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CHAPITRE LXXII

Combat du Lech.

Tilly avait opéré sa jonction avec Maximilien, qui lui amenait plusieurs régiments anciens et de formation nouvelle. Ces troupes furent cantonnées dans un angle dela Bavière, formé par le Lech ét le Danube. Protégé par ces deux grands fleuves et avec une armée de vingt mille hommes, Maximilien espérait chasser les Suédois, ou du moins les tenir élorgnés de la Bavière. |

(1) Archives de Palmskæld. Acta ad historiam regis Gustavi-Adolpha, t. I. p. 40.

Après s’être assuré de la position avantageuse de l'ennemi, le roi assembla un conseil de guerre auquel il posa cette queslion :

«Faut-il tenterle passage du fleuve malgré la présence de Tilly ou faire choix d’une autre route? »

Les avis se trouvèrent partagés. Gustaf Horn soutint que le roi devait abandonner Tilly et la Bavière, marcher vers la Bohême pour dissiper les troupes nouvellement enrôlées par Wallenstein et pénétrer ensuite en Autriche par la Moravie; c'était le moyen le plus sûr pour contraindre l'empereur à céder. Le Lech était profond et rapide, en opérer le passage en vue d’un ennemi fort et habile coùterait infiniment de monde, même si l’on réussissait dans cette entreprise ; dans le cas contraire, l’armée suédoise tout entière serait perdue, et sans un point d'appui solide pour résister aux entreprises de Wallenstein, qui ne manquerait pas de sortir de son embuscade. La plupart des vieux colonels appuyèrent cet avis; il en fut autrement du roi. Il soutint qu'on devait profiter de la terreur inspirée précédemment par les Suédois à l’armée bavaroise et ne point se laisser effrayer par sa supériorité numérique, car elle se composait en grande partie de paysans enlevés depuis peu à la charrue. En cas d'échec, Donauwerth était un refuge suffisant; mais il espérait n’en avoir pas besoin. La fortune soutient l’intrépidité. Horn continua à défendre son opinion.

«Comment! s’écria le roi, nous avons traversé l’Oder, l'Elbe, le Rhin, et même la Baltique, et nous nous arrêterions stupéfaits devant le Lech ! Rappelez-vous, ajouta Gustaf-Adolphe, que les entreprises les plus difficiles sont souvent celles qui réussissent le mieux, parce que la partie adverse les regarde comme impossibles. »

Horn se tut, les autres l’imitèrent, et le passage du Lech fut décidé.

Suivi par un petit détachement de cavaliers, le roi sortit à cheval pour.choisir un endroit favorable à l'exécution de son dessein. 1} suivit le rivage, mais à quelque distance, parce que les canons de Tilly, rangés sur l’autre rive, envoyaient souvent des boulets aux Suédois. Le roi chevaucha longtemps inutilement; la rivière coulait tout droit entre des rives bourbeuses et n’offrait aucun point favorable au passage. Enfin un endroit convenable se présenta. Le courant se détournait à gauche et formait, sur la rive opposée, un. promontoire ou presqu'île. La rive gauche avait onze pieds environ d'élévation de plus que la rive opposée. Le roi voulut profiter de cet avantage, mais, en examinant la position avec plus de soin, il reconnut que, Tilly avait placé des canons en face. Gustaf-Adolphe en éprouva du Noir mais il ne se découragea point.

«Venez ici, cities, cria-t-1l à quelques hommes ré son'escorte, cinquante écus à celui qui me donnera des renseignements positifs sur la profondeur du fleuve, au coude Re )

. Les cavaliers dirigèrent leurs chevaux de ce côté, sans pouvoir approcher du rivage à cause du feu de l'ennemi. Un dragon sortit alors des rangs et demanda la permission de se rendre, déguisé en paysan, sur les lieux, pour reconnaître la position. Le roi cacha ses cavaliers et gravit un monticule éloigné d’où il pouvait voir avec une lunette d'approche ce qui allait se passer. Quelques instants après, le dragon sorit d’un village voisin complétement déguisé en paysan et portant une longue perche sur l'épaule. Il marcha droit vers le point indiqué, et appelant les soldats bavarois, il les pria de l’aider à traverser la rivière. Ceux-ci ne pouvant faire ce qu'il demandait, le paysan supposé entra dans l’eau jusqu’à la ceinture, en sondant toujours avec sa perche. La rivière

devenant enfin trop profonde, il s'arrêta, hocha la tête et

revint sur ses pas. Les soldats bavarois rirent de sa fentaüve; l’un d'eux lui demanda s’il savait nager.

« Non, mon compatriote, répondit le paysan.

-—— Alors il faut que tu sois fou pour tenter ce passage: La rivière a vingt-deux pieds de profondeur.

— Comment Le sais-tu avec tant de certitude? demandalé paysan.

— Nos officiers l’ont sondée hier, répondit le Bavarois.

