‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 76 sur 102 · CHAPITRE LAXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LAXIV

: Des projets ambitieux de Gustaf-Adolphe:

‘ Ce fut vers ce temps que l’on commença à parler plus activement des projets ambitieux de Gustaf-Adolphe, dont on croyait apercevoir la trace dans sa conduite. C’ést pourquoi nous allons nous occuper de ce que ses CONTE PUEREES et Ja postérité ont pu découvrir ou deviner à cet égard.

La tentative pour devenir roi de Pologne. C est le premier bruit de ce genre qui attira l'attention publique; ons'en , occupa gérées le roi Sigismond et sa cour y donnaient lieu naturellement. L'administration extravagante de ce pince excita dans tout le royaume du méconténtement contre sa personne et inspira de l'éloignement pour sa famille, dont les dissensions intérieures augmentèrent encore ce dernier sentiment. La reine Constance cherchait à former, en faveur de son fils Jean Casimir, un parti qui pût

{1} L'un des châteaux royaux des environs de Stockholm: {Than.) Abe

le mettre sur le trône; au, détriment d'Uladislaus, enfant. d'un premier lit, que Sigismond avait eu de la sœur de Constance. Le roi ne faisait rien ni pour n1 contre ce projet, mais le clergé le soutenait, parce que Jean Casimir paraissait ardemment dévoué à. la religion, catholique ; 1l n'en était pas de même, disait:on tout bas, d’Uladislaus ; on prétendait qu'il avait dans sa bibliothèque les œuvres de Luther, dont le titre portait le nom de Tite-Live, et qu’il les étudiait sans cesse. Cependant ce prince ne manquait point de partisans nombreux; son activité, ses manières cordiales, le faisaient aimer de la noblesse et de la multitude. Enfin, beaucoup de Polonais, mécontents de la famille royale, jetaient les yeux sur des princes ou des seigneurs étrangers. Le royaume était divisé en plusieurs partis, qui a SRE la mort du roi pour s'attaquer les uns les autres.

Parmi les nobles les plus puissants de cette époque, se trouvait Christophe Radziwil. On découvrit une correspondance. qui avait pour objet d'élever au trône de Pologne, après la mort de Sigismond, le duc d'Orléans, frère de Louis XIIT, et l’on soupçonna Radziwil d’être l’auteur de ce projet. Les fonctions de général en chef de la Grande-Lithuanie se trouvant vacantes dans ce moment, Sigismond nomma pour les remplir Léo Sapieha, qui avait quatrevingts ans, à l’exclusion de Radziwil, doué des talents nécessaires, et. qui avait, en outre, des droits à cette charge. Les suites de cette injustice furent d’abord les échecs que les Suédois firent subir aux Polonais, en 1626, puis le mécontentement continuel de. Radziwil. IL résolut, pour se venger, de précipiter du trône une race royale détestée,. et de la remplacer par son ennemi héréditaire, Gustaf- Adolphe. On faisait valoir les grandes qualités de ce prince, la considération dont il jouissait et |’ espérance de mettre fin, de. cette manière, à. la lutte interminable des deux royaumes.

Radziwil en conféra avec Johan Skytte, gouverneur de Riga: celui-ci l’ayant encouragé dans ce projet, Radziwil se mit endevoir de recruter des partisans. Parmi eux se trouvèrent Léo Sapieha lui-même, le jeune Zamoisky, et enfin le général Gosiéwsky, mécontent de Sigismond, et qui, pendant sa captivité en Suède, avait appris à connaître et à apprécier Gustaf-Adolphe. On avait décidé que, pour assurer cette élection royale, il fallait convoquer d'abord, et séparément, les Lithuanieris que s. on supposait les pis faciles à conduire.

