vers Ruppin , et Colloredo fut ensuite envoyé par lui pour reconnaître le camp dé Gustaf-Adolphe. Celui-ci ayant assuré qu'il était inattaquable, les impériaux retournèrent vers Magdebourg, et furent vivement harcelés dans leur retraite par les maraudeurs suédois.

- C’est ainsi que se termina la première rencontre de Gustaf-Adolphe et de Tilly dk

(L) Archives de Ridderstolpe. 75 a. Gustaf Horn à Axel Oxenstjerna.

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