Hélas! reprit le paysan, ne trouverai:je point un com: patriote qui veuille venir au-devant de moi, dans l’eau,et me tirer ensuite, avec cette perche, sur l’autre bord, je:lui donnerais volontiers un demi-ducat pour sa peine ? » à

Un soldat se dépouilla aussitôt de ses vêtements et entra dans la rivière, le paysau fit de même; 1! fut donc facile de voir de bien le fond de la rivière baissait de chaque côté: Mais, lorsque le paysan, avec une crainte ou une bétise»simulée, s’y prit d’une manière trop maladroite, le Bavarois nagea de son côté pour l'aider. Le paysan se mit alors à parler de ses infortunes, de la manière dont les méchants Suédois avaient détruit ses champs, ete. ; 1l n'osail pas: se hasarder une seconde fois vers l'endroit le plus profonds-etsle soldat, qui commençait à avoir froid, s’en retourna vers ses camarades, en nageant, et abandonna le paysän à son sort: Celui-ci, en apparence fort abattu et affligé, reprit la route par laquelle il était venu, ne tarda point à retrouver le roi, et lui communiqua les renseignements positifs: qu'il avait recueillis. Gustaf-Adolphe le nomma à l'instant quartier: maître de cavalerie et lui donna cent mxdalers ane son équipement. 49)

Les travaux préparatoires furent tensét commencés did de. près les indications reçues. Plusieurs maisons: de paysans des alentours ayant.été abattues, on fit, avec leur. charpente, une foule de tréteaux très- forbé caleulés d’après là profon-

deur de la rivière. Le roi avait l'intention de les placer dans l'eau, de les couvrir de planches et de former ainsi le’pont dont “ avaient besoin. Sur la rive bavaroise se trouvait un banc de sable peu élevé. Les tréteaux avaient été construits de manière à ne point dépasser la surface de l'eau, et le pont se trouvait protégé contre les boulets de Tilly par le bane de sable. Les travaux de charpente se faisaient à quelque distance du rivage, afin de ne pas éveiller trop {ôt l'attention de l'ennemi. : | Lorsque tous les préparatifs furent achevés, Gustaf- Adolphe conduisit son armée vers l'endroit désigné: et Ty, Suivant exactement tous ses mouvements, se {rouva aussi sur la rive opposée. Le long de la rivière, désitaué le banc de sable, la rive bavaroise, à l'éxception d’une langue de térre étroite, était basse et très- marécageuse, de sorte qu'on y enfonçait jusqu'aux genoux. Un peu au delà, le terrain s'élevait insensiblement. Tilly fit creuser en cet endroit un fossé qu'il remplit de mousquetaires, plaça son artillerie derrière ce fossé, et un peu avant sur le rivage. Dans un bois épais, sur le sommet de la colline, se trouvait toute l’armée bavaroïse. j2 50 C’est sous le feu de tous ces retranchements que les Suédois avancèrent ; le rivage, plus élevé de leur côté, les protégeait cependant un peu. Le long du coudé formé par la rivière on éleva quatre batteries où se trouvaient; en tout, dix-sept canons; entre ces batteries le rivage ‘était longé par des tranchées dans lesquelles on placa des mousquetaires. Les batleries commencèrent bientôt un feu croisé tellement dévorant contre la presqu'ile, que pas url seul Bavaroiïs n’osa s’y montrer. Tous ces préparatifs furent terminés le 3 avril, et l’on travailla de suite à la confection du pont: Afin de cacher ces travaux à l ennemi aussi longtemps que possible, le roi fit apporter sur le rivage

une grande quantité de bois vert, de poix, de paille mouillée, dont la fumée épaisse, jointe à celle des canons, enveloppa ce point d’un:nuage presque impénétrable.. Malgré ces précautions, Tilly ne tarda point à découvrir ce qu’on faisait, et dirigea ses pièces de ce côté; mais le banc de sable dont nous avons parlé et la position favorable du pont, si bien calculée par Gustaf-Adolphe, annula l'effet des boulets ennemis. C’est pourquoi Tilly établit, sur les côtés les plus rapprochés du rivage, deux batteries pour attaquer le pont en. construction, et poussa en même temps avec beaucoup d'activité les travaux de ses autres retranchements, afin d’être d'autant plus sûr de pouvoir repousser l'ennemi quand il tenterait le passage. C'est ainsi que se passa la Journée suivante:

Le pont se trouva achevé le 5 avril. Trois cents fantassins finlandais furent les premiers qui reçurent l’ordre de le passer ; ils devaient élever un retranchement sur l’autre bord, pour défendre la tête du pont; on promit à chacun dix écus. Pourvus seulement de pioches et de.bêches, ils coururent sur le pont qu’on venait d'achever et se mirent de suite à l'ouvrage. Tilly, voulant éviter aussi longtemps que possible d'exposer ses soldats aux boulets meurtriers des Suédois en les faisant descendre vers le bord de Ja rivière, doubla le feu de ses canons. Les Suédois. y répondirent : en général, ils tiraient mieux et plus promptement que l'ennemi. Afn d'augmenter encore leur ardeur, Gustaf- Adolphe pointa lui-même des canons, et tira plus de soixante coups. Le bruit occasionné sur les deux rives par cette canonnade fut entendu en Bavière, à plusieurs milles de distance, et faisait trembler la terre. Les Suédois pointaient leurs pièces, non-seulement contre les retranchements ennemis, mais en même temps sur le bois, et cela avec succès. Des têtes d'arbres, des rameaux, des troncs, brisés

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