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à chaque instant, maltraitaient, par leur chute, les troupes postées dans ce bois, et portaient le désordre dans leurs rangs. Les Finlandais avaient, dans l'intervalle, terminé le retranchement, et furent renforcés par trois cents de leurs compatriotes commandés par Charles-Gustaf Wrangel; dont ce fut le premier exploit. Le duc Bernhard, ayant trouvé un gué près de là, traversa la rivière avee un détachement de cavaliers finlandais, et. prit l’ennemi en flanc; au même instant linfanterie commençait à passer sur le pont.
Tilly envoya Altringer pour repousser l'attaque: mais aussitôt que les Bavaroïs furent plus rapprochés du rivage, le feu meurtrier des batteries royales et des Finlandais de Wrangel les força de s'arrêter, puis de reculer: Altringer courut en avant et les conduisit de nouveau à l’ennemi, mais un boulet passa si près de sa tête, dans ce moment. qu'il tomba sans connaissance, et les Bavarois reculèrent pour la seconde fois. Tilly lui-même sortit alors des retranchements suivi de ses vieux Wallons ; ceux-ci reculèrent également devant cette pluiè meurtrière de boulets. Tilly courut se mettre à leur tête; il saisit un drapeau et marCha droit à l'ennemi. Les Wallons le suivirent, mais quelques minutes après le vieux général fut atteint d'un boulet de fauconneau qui lui brisa la jambe et le renversa. Les Wallons se retirèrent en emportant leur général bienaimé. Cet événement jeta le trouble et l'incertitude sur les lignes bavaroises. Tilly et Altringer étaient blessés ét sans connaissance ; personne, pas même l'électeur, ne savait ce qu'il fallait faire. La nuit vint heureusement étendre son voile sur cette confusion. Favorisé par cette circonstance, Maximilien partit avec toute son armée, en laissant environ deux mille morts sur le champ de bataille (1).
(1) Suivant une autre relation, le passage du Lech s’effectua plus au midi, au moyen d’une ile située au milieu de la rivière.
Les Suédois passèrent toute la nuit immobiles dans leurs positions; mais le lendémain de bonne heure, Nils Brahé fut envoyé avec le régiment jaune, pour reconnaître la po: sition de l'ennemi, Il trouva le camp vide. Le roi y courut aussitôt, et, en xoyañt les rétranchements solides que Tilly y avait élevés, 1l s’écria :
. «Si j'eusse été l'électeur de Bavière, je n'aurais pas ouvert mes États à l'ennemi en abandonnant une pareille position ; non, je.ne l'aurais pas quittée, lors même qu'un boulet m'aurait enlevé la barbe et une partie du menton. » : .
. Ce fut le dernier combat du vieux Tilly. Déposé dans la voiture de l'électeur, on le transporta à Ingolstadt: Le mouvement de la voiture, durant ce long voyage, lui causa des duuleurs si fortes qu'il perdit connaissance à diverses re: prises, et ceux qui l’accompagnaient crurent plusieurs fois que sa dernière. heure était arrivée. Cependant 41 atteigmt Ingolstadt, où un chirurgien ignorant, sous prétexte de lui retirer des éclats d'os, lui causa des souffrances atroces, Mais Tilly gémissait surtout d’avoir survécu à la défaite de Breitenfeld et de n'avoir pu effacer cette honte. Maximilien passait souvent des heures entières auprès de son lit et cherchait à le consoler, malgré le chagrin qu’il éprouvait luismême.Tilly lui conseilla de ne pas se séparer de la cause de l’empereur, et de faire tout ce: qui était en son pouvoir pour conserver Ingolstadt et Ratishonne, surtout cette dernière. Il passa quinze jours dans des douleurs affreuses; elles se terminèrent enfin le 20 avril. Filly expira en partageant sa modeste fortuneentre ses vieux Wallons. ef un neveu chéri, fils de son frère. Il laissa à la postérité un nom qu'elle admiré sans restriction.
Ce bonheur nouveau:et inattendu de GastfAMONNE ef la. mort du vieux Tilly, son unique adversaire, étonnèrent toute l'Europe ; la surprise et la terreur des catholiques fu-
rent extrêmes. « Baissez la toile, la pièce est jouée, » dit un cardinal; Maximilien lui-même n'augurait pas mieux de sa position. Il mit, avec la plus grande célérité, sa femme ét ses trésors en sûreté; retira, suivant le conseil de Tilly, sés troupes dans Ingolstadt et dans Ratisbonne, maïsil fut obligé d'abandonner le reste de ses États et sa capitale au pouvoir du vainqueur. La France, déjà jalouse de Gustaf. Adolphe, le devint encore plus. « En vérité, dit Louis, il est urgent de mettre un terme aux entreprises de ce Goth. »
La position de la France était surtout émbarrassanté à Pégard de la Bavière. Pour détacher Maximilien de lAutriche, Richelieu lui avait promis de le soutenir envers et contre tous. L’électeur réclamait maintenant l'exécution de cette promesse; mais Richelieu craignait d’irriter le victorieux Gustaf-Adolphe, et il laissa Maximilien dans l’embarras. Cependant l'envoyé de France à Munich se rendit auprès du roi afin desauver les apparences, demanda une neutralité complète pour l'électeur, et l’appuya de raisons plus ou moins valables: l'attaque de Tilly contre les Suédois de Bamberg avait eu lieu contrairement aux ordres de l’électeur; ce dernier, s'était toujours exprimé avec beaucoup d'estime sur le compte du roi de Suède, etc. Gustaf Adolphe répondié :
« de connais à fond l'électeur et ses ruses monacales. Son pourpoint est de deux couleurs, tantôt bleu, tantôt rouge, suivant la circonstance; mais il ne trompera point le roi de Suède. »
L’ambassadeur, élevant la voix, dit que le roi de France ne verrait pas, sans le plus vif mécontentement, maltraiter son ami l'électeur de Bavière, surtout si pareille chose avait lieu dela part d'un monarque, allié de Sa Majesté Française, et dont on devait attendre plus de condescendance.
...@ Monsieur, dit Gustaf-Adolphe en linterrompant, ‘votre
volubilité française vous entraine beaucoup trop loin, et me force de vous dire que rien ne m’oblige à écouter de semblables. observations. J’excuse votre ignorance; quant aux sentiments du roi de France, je connais beaucoup mieux que vous sa manière de penser relativement à cette affaire. Ce n’est pas lui qui vous envoie vers moi, car vous ne m’exhibez aucun pouvoir donné à cet effet. Je vous regarde donc comme m'élant envoyé par l’électeur de Bavière: portez-lui ma réponse : 1° Qu'il rende d’abord tout ce qu'il a pris à mes alliés ; 2° Qu'il congédie ses troupes en leur défendant de se mettre au service de l'empereur; 3° Qu'il ne prête aucune sorte d'assistance à mes ennemis ; 4° Qu'il n’exerce aucune hostilité contre la couronne suédoise pendant trois ans ; 5° Et qu'il donne des gages de l’accomplissement de ses promesses. Je lui accorderai la neutralité à ces conditions, mais 1] me faut une réponse décisive dans vingt-quatre heures, sinon j'entrerai en ennemi dans ses États.
L’ambassadeur s’en retourna donc sans avoir rien obtenu. Bientôt après, Richelieu fit demander au roi jusqu'où 1} comptait étendre ses conquêtes. |
« Aussi loin que mon intérêt l’exigera, » répondit le roi avec brièveté.
La France se tut et se retira. pour rester spectatrice du combat décisif auquel on s'attendait, entre Gustaf:Adolphe et l’armée que Wallenstein venait de rassembler.