‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 54 sur 102 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Négociations avec la Saxe.

Des nouvelles de plus en plus inquiétantes arrivaient tous les jours de Magdebourg. Complétement abandonnée par l'électeur de Saxe et les autres protestants, cette ville se voyait dans la nécessité de ne compter que sur ses propres forces, bien faibles quand on les comparait aux bandes nombreuses de Tilly et de Pappenheim. Elle envoyait message sur message au roi pour l’instruire de la position fàcheuse où elle se trouvait et lui demander des secours. Gustaf-Adolphe était fort tourmenté du sort de cette ville; son nom, prononcé dans les réunions, dans les entretiens les plus joyeux, suffisait pour couvrir le front et le regard du roi d'un nuage : « J'ai le pressentiment que cette pauvre ville finira mal, » disaitil.

Deux routes conduisaient de Berlin à Magdebourg. L'une d'elles, passant par Alt-Brandebourg, était AE mals difficile, dangereuse, et, de plus, le EvE qu'elle traversait

ayant été entièrement dévasté, il fallait trainer avec soi d'immenses approvisionnements, sous peine de voir mourir de faim hommes et chevaux. On était ensuite obligé d’effectuer le passage de l’Elbe en présence de l’ennemi. L’autre route passait par Treuenbrietzen, Witttemberg, longeait l'Elbe, et l’on y trouvait partout de bons chemins, des ponts, des vivres en abondance. Ce fut celle que Gustaf. Adolphe choisit.

Mais cette route traversait la Saxe et la forteresse de Wittemberg; Gustaf-Adolphe avait donc écrit quinze jours auparavant à l'électeur Jean-Georges pour lui proposer une alliance, ou du moins pour obtenir la ville de Wittemberg

aux mêmes conditions qu'on Îui avait accordé Spandau. Mais, par les raisons déjà énoncées plus haut, la réponse de l'électeur fut négative, car (il ne pouvait oublier son devoir envers l’empereur et l'empire romain. — Votre Altesse, répondit Gustaf-Adolphe, ne devrait pas non plus oublier ses devoirs envers la doctrine évangélique et les sujets que Dieu lui a confiés; elle doit leur assurer la liberté de conscience et le salut éternel. » Plusieurs messages furent adressés à l'électeur de Saxe, mais inutilement, le dernier resta même sans réponse. Le rusé Ferdinand s'était montré disposé à un accommodement pacifique, ct manifestait l'intention de choisir Jean-Georges pour médiateur, ce prince étant le plus puissant parmi les protestants d'Allemagne. C'était prendre l'électeur par son endroit sensible. Flatté de la confiance de l’empereur, 1l refusa de prêter l'oreille aux propositions de Gustaf-Adolphe. Gependant les nouvelles de Magdebourg devenant toujours plus mauvaises, le roi eut encore recours à la voie des négociations et voulut essayer si, dans une entrevue personnelle, il ne réussirait point auprès de l'électeur de Saxe, comme il l'avait fait avec celui de Brandebourg. Il fit donc proposer cette entrevue, en ayant soin d'ajouter, en cas de refus, quelques paroles menaçantes. Jean-Georges répondit brusquement : (« Je ne puis me rendre à cette conférence, car Je suis occupé à passer en revue l’armée avec laquelle je donuerai le repos à mes États, et je saurai faire respecter leur neutralité. » Ces négociations avaient duré quatre jours; le cinquième arriva la nouvelle de la chute de Magdeboure.

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