- Cette proposition ne déplut notsbd à Gustaf-Adolphe, et dés. négociations régulières furent bientôt ouvertes à ce sujet. L’obstacle principal se trouvait dans la religion qu’il professait; on chercha à le lever, en disant que le premier précepte de la doctrine protestante était de n’opprimer personne sous le rapport religieux. Tous les engagements pris seraient tenus, même envers les individus d’une autre communion; 1 y avait donc lieu d'espérer la liberté religieuse avec Gustaf-Adolphe. Le second {obstacle était Uladislaus et son puissant parti; on proposa de donner à ce prince le gouvernement de Smolensk, et même de le placer, avec le secours de Gustaf-Adolphe, sur le trône de Russie, auquel il avait élé appelé lors des troubles occasionnés dans ce pays par les Démétrius. On travailla les protestants de la Pologne, et l’on chercha à s'assurer de l'appui des Tartares de (iriée: Le roi de Suède paraissait avoir l'intention sérieuse ‘de conduire à bien cette entreprise. |

Cependant on ne manque pas de raisons ERP l'opinion contraire. Les difficultés naturelles de ce projet, l'exemple de Sigismond, ne pouvaient échapper à la perspicacité de Gustaf-Adolphe. La manière dont il s’exprima plusieurs fois sur ce sujet semble prouver qu'il considérait ces négociations comme un moyende semer le trouble en Po-

logne, et: n’y attachait pas d’autre importance. Lorsqu en 1630 il confia l'exécution de ces projets à l'envoyé Jacob Russel, il exprima son peu de confiance en ce personnage et en Ja réussite de l’entreprise. | En effet, Gustaf-Adolphe ne se trompa point à cet égari Russel, au lieu de seconder secrètement l’opinion publique et de chercher à faire des partisans au roi de Suède, adressa à la:dièle polonaise, réunie à Varsovie, une lettre ouverte pour lui proposer d'élire Gnstaf-Adolphe comme successeur de Sigismond; et 1l faisait en même temps l’énumérationi de tous les avantages de ce choix. Les lois polonaises défendaient positivement d'agiter, durant la vie du roi, la question de son successeur. Les pertes nombreuses en hommes ‘ét en provinces que Gustaf-Adolphe ‘avait: fait éprouver à la Pologne, avaient rendu son nom célèbre dans le pays; mais il n’y était point aimé. La lettré de Russel excita donc un mécontentement général et très-vif; elle fut brülée sur la place publique. Radziwil et les pârtisans secrets de Gustaf-Adolphe se turent, l'affaire manqua, et le roifitimettre Russel en prison pour avoir outrepassé 1 Vue voirs qui lui avaient été confiés. | Sigismond. mourut le 30 avril 1632. Dans ses derniers moments, 1l fit appeler près de lui son fils Uladislaus, le nomma son successeur au trône de Suède, et, afinde donner plus de poids à cette détermination, posa lui-même une couronne sur sa tête. Aussitôt après la mort de son père, Uladislaus prit le titre de roi de Suède, et fit connaître ainsi-son opinion sur Gustaf-Adolphe et ses plans pour l'avenir. Ce dérnier résolut done d'empêcher, autant que possible qu il ne trouvât une circonstance favorable pour les mettre à exécution. Dans ce but, il envoya quelques fondés de pouvoirs pour veiller à:ses intérêts lors de l'élection d’un roi: de Pologne, :ou.du moins pour s'opposer à ce qu’un des

fils’ de Sigismond fût élu. Mais ce fut en vain. La reiné Constance était morte; son parti et celui de Jean-Casimir avait disparu avec elle. Uladislaus fut élu, avec l'approbation générale, successeur de son : père et couronné roi de Pologne. : :

“Le projet de Gustf Adolphe de se faire proclamer empereur roman, où du moins de soumettre une partie de l'Allemagne septentrionale à la domination de la Suède. C'est la seconde

question, plus importañte que la précédente, soumise aux

recherches des historiens et aux méditations des hommes d'État. On l’agita pour la première fois après la victoire de Breitenfeld, lorsque l'électeur de Saxe, ravi de ce succès, offrit au roi: de contribuer à lui ceindre la tête ‘de la couronne impériale. Les avantages extraordinaires remportés par -Gustaf-Adolphe donnèrent une sorte de probabilité, dé réalité, à la dernière partie, du moins, des projets qu’on lui supposait. La marche de Gustaf-Adolphe vers l'ouest fit présumer qu'il nourrissait des vues de ce genre dès cette époque, On disait que si le roi avait eu seulement l'intention de contraindre l’empereur à faire une paix raisonnable, il n'avait qu'à prendre la route de Vienne, cette ‘ville se trouvant alors sans défense. Le mouvement vers le Rhin annonçait la volonté de conquérir les pays qu’il arrose, ét de mettre dans son parti les princes et les peuples qui les habitaient. Bientôt surgirent des indices plus significatifs encore; Gustaf-Adolphe fit prêter à la Franconie. serment de fidélité et d'hommage envers sa personne et la couronne de Suéde. Dans des édits imprimés, il disait :

