‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 56 sur 102 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

Gustaf-Adolphe et l'électeur de Brandebourg.

Comme nous l'avons dit plus haut, Gustaf-Adolphe avait obtenu de l'électeur de Brandebourg de forteresse de Spandau, moyennant Ja promesse de la rendre aussitôt que Magdebourg aurait été sauvée. Cette ville étant détruite, Gustaf-Adolphe : prévit qu'il serait bientôt question de là remise de Spandau; cest pourquoi il offrit de lui-même d'accomplir sa promesse ; mais il proposa en même temps à l'électeur une alliance plus étroite. Il espérait que Georges- Guillaume y acquiescerait volontiers, afin d'être protégé par l’armée suédoise contre les entreprises de Tilly victorieux. En effet, l'électeur parut avoir la même pensée et l'intention.

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de laisser Spandau quelque temps encore entre les mains des Suédois. Mais précisément à cette époque, le général Arnheim, envoyé par l'électeur de Saxe, arriva à Berlin. Jean-Georges avait été de nouveau séduit par l’espoir de conserver la neutralité et de maintenir l'équilibre entre l’empereur et le rot. Arnheim sut bientôt faire adopter ses vues à Georges-Guillaume, qui les goûta davantage à mesure que Tilly, éloignant son armée, diminuait Ja crainte qu'elle inspirait. Georges-Guillaume écrivit à Gustaf-Adolphe sur un autre ton, se plaignit du séjour prolongé des Suédois dans le Brandebourg, et demandait enfin de rentrer en possession de Spandau, conformément à la promesse écrite du roi. Ceci donna lieu à des négociations fort vives où le roi fut représenté par le comte Thurn, et l'électeur par Arnheim. il y avait impossibilité pour le roi de continuer son entreprise, si ses derrières n'étaient pas assurés ; c’est pourquoi il demandait autorisation de mettre garnison dans Spandau et dans Custrine, et une alliance offensive et défensive sur laquelle il pût compter. L’électeur refusait positivement de livrer les deux forteresses demandées, et cherchait à éviter, par des protestations vagues, la conclusion d'une alliance plus étroite. Ces pourparlers s'étaient déjà prolongés durant plusieurs semaines, et Gustaf-Adolphe, ne pouvant attendre davantage, se mit en marche le 8 juin , avec toute son armée, vers Berlim. Il offrit de rendre Spandau le même jour ; mais il déclara en même temps qu'il se verrait forcé, à partir de ce moment, de regarder l'électeur et son peuple comme les ennemis de la Suède. C’est pourquoi il allait faire entrer ses troupes dans Berlin, et demandait à l’électeur d'ouvrir ses portes de bonne volonté, afin d'éviter l’effusion du sang, Ce message arriva dans la ville à dix heures du soir; et le lendemain, à neuf heures du matin, toute l’armée suédoise, avec quatre-vinot-dix canons, approchait des murs de Berlin.

La cour et les habitants éprouvèrent une consternation extrême; on envoya message sur message vers le roi, pour demander un délai; Arnheim, à cheval, allait et venait continuellement. Cela dura trois Jours, mais aucune des deux parties ne voulut céder. A la fin, Gustaf-Adolphe se fâcha. « L’électeur, dit-il, a reçu les impériaux sur son territoire, il leur a permis de le traverser ; il leur a livré ses approvisionnements, ses forteresses, malgré leurs habitudes de licence et de pillage. Je ne permettrai pas que les Suédois soient traités moins bien que les Autrichiens, surtout lorsque les garanties et les vivres demandés par moi sont destinés à la défense du pays. J'ai pris la ferme résolution de ne pas changer mon plan; que l'électeur, mon beau-frère, se décide à l’accepter ou à voir sa capitale livrée au pillage. Un coup de canon tiré par moi suffit pour en donner le signal. »

