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CHAPITRE LX LS Seconde rencontre entre Gustaf-Adolphe et Tilly

Dans son camp de Wolmirstedt, Tilly avait entendu la fusillade occasionnée par ces diverses escarmouches, mais il n'arriva pas à temps pour secourir les siens. Il éprouva un vif mécontentement en apprenant l'échec qu'ils avaient subi, la perte de quatre de ses meilleurs régiments, et la honte d’une défaite due à un ennemi inférieur en nombre. Les troupes qu'il envoya à la poursuite des Suédois ne purent les atteindre; alors 1l partit lui-même avec toute l’armée, marcha lentement et avec menace du côté de Werben. Les yeux de l'Europe entière étaient fixés sur ce point, sur ces deux héros dont le plus âgé défendait la vieille doctrine, et le jeune la doctrine nouvelle. Cette grande lutte, pensaiton, allait enfin être décidée.

L'affaire paraissait dangereuse pour les $ Suédois. Ils étaient environ douze mille hoimnes, et les Autrichiens vingt-cinq mille. Gustaf-Adolphe assembla le conseil de guerre et lui posa la question de savoir s'il fallait se retirer de l’autre côté du fleuve ou attendre l’ennemi dans le camp retranché. Les généraux abandonnèrent cette décision à la volonté du roi, et celui-ci adopta la dernière mesure. Il connaissait la force et l’avantage de sa position. Tilly ne pourrait s’en emparer ni rester dans le pays faute de vivres. Gustaf-Adol- phe était le plus habile général de son temps pour élever et défendre des fortifications; aussi lui arriva-t-1l souvent de faire battre le pays par quelques détachements peu nombreux, tandis qu'avec des troupes numériquement inférieures, mais bien retranchées, il retenait et se jouait de l’armée ennemie. Il agit de la sorte près de Marienbourg, en

1629, à l'égard de Sigismond et d’Arnheim, et en 1631 près de Schwedt, vis-à-vis de Tilly; il retint de même Wallenstein et l’armée impériale devant Nuremberg.

En attendant Tilly, le roi apprit que des traîtres lur avaient promis de mettre le feu à Werben et d’enclouer les canons suédois lorsqu'il serait en vue. Le roi agit en conséquence. Des sentinelles furent placées de manière à prévenir les tentatives perfides qu'on se proposait. On chargea les canons avec des cartouches, de grands amas de bois furent placés derrière la ville. Le roi voulait prendre l’ennemi.dans son propre piége.

Le 27 juillet, à deux heures de l'après-midi, Till, avec toute l’armée, parut sur les collines à l’ouest de Werben. Trente-deux canons de gros calibre furent avancés et comméncèrent un feu très-vif. L’artillerie suédoise, conformément aux ordres reçus, tira seulement quelques coups de canon, et l’on mit en même temps le feu aux amas de bois. La fumée qui s’éleva, et la lenteur avec laquelle les canons suédois ripostaient, firent penser à Tilly que ses dispositions secrêtes avaient été exécutées, etil résolut d'attaquer le camp. Le duc Adolphe de Hoôlstein marchait le premier; lorsque les régiments impériaux s’approchèrent des remparts, on n’entendit plus du côté des Suédois qu'un feu de mousque. terie très faible et sans suite. Les Autrichiens avançaient donc gaiement et en sécurité; mais, à peine se trouvaientils à portée des cartouches, qu’ils furent assaillis par une pluie de balles si destructive, que des rangs entiers Jonchè. rent le sol; le reste prit la futé. Baudis sortit alors avec de la evbte pour poursuivre les fuyards, et leur fit beaucoup de mal. La perte des Autrichiens aurait été plus considérable encore, si le prudent Tilly n'avait pas tenu en réserve un corps considérable, qui protégea les fuyards et arrêta les Suédois. Une vive escarmouche eut lieu. Suivant

son habitude, Baudis se jeta au milieu de la mêlée, dans l'endroit où elle était la plus vive. Une balle enleva la roulette de son éperon, une seconde le bouton de sa selle, et son cheval en reçut quatre. À la fin, 1l se battit avec un officier autrichien, et finit par lui passer son épée au travers du corps, où elle se brisa près de la garde. Il fut fait prisonnier, puis délivré; après quoi les Suédois se retirèrent en bon ordre dans leurs retranchements. Le combat cessa; et les canons seuls retentirent sourdement jusqu’à la nuit.

