‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 53 sur 102 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Alliance avec le Brandebourg.

Les progrès de Gustaf-Adolphe ranimèrent chez les protestants allemands l'espoir presque éteint d’être secourus. Leurs délégués à la diète de Ratisbonne s'étaient, 1l est vrai, : trouvés en minorité; cependant ils avaient osé manifester leur mécontentement des entreprises de l’empereur, et surtout à l'égard de l’édit de restitution et de la sévérité avec

n. 47. Epigrammes sur plusieurs personnages qui prirent part à la guerre de trente ans.

laquelle on l’exécutait. Mais ils manquaient encore d’un chef. L'électeur de Saxe, le plus puissant des princes protestants, ne voulait pas rompre avec l’empereur; il se berçait de l'espoir de conserver la Lusace et de vivre toujours en bonne intelligence avec son suzerain. Cependant plusieurs occasions de mécontentement se présentérent. Auguste, fils de l'électeur de Saxe, avait été élu administrateur de Magdebourg, à la place de Christian - Guillaume. L'empereur, .-contrairement à la loi et à l’usage, donna cette place à l'un de ses propres fils. L'électeur avait fait, à quatxa reprises, des représentations au sujet de l’exécution.illégale de l'édit de restitution, mais toujours sans résultat. Jean- Georges, peu vif de son naturel, finit pourtant par se fàcher, et convoqua, de concert avec Georges-Guillaume de Brandebourg, également irrité par les violences de l'empe-

reur, une assemblée des états protestants pour délibérer sur

leurs intérêts communs. Elle devait se réunir le 8 février 1631 à Leipzick. Les avantages remportés dans Pintervalle par Gustaf-Adolphe accrurent leur courage, et les émissaires secrets que le roi de Suède avait dans cette assemblée ne restèrent pas inactifs. Des représentations sérieuses furent adressées à l’empereur, et l’on résolut d’opposer la force à la force si les abus dont on se plaignait n'étaient point redressés de bonne volonté. Gustaf-Adolphe désirait conclure une alliance plus étroite avec les princes assemblés, mais sa proposition fut repoussée, quoique avec les marques d’une vive amitié. Les raisons de cette conduite étaient la crainte de se montrer ouvertement opposé à l’empereur, peu de disposition à se livrer entre les mans d'un étranger, et surtout l’espoir que Jean-Georges nourrissait d’être choisi pour chef par les protestants d'Allemagne ; ce qui lui permettrait de maintenir l'équilibre entre le roi et l'empereur.

UN POUR 6 Ole

Gustaf-Adolphe, n'ayant rien obtenu par la voie des négociations, résolut d'employer des moyens plus énergiques. 11 laissa dans les environs de Landsherg le rhingrave et le général Baudis pour contenir Tieffenbach et Schaumbourg, qui avaient réuni de nouvelles troupes en Silésie. Il revint en personne avec le reste de l’armée à Francfort, marcha de là droit sur Berlin, et arriva près de cette ville le 1° mai. Gustaf-Adolphe renvoya le comte Ortenbourg vers l’électeur ; 1l était porteur du message suivant : « La guerre d’Allemagne a été entreprise par le roi principalement en faveur des protestants, et cette dernière campagne dans l'intérêt de Magdebourg en particulier, afin de soustraire cette ville au danger qui la menace. Mais, pour marcher avec quelque sécurité contre Tilly, il est nécessaire de posséder dans le Brandebourg une forteresse quelconque pour protéger les derrières de l’armée, et se retirer ‘en cas de besoin. Le roi demande donc la permission d’occuper Spandau et Custrin; il donne sa parole royale de rendre ces forteresses lorsque Magdebourg sera délivrée, et, dans tous les cas, au plus tard dans deux mois. » L’électeur fit une réponse négative. « Il ne pouvait livrer des forteresses et des citadelles à l’ennemi de l’empereur, son suzerain légal, sans se rendre coupable de rébellion ouverte. Mais il assurait, sur son honneur et sa foi de prince, que ces deux forteresses seraient ouvertes à Gustaf-Adolphe si un malheur lui survenait. » Cette assurance ne satisfit point le roi; il craignait avec raison que, si une infortune lui rendait l'appui de ces forteresses nécessaire, l'électeur fût encore moins disposé à [l'y recevoir. « Le bonheur, disait Gustaf- Adolphe, est ambulant comme l'esprit des hommes{1). » C’est pourquoi Gustaf Horn

(4) Archives de Ridderstolpe. 75 a. Gustaf Horn à Axel Oxenstjerna, faubourg de Custrin, 26 mars 1531.

