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CHAPITRE LXXII Gustaf-Adolphe à Augsbourg

Augsbourg était, comme Nuremberg, l’une des plus gran-

des et des plus riches villes de l'Allemagne. Elle tirait, en outre, une célébrité spéciale de l'acte connu sous le nom

de. Confession d’Augsbonrg, présenté, en 1630, à l'empereur Charles-Quint, et qui devint plus tard la base constitutive de toutes les églises protestantes de l'Allemagne. La plupart de.ses habitants avaient embrassé la nouvelle doctrine: ils avaient su acquérir des églises et des priviléges. importants. Mais, par suite de l’édit de restitution, ces églises avaient été tout récemment fermées, les priviléges abolis, et une administration catholique placée à la tête de cette ville occupée par une garnison bavaroise. Non-seulement les habitants d'Augsbourg, mais toute l'Allemagne protestante, éprouvaient un violent dépit en voyant opprimer la nouvelle doctrine dans sa ville natale.

Gustaf-Adolphe considéra comme un devoir, un honneur et un avantage, de délivrer cette cité importante du joug qu'on lui avait imposé; ainsi que Donauvwerth, elle. pouvait lui servir de point d'appui dans PAllemagne méridionale. I} conduisit donc, après le combat du Lech, son armée sous les murs d'Augsbourg. La plus grande partie marchait sous les ordres immédiats du roi, sur la rive orientale du fleuve, et l'artillerie, sous ceux de Torstensson, suivait la rive occidentale. En arrivant, des batteries furent élevées, et un: parlementaire fut envoyé dans la.ville pour la sommer de.se rendre. La garnison nese montait qu’à treize cents hommes, la plupart nouvellement enrôlés et mal exercés; leur commandant n’en fit pas moins une réponse négative et fière. La bourgeoisie, au contraire, supplia le roi, au nom de Dieu, de ne pas tirer sur la ville, ce serait punir l’innocent pour le coupable. La garnison bavaroise était arrivée dans Augsbourg presque à l'insu et contre le gré de la bourgeoisie; elle pria le roi d'accorder des conditions favorables à cette troupe pour l’engager à se ration, ce qui sauverait la ville et ses habitants. |

Par compassion, Gustaf-Adolphe s'était abstenu de tirer

fai

sur la ville, et cependant les canons bavarois inquiétaient constamment le camp suédois. Pour se conformer, autant que possible, aux désirs de la bourgeoisie, il donna plein pouvoir à Horn pour négocier avec les Bavarois. Une coûvention fut conclue en peu de jours; la garnison sortit de la ville et la livra aux Suédois. L’admimistration catholique fut ensuite dépossédée et remplacée par des magistrats protestants, qui prêtèrent serment de fidélité à à Custat/Aaëtgihie et. à la couronne suédoise. Le roi fit son entrée sélennélle le 14 avril; 1l était accompagné par quelques troupes choiïsies, par Frédéric de Bohême, Guillaume de Weimar, Christophe de Baden, Gustaf Horn, Johan Banér et Lennart Torstensson. Le cortége se dirigea vers'l'üne des églises protestantes qui fut ouverte ce jour-là, ainsi que toutes les autres, au son de toutes les cloches. Fabricius, prédicateur du roi, prit pour texte le verset 6 du psaume xrr : « Touché de la désolation des affligés et du gémissement des pauvres, je vais me lever, dit le Seigneur, jé les sauverai de celui qui prétend les renverser de son souffle. » Puis on chanta tout le. psaume cr, avec accompagnement d’une fort belle mu: sique; et cé ne fut pas sans une vive émotion, en songeant à leur délivrance et à leur libérateur, que les habitants d'Augsbourg chantèrent ces versets : «O0 mon âme! bénis le Seigneur, et n'oublie jamais toutes les grâces qu'il l’a faites. <+1l a fait connaître ses voies à Moïse, et ses œuvres aux ênfants d'Israël. » — De l’église, la foule se rendit sur la place publique, où le roi entra dans une maison et se montra sur de balcon. Toute la bourgeoisie s'avança et prêta le sermént de fidélité suivant : 4 Nous promettons et jurons, au très- ‘puissant prince et seigneur Gustaf- ‘Adolphe, roi de Suède et de: Yandalie, etc., notre gracieux prince et seigneur, ainsi. qu'à la couronne 4e Suède, fidélité, hommage, “ob iros de les servir, de les aider.en tout, dé détourner de télites |

nos forces le mal qu'on voudrait leur faire, etde nous conduire en tout comme de fidèles sujets doivent le faire envers leur seigneur légitime, sans ruse ni perfidie. Ainsi Dieu nous soit en side. au corps et à l'âme. » Ily eut ensuite un repas splendide et le soir un bal magnifique auquel les plus belles dames de la ville furent invitées. Plusieurs jours se passèrent ainsi au milieu des fêtes. L'urbanité de Gustaf- Adolphe gagna tous les cœurs, et plut surtout‘aux femmes. On conserve encore à Drottningholm (1), un col extrémement précieux qu'une belle demoisellé noble d'Augshbourg offrit au roi, en souvenir de la délivrance de: cette ville et de la reconnaissance de ses habitants.

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