‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 68 sur 102 · TR ALTO · texte numérisé non relu

TR ALTO

mais devant ce pas périlleux. Dans l'intervalle, le roi, étant parvenu à se procurer des bateaux, fit transporter sur la rive opposée quelques troupes qui élevèrent en hâte des travaux de défense. Avec l’aide de celles qui les suivirent, ils repoussèrent une sortie faite par les assiégés. Les Suédois, enhardis par ce succès, passèrent tous l’un après l’autresur les planches, et dès avant le soir, le roi avait déjà des forces considérables sur la rive gauche du fleuve. Les travaux du siége commencèrent le lendemain de bonne heure.

Durant deux jours, le roi fit canonner l’une des tours du château, dans l'espoir qu’elle comblerait le fossé en croulant, ce qui faciliterait l'assaut. Elle tomba en effet, mais sans remplir le but qu'on se proposait. C’est pourquoi les tranchées étant parvenues au pied de la forteresse, Île roi résolut de s'emparer d’assaut de la demi-lune qui se trouvait devant la porte, et il confia cette dangereuse commission à Axel Lilje, à Jacob Ramsay et à Jean Hamilton. Hepburn et ses Ecossais suivirent volontairement leurs compatriotes. La lutte fut longue et désespérée; l'ennemi, protégé par un épaulement, fit une vaillante résistance, tandis que les assiégeants. étaient obligés d’escalader les flancs de la montagne, de passer le fossé, et de grimper de nouveau vers le rempart de la forteresse sous les balles et les coups de l’ennemi. Non loin de là et protégés par un monticule de sable, Gustaf-Adolphe et Péder Banér regardaient le combat; un boulet, venu de la forteresse, tomba si près d'eux qu'ils furent couverts de gravier et de : poussière. Le roi s'étant rendu sur le champ de bataille pour encourager les soldats, une balle enleva une partie de son gant de buffle sans lui faire de mal. Cependant le combat continuait avec fureur; les Bothniens orientaux et les Écossais avançaient sans qu’on pût leur résister. Enfin après une lutte de deux grandes heures, les impériaux se retirèrent dans le château, et

les Suédois restèrent maîtres de tous les travaux extérieurs.

L'assaut devant être donné le lendemain à la forteresse, des corps de troupes suédois et allemands furent désignés à cet effet ainsi que les brigades bleu, jaune, et les Bothniens orientaux (1). Hamilton s'attendait à prendre part avec ses Écossais à cet assaut; le refus du roi lui parut un si grand affront, qu'il donna sur l'heure sa démission et s'éloigna de l'armée.

Les troupes ci-dessus désignées se réunirent pendant la nuit dans la demi-lune que l’on venait de conquérir; l’attaque devait avoir lieu le matin un peu avant l’aurore. Lorsque tout fut près, un lieutenant avec sept hommes fut envoyé une demi-heure environ avant le moment de l'assaut, pour reconnaître la voûte de la porte. Grâce à l’obscurité, il parvint jusqu’au pont-levis, qu’à son grand ‘étonnement il trouva baissé; à l’autre extrémité deux cents impériaux étaient cependant de garde. Ceux-ci ayant entendu un peu de bruit et aperçu du mouvement en dehors des remparts, crièrent : «Qui vive !» et demandèrent le mot d'ordre. « Suédois ! » répondit l'officier, .et il sauta sur le pont avec ses soldats, en criant en même temps du côté de la demi-lune : «Camarades' venez promptement, le château est pris. » Il parvint, durant une escarmouche très-vive, à défendre la voûte contre les Autrichiens, qui, trompés par l'obscurité, ne pouvaient présumer que huit hommes seulement osassent les attaquer. Cependant, au cri poussé par le lieutenant, tous les régiments prêts à donner l’assaut se précipitèrent en avant, les uns en franchissant le pont-levis, les autres en escaladant les murs avec des échelles de siége. Le combat fut vif mais court, et les Suédois pénétrèrent bientôt dans

(1) Archives de Brahe, fol. 84.

la cour du château. La garnison n’en continua pas moins à faire une résistance désespérée; les assaillants d'autant plus arrités se mirent à crier : « Expiation pour Magdehourg ! » et tuèrent tous ceux qui se trouvèrent sur leur passage. Alors Torstensson sauta en avant et, saisissant à bras-le-corps Keller qui combattait encore, 1] le fit prisonnier et le protégea contre la fureur des soldats. Le chef étant pris, le combat se trouva terminé.