« Bes sujets de notre duché de Francônie, de notre ville de Wurzbourg. » Une autre fois tout ce cercle fut appelé. : | Province de Sa Majesté le roi de Suède. » LS

‘Bon nombre de flatteurs AR et parmi les titres de | Gustaf-Adolphe celui de duc de Francome, ce qui donnait

beaucoup d'inquiétude à Oxenstjerna et autres Süédois fidèles ; 1ls prévoyaient l'envie et le mécontentement qui de vaient en résulter (1). Les soupçons s'accrurent durant Pexpédition du Rhin. Le roi avait dans sa suite beaucoup d’Allemands et très-peu de Suédois : «IL s'efforce, disait-on, de gagner la bienveillance des Allemands, afin d’en profiter lors de l'élection impériale. » Ses ménagements envers les catholiques étaient attribués aux mêmes motifs. Les princes qui l’entourèrent à Francfort lui formaient déjà une cour impériale, où 1] ne manquait pas de flatteurs ni d’allusions relatives à la dignité impériale. Gustaf-Adolphe, il est vrai, paraissait les accueillir comme des badinages ; mais, dans le projet d’un traité de paix envoyé peu de temps après à l'empereur, se trouvait la condition de reconnaître Gustaf- Adolphe comme roi de Rome, c'est-à-dire successeür de Ferdinand. Quand les Suédois pénétrèrent en! Souabe, ils occupèrent aussi le pays de Burgau, propriété particulière de la maison impériale. Gustaf-Adolphe déclara qu’elle lui appartenait par droit de conquête, et que le nom de Gunzbourg, sa capitale, serait changé en celui d’Adolphesbourg. À toutes ces circonstances suspectes vint se joindre le serment de fidélité que la ville d'Augsbourg fut obligée de prêter, et une médaille frappée à cette ‘occasion, avec l’exergue suivante : Gustava et Augusta, caput religionis et regionis(2). Gustava était une anagramme faite en l'honneur de Gustaf-Adolphe, avec le mot d’Augusta, nom latin d’Augsbourg; on présuma que cette Res était destinée à Déni

- ({) Archives de Ridderstolpe {75 a). Le placard imprimé de Gustaf- Adolphe commençant ainsi : À tous nos.sujets de notre duché de Franconie, donné dans notre ville de Wurzbourg 24/16 1651.— (75 d.) Un second placard du 8/3 1652. — (75 b. 3 5 Grabb à à Axel Oxenstjerna. Franc-. fort-en-Mein, le 9 février 1632.

ke (2) Gustava et Augusta, l1 tête de la:doctrine et du pays. }:

la résidence de l’empereur protestant. Quelque temps après, Gustaf-Adolphe proposa une assemblée des États protestants de l'Allemagne, dans le but de délibérer sur les affaires en général, et en particulier sur la nécessité de se réunir sous un chef commun, afin de pouvoir résister plus tard, avec énergie, aux attaques de l’empereur et des catholiques; on donna à entendre qu'avec la prépondérance dont les protestants jouissaient pour le moment, il leur était facile de choisir parmi leurs coreligionnaires un empereur romain ; enfin, on dit clairement que Gustaf-Adolphe était le prince le plus propre à être revêtu de cette dignité. Il était juste, en outre, de lui laisser sur tous les pays enlevés aux princes catholiques, comme sur les protestants délivrés, le jura superioritatis (1), que l’empereur avait possédé; ces États. devaient être réunis pour toujours à la couronne suédoise, etc. L'opposition de l'électeur de Saxe empêcha pour le moment la réunion de cette assemblée. Mais bientôt après, lorsque le roi suivit les traces de Wallenstein vers la Saxe, Oxenstjerna convoqua les États protestants de la Souabe, de la Franconie et des cercles du Rhin, à Ulm, dans le pue d’une alliance plus étroite entre eux, et en même temps pour choisir un chef commun qui pût pousser la guerre avec plus d'unité et d’ardeur. Ce chef aurait, sans doute, été Gustaf-Adolphe, et il se serait ainsi rapproché du trône impérial. Sa mort, arrivée bientôt après, dissipa pour toujours tous ces projets.