fut envoyé le lendemain vers l'électeur avec le même message; malgré la promesse de réunir la Poméranie au Brandebourg, il éprouva un nouveau refus. Les négociations ayant échoué, Gustaf-Adolphe résolut d'agir en personne, et se dirigea avec quatre cents cavaliers et mille mousquetaires contre la capitale. L’électeur vint une demi-lieue audevant de lui, suivi de toute sa cour. Il entra avec le roi dans un petit bois près de là pour délibérer sur cette affaire importante ; mais, quelques instants après, l'électeur manifesta le désir de consulter les seigneurs qui l’accompagnaient. Dans l'intervalle, Gustaf-Adolphe s’entretint avec l’électrice et sa mère, et fut aimable comme d'habitude. L'électeur ne tarda point à revenir avec une réponse négative. Le visage de Gustaf-Adolphe se rembrunit alors ; le roi se disposa à retourner vers l’armée, après avoir proféré quelques paroles graves et menaçantes. Les princesses, entraînées par leur admiration pour le héros et par la crainte dé sa vengeance, le supplièrent vivement de les accompagner jusque dans la ville, où l’on pourrait continuer les négociations. Le roi en. tra dans Berlin avec son escorte de mille mousquetaires, et le lendemain, 4 mai, les délibérations furent reprises. Péndant longtemps elles parurent peu favorables aux desseins du roi; l'électeur était soucieux et même affligé ; 11 ne pouvait cacher ses sentiments. « Je ne puis lui en vouloir de son trouble et de son inquiétude, disait Gustaf-Adolphe; car ma demande, il faut en convenir, est dangereuse pour lui et mérite réflexion. Cependant ce que je désire est utile, non pas à moi, mais à l'électeur, à son peuple, à son pays, à toute la chrétienté. Je vais, continua-t-1l en élevant la voix, et de manière à être entendu de toutes les personnes qui se trouvaient dans la salle, je vais à Magdebourg pour sauver cette ville, et non point par intérêt personnel: je n'ai en vue que la liberté des protestants. Si per-

sonne ne veut m'aider à atteindre ce but! eh bien, je

retournerai chez moi, je ferai la paix avec l’empereur, qui

ne me refusera pas des conditions avantageuses, après quoi

je vivrai en paix et en repos à Stockholm, et ma con-

science sera tranquille. Mais, au jour du jugement dernier, vous répondrez de votre lâcheté lorsqu'il s’est agi de soutenir Ja cause de l'Évangile. Toutefois votre égoïsme n’attendra pas jusque-là pour être puni comme il le mérite; lors-

que Magdebourg sera tombée et lorsque je serai retourné en Suède avec mes troupes, que deviendrez-vous ainsi que votre pays?»

L’électeur et ses conseillers flottèrent toute la journée entre des déterminations opposées. D'un côté était Tilly, de l’autre Gustaf-Adolphe, tous deux s’appuyaient sur des armées puissantes, mais le premier était à une distance de dix milles, le second se trouvait pour ainsi dire sur les leux,et Berlin n'avait point de fortifications. «Il a aussi des canons; » telle était d'ordinaire la fin des discours des conseillers de lPélecteur, voulant ainsi donner à entendre que Gustaf-Adolphe pouvait s'emparer de la ville contre leur gré et quand il le voudrait. Le roi lui-même s'était expliqué assez clairement à cet égard, lorsque, moitié en badinant, moitié par menace, 1l dit aux princesses qu’il dépendait entièrement de lüi de leur faire passer un hiver en Laponie. Ce fut à neuf heures du soir que l’électeur donna enfin la réponse attendue depuis si longtemps. Spandau et Custrin seraient livrées aux Suédois, à condition que ces deux villes resteraient également ouvertes à l'électeur, et seraient rendues à l’époque indiquée. Pour plus de sécurité encore, Gustaf Horn et Johan Banér furent obligés d'apposer leur signature au traité, comme garantie de son exécution, dans le cas où le roi viendrait à mourir. Un grand festin

ut lieu ensuite, et tout s’y passa joyeusement; car l’élec-

teur cherchait à noyer dans le vin les inquiétudes que lui faisaient éprouver ce traité et les suites qu'il pouvait avoir. Il s’anima de plus en plus comme tous les autres convives, excepté Gustaf-Adolphe, qui ne dérogea point à sa tempérance habituelle. En voyant la gaieté et le courage briller dans tous les yeux, il résolut de mettre cette circonstance favorable à profit, pour inspirer à chacun la noble résolution d’agir avec plus d'énergie que par le passé. Il se leva, et, dans un discours peu étendu, il exhorta les Allemands et les Suédois à marcher ensemble comme des frères et des alliés, à réunir leurs forces pour sauver Magdebourg. Mais les acclamations joyeuses cessèrent aussitôt : l'électeur baissa les yeux avec embarras, balbutia quelques excuses, et l’inquiétude visible des courtisans prouva clairement que la vivacité dont ils avaient fait parade peu d’instants auparavantétait le produit du vin et non du courage. L'espoir de secourir Magdebourg par leur moyen s’évanouit donc entièrement. ,

L'électeur de Brandebourg suivit en cette circonstance l'exemple qui lui avait été donné par le duc de Poméranie ; il écrivit à l’empereur pour excuser sa conduite; elle lui avait été imposée par l’armée suédoise. On lui répondit avec sévérité, sa résistance, suivant les catholiques, avait été simulée afin de s’en faire plus tard un manteau pour couvrir la perfidie de sa défection.

Le lendemain Spandau fut occupée par les Suédois, et Axel Lilje en eut le commandement. L'armée royale marcha ensuite vers Postdam. Les impériaux qui erraient encore dans le pays se retirèrent à l’approche des Suédois, et prirent la route de Magdebourg, afin de se joindre aux troupes réunies devant cette ville.

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