Le lendemain de bonne heure, l'escarmouche recommença près des gardes avancées suédoises; son importance augmenta à mesure que les deux partis recevaient des renforts. Le roi finit par sortir lui-même à cheval, accompagné de Baudis avec huit cents cavaliers et de Teuffel avec mille mousquetaires. Ceux-ci reçurent l’ordre d'attaquer l’ennemi, et ils le repoussèrent loin des remparts. Tilly fit alors avancer toute son armée en ordre de bataille; aussitôt les Suédois se retirèrent dans leurs retranchements. Tilly n’osa point les attaquer, mais il envoya un défi à Gustaf- Adolphe pour J'inviter à mesurer leurs forces respectives sur le champ de bataille. La réponse du roi fut négative; il'attendait sous peu de jours Horn et Tott avec des renforts considérahles, et avait des vivres en abondance. Les troupes de Tily, au contraire, éprouvaient une disette affreuse. Les approvisionnements, qui arrivaient de la Thuringe, étaient soit gâlés par les fortes chaleurs de cet été, soit enlevés par les maraudeurs suédois. Il était donc complétement impos- Sible de rester plus longtemps devant Werben. Dès hauteurs voisines, Tilly voyait dans le camp des Suédois, il pouvait compter leurs tentes, les soldats qui allaient et venaient; malgré sa supériorité, il était hors d'état de leur causer le. moindre dommage. Avec le dépit dans le cœur, il fut obligé d’ordonner la retraite. Elle eut lieu durant Ja nuit du 28 au

29 juillet, mais 1l s'arrêta à Tangermunde l'espace d’une semaine. Au bout de ce temps, le manque de vivres se fit si cruellement sentir, que bon nombre de soldats restèrent deux jours sans avoir un morceau de pain, et il fallait acheter fort cher même l’eau de l'Elbe. Dans l'intervalle, Horn et Tott entrèrent dans le camp suédois avec des renforts. Gustaf-Adolphe, avec sa prudence ordinaire, résolut de ne point attaquer l’ennemi et le laissa lulter contre la faim et autres besoins, en attendant la rupture très-probable qui allait éclater avec violence entre l'Autriche et la Saxe. Le 11 août, Tilly fut obligé de s'éloigner également de Tangermunde et de se retirer vers Magdebourg. Il perdit, dans cette expédition infructueuse, plus de six mille hommes.

Mais, ce qui était plus fâcheux encore, Tilly etses soldats avaient perdu la confiance qu’ils avaient en eux-mêmes. Les expéditions mal combinées, sans but et si chèrement payées, que Tilly avait faites contre Schwedt, la Hesse et contre Werben, prouvaient que ce général n’était pas bien d'accord avec [lui-même sur ce qu’il devait faire pour résister à un roi jeune et à sa nouvelle tactique. On s'étonna de voir que, deux fois de suite, à Schwedt et à Werben, le roi eût bravé impunément, par son génie et son habileté militaire, un adversaire expérimenté et bien plus fort que fui. On en tira des pronostics fâcheux pour leur troisième rencontre, et une circonstance due su hasard donna plus de poids encore à ces prévisions. Les jésuites de Heidelberg représentaient une pièce dans laquelle se trouvait un combat entre Tilly ét Gustaf:Adolphe, et où ce dernier était vaincu. L'homme chargé du rôle du roi de Suède, jovial de sa nature, résolut d’agir à sa tête. Au milieu de son combat à l’épée, il prend un pistolet chargé à poudre et le tire dans le visage de son adversaire; celui-ci perdit l’équihbre, .

Lu

tomba, et la pièce finit par du tapage et de bruyants éclats de rire.

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