Lorsqu'il s’agit des négociations mentionnées ci-dessus, le roi trouva dans son beau-frère, l'électeur de Brandebourg, un fidèle coRnPrmièur, en voici la raison : Gustaf-Adolphe n'avait qu'un enfant, célèbre depuis sous le nom de la reine Christine ; |’ électeur n'avait qu’un fils, qui devint plus tard

(1) Droit souverain.

l’illustre Frédéric-Guillaume, C’est Gustaf-Adolphe, lors de son passage par Berlin, en 1631, qui découvrit dans cet enfant de onze ans le grand homme futur, et 1l parla d'une union entre sa fille et le jeune prince : « Je succomberai peut-être tôt ou tard, dit-il, à une balle ennemie. Dans ce cas, le prince électeur héréditaire pourra me succéder sur le trône de Suède, et devenir en même temps le prince le plus puissant du Nord. » Avec le bonheur croissant du roi, s’accrut aussi le penchant de l'électeur pour cette union, et Gustaf-Adolphe travaillait sérieusement à la conclure; il dressa plusieurs plans à ce sujet. D’abordil songea à nommer le jeune Frédéric-Guillaume électeur de Mayence et duc de Franconie; une autre fois, il voulut en faire un roi de Pologne; mais 1l demandait expressément que le jeune prince fût élevé en Suède, et dans la religion luthérienne. Cette dernière condition rencontra des difficultés auprès de l'électeur et de ses conseillers, aussi ardents réformés que Gustaf-Adolphe était zélé luthérien. On proposa des conférences, on écrivit des notes, on fit des réponses, jusqu'au moment où la mort du roi mit un terme à cette négociation. |

Si Gustaf-Adolphe avait eu des plans arrêtés relativement à ces projets divers, Axel Oxenstjerna est assurément le seul qui en aurait eu connaissance. Il a dit plusieurs fois depuis que Gustaf-Adolphe avait eu le dessein de faire dé la Suède un vaste empire septentrional, dans lequel seraient renfermées les côtes de la Baltique jusqu’au Jutland, et formerait ainsi un contre-poids protestant, capable de résister au pouvoir catholique du Midi. On sait aussi que le roi dit à différentes reprises que les Suédois avaient à choisir entre deux partis : de vivre dans leurs montagnes, en se contentant des productions du pays, ou bien de dominer sur toutes les côtes de la Baltique, en devenant l’une des

plus grandes puissances de l'Europe. On s'accorde généralement à dire que ce dernier projet était celui de Gustaf- Adolphe; il est exprimé avec assez de netteté dans une lettre qu'il adressa à Axel Oxenstjerna, au commencement de l’année 1632; on y trouve une sorte d'instructions relatives aux négociations sur le mariage projeté entre sa fille et le fils,de l'électeur de Brandebourg. Oxenstjerna devait faire adopter des conditions telles, que, dans le cas où Gustaf- Adolphe n'aurait point d'autre héritier que sa fille, Frédéric-Guillaume et Christine hériteraient ensemble de la Suède, du Brandebourg et de tous les pays que l’on pourrait conquérir en Allemagne; ils formeraient un seul empire dont toutes les parties conserveraient cependant leurs lois particulières. Si, au contraire, Gustaf-Adolphe avait un fils, Christine et ses enfants gouverneraient les États possédés en Allemagne par les Suédois, au même titre que les infantes d'Espagne gouvernaient les Pays-Bas; mais on exigeait, sous peine de perdre les droits d’hérédité, que les princes fussent élevés en Suède et dans la religion protestante (1). Sa patrie et sa religion étaient tout pour Gustaf- Adolphe. |

Ce prince a été blâmé, à cause du AVI qu'il avait de garder une partie de l'Allemagne pour son propre compte, ‘et celte circonstance a servi de prétexte pour assurer que la soif des conquêtes et l'intérêt personnel avaient été les seuls mobiles deson entreprise. Cependant ceci peut être considéré sous un aspect tout différent. Gustaf-Adolphe prodiguait les trésors, le sang de la Suède en faveur de l’Alle-. magne, il avait donc le droit et même l'obligation d'assurer à son peuple des avantages analogues à ses sacrifices; au fond, le dessein qu'il méditait concernait encore davantage

