CHAPITRE VII
La reine douairière Christine.
Cette princesse était assez belle, très-bien faite, quoique un peu grande. Elle avait l'esprit clairvoyant, était entreprenante, énergique dans ses paroles comme dans ses actions, d’un caractère indépendant, et, dans ses dernières années, elle se laissa dominer de plus en plus par l'avarice.
La reine Christine aimait ses deux fils avec une tendresse toute maternelle, et elle renonça sans hésiter à la régence en faveur de Gustaf-Adolphe. Pendant les premières années du règne de ce prince, elle ne cessa de suivre ses mouvements, le soutenant, lui donnant de bons avis sur sa santé ou sur le gouvernement. Mais elle ne put jamais résister à la tentation de l'intérêt personnel. Par son économie, elle se
(1) Archives royales. Généalogie. La vie d’Élisabeth Gyllenhjelm, fille de : Charles, écrite par elle-même et contenant l'extrait d’une lettre de Charles- Philippe à Lars, pasteur de Tumbo, dans laquelle Élisabeth Ribbing est citée comme femme de ce prince.
trouva souvent en position de venir à l’aide de Gustaf-Adolphe en lui prêtant de l'argent; mais ce fut toujours après avoir pris ses sûretés pour un intérêt de six à douze pour cent. Lors des partages, après la mort du duc jean et de Marie-Élisabeth, elle chercha à s’emparer de tout ce qu'il lui fut possible de prendre (1); rien ne put la déterminer à renoncer au commerce 1llégal qu'elle faisait avec l'étranger, et qui l’enrichissait ainsi que ses serviteurs.
. L'amour du roi pour Ebba Brahe paraît avoir été la première cause d’un peu de froideur entre ce prince et la reine Christine. À mesure que Gustaf-Adolphe acquérait des années, de la gloire et l’expérience nécessaire pour se conduire lui-même, l'attachement de Christine devint plus exclusif pour Charles-Philippe. Elle essaya d'abord de montrer de l’impartialité, et, à l’occasion de quelques discussions sur les devoirs réciproques du roiet de son frère, Christine déclara : « qu’elle souffrirait également n'importe lequel de ses doigts serait blessé: » Mais elle s’attacha toujours davantage à son plus jeune fils. Comme tutrice, elle défendit ses droits sur le duché, et parfois jusqu'à l’extravagance; elle fut assez faible pour répéter au jeune prince les expressions de mécontentement dont le rois’était servi relativement à cet apanage, et qui lui avaient été rapportées par ses espions. Si Gustaf-Adolphe et Charles-Philippe n'avaient point été doués de sentiments élevés, une pareille conduite aurait suffi pour exciter la guerre entre eux.
Le mécontentement de la reine contre Gustaf-Adolpne fut augmenté par une circonstance nouvelle : le roi avait congédié Nils Chesnecopherus et Erik Elofsson, employés ‘autrefois par Charles IX, et que Christine avait pris ensuite à
(1) Archives d'Albedyhl. Miscellanea historica Gustavi Adolphi IV. Quelques points sur lesquels S. M. la reine prie S. M. de s'expliquer. Nykæping, le 19 mars 1617.
son service. Ces deux hommes continuèrent à jouer auprès de la reine et de Charles-Philippe, contre Gustaf-Adolphe, le même rôle qu'ils avaient joué auprès de Charles IX au sujet de Sigismond. Chesnecopherus composa secrètement un long traité dans lequel il s’efforçait d'élever les droits des ducs et d'abaisser ceux de la couronne. Il remit lui-même, par mégarde, cet écrit entre les mains du roi. On peut se représenter l'effet qu'il produisit. Malgré toutes les suppliques présentées en sa faveur, Chesnecopherus fut obligé de demander pardon au roi en présence des ducs, et en se servant d'expressions remplies d’humilité qu'Axel Oxenstjerna lui dicta (1).
Mais, du reste, Gustaf-Adolphe eut LAURE pour sa mère une souMIssION et un respect filal. Il était inflexible quand il s'agissait d’affaires importantes pour le royaume: dans tous les autres cas, 1l cédait ordinairement aux caprices de Christine, malgré le préjudice qui en résultait quelquefois
pour lui et pour sa considération. Christine eut, par exem-
ple, la fantaisie de prendre la qualité de reine des Lapons et des Kajunes; son fils y avait renoncé dans le dernier traité de paix avec le Danemarck. Christian se plaignit, et Gustaf- Adolphe supplia sa mère de ne pas céder à ce caprice ; ce fut en vain. Elle continua, jusqu’à sa mort, à se faire appeler reine des Lapons et des Kajanes. À la fin, les deux rois n’y prêtèrent plus aucune attention.
Après le décès de Charles-Philippe, Christine perdit sa gaielé, ses forces, et se retira presque entièrement du monde. Elle passa les dernières années de sa vie dans la retraite au château de Nykœæping, avec sa sœur la princesse
(1) Archives du royaume. Minutes des délibérations, lettres et toute espèce d’écrits relatifs aux affaires publiques, par le chancelier du royaume, le comte Axel Oxenstjerna. Minute de la supplique de: Chesnecopherus, écrite de la main d’Axel Oxenstjerna.
HISTOIRE DE GUSTAF-ADOLPIIE. Cal
Agnès et sa petile-fille Élisabeth Gyllenhjelm, dont les jeux enfantins faisaient toute la joie de sa vieillesse. Christine mourut en 1626, et fut inhumée dans la cathédrale de Strengnæs, entre Charles IX et le duc Charles-Philippe. Elle laissa toutes ses richesses à Gustaf-Adolphe.