Ces paroles menaçantes augmentèrent la terreur des Berlinois et de l'électeur: comme précédemment , on résolut d'employer la médiation des princesses. Toute la cour, ayant à sa tête l'électrice et sa mère, se rendit au camp, et l’on entra en conférence avec Gustaf-Adolphe, dans l’un des châteaux de plaisance des environs. Mais les princesses ellesmêmes n'obtinrent rien cette fois. Tilly s'était éloigné en se dirigeant vers la Hesse ; 11 n’y avait donc rien à espérer ou à redouter de son côté. L’électeur fut enfin obligé d'accepter les conditions de Gustaf-Adolphe, c’est-à-dire de laisser Spandau aux Suédois, de leur accorder la libre entrée dans Custrine, et de donner en outre trente mille éeus par mois pour l'entretien de l’armée. Ces dispositions arrêtées, le roi soupa dans le jardin, en plein air, avec la cour électorale, y resta, en causant agréablement avec tout le monde, jusqu’à deux heures du matin. Il monta alors dans une barque, se fit conduire à Spandau, et rappela de cet endroit l’armée, qui était restée devant Berlin.

Cependant la peste avait envahi le camp et le pays; elle exerçait partout des ravages considérables, plusieurs régiments suédois perdirent jusqu'à trente hommes par semaine. Gustaf-Adolphe résolut donc d'établir ses troupes dans de bons et vastes quartiers, ce qu'il pouvait faire avec sécurité, Tilly ayant pris le chemin de la Hesse. Tandis que les troupes suédoises goûtaient ainsi un peu de repos, Gustaf-Adolphe se rendit en Poméranie et dans le Mecklenbourg, pour chassér ce qui restait d’ennemis dans ces contrées. À Stettin, il trouva un envoyé du tzar Alexis Mikælowitz. Ce prince avait pour Gustaf-Adolphe un attachement véritable, augmenté encore par l’analogie de leur position hostile à l’égard de la Pologne. Ce prince offrait à Gustaf-Adolphe des troupes auxiliaires contre la puissance réunie des Polonais et de l’Autriche. Le roi remercia le {zar, mais il n’accepta point son offre, et continua son voyage vers la Poméranie. Greifswald était encore défendu par un Italien, le brave Perusi, et cela contre Banér et Tott, qui s'étaient succédé devant cette place. Le principal motif du voyage de Gustaf-Adolphe était de hâter la reddition de cette ville importante. Son bonheur accoutumé l’avait suivi. Il apprit, non loin de Greifswald que Perusi avait été tué, et que la garnison consternée s'était rendue. Gustaf-Adolphe se hâta d'arriver, exprima hautement son admiration pour le courage et l’habileté dont Perusi avait fait preuve, et assura qu'il n'avait pas encore vu de forteresse impériale aussi bien fortifiée ni aussi bien défendue que Greifswald. Il se rendit ensuite, en passant par Stralsund, dans le Mecklenbourg, qui, à l'exception de Rostock et de Wismar, était entièrement débarrassé d'ennemis. Partout, les fonctionnaires que Wallenstein avait placés furent renvoyés, et Gustaf-\dolphe accompagna les princes expulsés jusqu’à Gustrow, où ils furent rétablis. dans la possession de leurs États, avec la plus grande solennité.

Il y avait un an à cette époque que Gustaf-Adolphe était arrivé en Allemagne ; comme tous ses partisans, il jetait un regard satisfait sur ses progrès. Le 95 juillet 1630, il possédait seulement la petite île et la batterie d'Usedom ; maintenant, en 1631, tous les ports, depuis Rugenwalde jusqu’à Ribnitz, la Poméranie, le Mecklenbourg et le Brandebourg, avec la plupart de leurs forteresses et ie leurs défilés, étaient en son pouvoir. L’effroi causé par la chute de Magdebourg commençait à se calmer, et Tilly, en se retirant, comme s il avait peur des Suédois, doublait le courage de ces derniers. Ce fut avec ces sentiments que l'on sétébral la Saint-Jean, et en même temps l'anniversaire du débarquement de GiLAE Adolphe, dans l'Allemagne septentrionaleet en Suède.Gustaf-Adolphe avait envoyé à Stockholm quarante-six drapeaux autrichiens ; il furent déployés, le jour de la Saint-Jean, sur les clochers et dans les églises. En présence d'une multitude ivre de joie, eurent lieu des actions de grâces pour les vietoires remportées, et des prières ferventes pour le roi et la cause de la vérité. bhrtt

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