Cependant la cour du château était jonchée de morts, parmi lesquels on trouva vingt-deux moines dont une parte était armée. Un grand nombre de ces religieux se jetèrent à terre feignant d être morts afin de sauver leur vie.Larésistance ayant cessé, les soldats se livrèrent au pillage; mais pas une femme ne fut insultée, pas un homme maltraité; quant à l'argent et aux objets précieux, on prit tout sans ménagement.

Au bout d’une heure, le roi fit cesser le pillage et entra dans le château. Il faisait maintenant complétement jour, de sorte qu’il put voir distinctement les cadavres étendus dans la cour. Le roi ne tarda point à remarquer que plusieurs d'entre eux avaient le teint d’une fraicheur inaccoutumée chez des morts. Il devina la vérité et dit en riant : « Levez-vous! on ne vous fera point de mal! » Aussitôt, beaucoup de ces cadavres supposés se redressèrent et vinrent s’incliner avec reconnaissance devant le prince qui leur sauvait la vie.

Le butin fut très-considérable. Tout l'argent et les objets précieux que les habitants avaient déposés dans la chapelle du château leur furent rendus, et cependant les soldats trouvèrent encore tant d'argent qu'ils le partagèrent en le mesurant dans des fonds de chapeau. Le roi garda pour lui l'arsenal contenant des armes pour sept mille hommes d'infanterie et quatre mille cavaliers, dix canons de gros: ca-

libre, trente de plus petit calibre et quatre mortiers; l'écurie où se trouvaient une foule de chevaux choisis; la cave abon-

damment pourvue, même de pièces ayant vingt ans; enfin la

riche bibliothèque, dont il fit présent à l’université d'Upsal.

On enleva les six statues du Sauveur et de la Vierge en or massif, et celles des douze Apôtres en argent qui ornaient la chapelle. Keller fut obligé de dire où était la voûte secrète qui recélait le trésor de l’évêque. Elle se trouvait dans un

rocher en dessous de la cave et profondément creusée. On en

tira des richesses si considérables, qu’on n’en peut désigner la valeur; l’une des boîtes qu’elle contenait se défonça dans

la cour; elle était remplie dé ducats qui roulèrent sur le pavé,

Les soldats se précipitèrent pour les ramasser, en rapportèrent quelques-uns au roi, et mirent la plus forte part dans

leurs poches. Gustaf-Adolphe leur dit en riant : « Puisque ces ducats sont dans vos mains, mes enfants, qu'ils y res-

lent. »

Tilly avait réuni à cette époque une armée plus forte de moitié que celle de Gustaf-Adolphe. Le vieux général lui avait fait passer le Mein, et la conduisait vers la Franconie méridionale en menaçant les protestants de Nuremberg du même sort que ceux dè Magdebourg. Mais, lorsqu'il apprit “que le roi attaquait Wurzbourg, il courut en hâte vers cette ville pour la sécourir : il arriva trop tard. Cependant il Inquiéta beaucoup les Suédois. La soirée était déjà fort avancée quand Gustaf-Adolphe eut connaissance de l'approche des impériaux. Cette nouvelle le tourmenta. Il était beaucoup trop faible pour leur résister, après avoir envoyé Horn avec dix mille hommes du côté de Bamberg. Il monta donc à cheval sur-le-champ et se rendit auprès dé Hepburn, dontles troupes et celles de Monræ reçurent l’ordre de suivre dan la nuit même le roi à Ochsenfurth, où l’on présumait qu Tilly effectuerait le passage du Mein. En effet, celui-ci ne

tarda point à arriver, et l’on commença une escarmouche. Tilly aurait désiré attaquer le roi, afin d’éteindre d’un seul coup le dépit que lui causaientsa défaite de Breitenfeld et la prise de Wurzhourg; mais l'électeur de Bavière, qui commençait à douter du bonheur ou de l’habileté de Tilly, lui avait défendu de hasarder une bataille à moins d’être parfaitement sûr de la victoire. Il n’osa point tenter le passage du fleuve en vue de l'ennemi, et se retira. « Suis-je donc condamné, dit-il en snupirant, à porter au tombeau avec moi la honte de cette défaite abhorrée? »

Après la prise de Wurzbourg et la retraite de Tilly, tout le cercle de Franconie tomba au pouvoir du roi, et lui prêta serment de fidélité et d’obéissance. La liberté de conscience fut:assurée aux catholiques. « Je suis venu, dit Gustaf-Adolphe, pour délivrer mes semblables, et non pas pour leur imposer un nouveau joug, ou forcer leurs convictions. Un soulier neuf blesse toujours dans le commencement. » Les catholiques , comme les. autres habitants de la Franconie, furent protégés contre les violences. Par cette conduite, . le roi. se fit aimer de tous, et la confiance s'établit entre:le pays et l’armée étrangère.

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