(1) Archives de Falkenberg. Copie d’une lettre de Gustaf-Adolphe, sans date.

le bonheur de l’Allemagne que celui de la Suède. Gustaf- Adolphe avait donc raison quand il disait : « La paix sera vaine tant qu'on n'aura point formé une puissance assez forte pour contenir l'Autriche; dans le cas contraire, les petits États d'Allemagne ne tarderont point à retomber dans le désordre et la faiblesse, et à redevenir une proie facile pour un oppresseur autrichien et même étranger. » L'histoire lamentable de l'Allemagne, après le traité de Westphalie, n'a que trop vérifié ces prévisions. Ces peuples devinrent la proie des Français, l’objet des dérisions de l’Europe ; et le célèbre Frédéric-Guillaume, malgré l’éminence de ses qualités, ne sauva, pour ainsi dire, que sa considération personnelle. C’est une chose surprenante et instructive en même temps que cette perspicacité de Gustaf- Adolphe, qui lui faisait comprendre si parfaitement son époque et les exigences de l’avemir. L'histoire est devenue, si l’on peut s'exprimer ainsi, la réalisation des plans prophétiques du roi de Suède. Gustaf-Adolphe voulait créer dans l'Allemagne septentrionale un empire protestant dont le Brandebourg formerait le noyau, avec Frédéric-Guillaume pour souverain. Ce fut plus tard ce même Frédéric-Guil- Jaume qui forma la monarchie prussienne, ce contre-poids de l'Autriche, et la première des puissances protestantes de l'Allemagne.

Ilest donc incontestable que le roi avait le dessein d’acquérir une domination complète sur la Baltique; mais il est difficile, peut-être impossible, d'affirmer qu'il eût des vues sur la couronne impériale, ou bien qu’il cherchât seulement, en répandant des bruits de ce genre, à inquiéter Ferdinand. Celui qui commence une entreprise sait rarement quelles en seront les bornes. Le succès donne lieu à des plans nouveaux. Plus un esprit est actif, et plus il est fécond en créations nouvelles qu'il désire transformer en

réalités. La manière dont Gustaf-Adolphe s’exprimait à ce sujet est surtout remarquable. On parlait des projets dangereux de l’empereur, détruits par le roi, que la Providence avait, pour ainsi dire, armé à cet effet; son courage extraordinaire, son ardeur à prendre le parti des opprimés, étaient un don que le ciel lui avait accordé pour sauver l’espèce humaine, une preuve de la bonté de Dieu. « Dites plutôt, répliqua le roi, que c’est une marque de sa colère; car il ne se détourne jamais des voies ordinaires et ne fait usage des moyens extrêmes que pour punir. Quand il donne aux peuples des rois doués de facultés ordimaires, il leur prouve son amour. Les monarques de cette espèce ne forment point des projets qu'ils ne peuvent exécuter; la gloire et l'ambition les laissent en paix ainsi que leurs peuples. Lorsque des rois de cette sorte se proposent, avec probité et une ferme volonté, de suivre exactement la marche des affaires, de veiller à la prospérité de leurs sujets, ils réussissent d’ordinaire à préparer et à faire le bonheur de leur royaume. S'ils se livrent à des favoris, le plus grand malheur qui puisse en résulter, c’est que ces favoris, s’enrichissant ainsi que leurs amis, excitent l'envie et le dépit de ceux qui étaient autrefois Jeurs égaux. Mais ces inconvénients sont péu de chose comparés aux effets de l'ambition. Ce désir immense enlève toute tranquillité à un roi et à son peuple. L'ambitieux regarde éomme un ennemi quiconque ne veut pas être son sujet; 1l porterses armes aussi loin que ses

espérances, et ressemble à un torrent débordé qui dévaste les

champs sur lesquels il passe, remplit ie monde de misères, d'angoisse et de terreur.» Ainsi parlait Gustaf-Adolphe. Plusieurs demandent s’il n'était pas lui-même sur le point de succomber aux tentations qui ont perdu tant de conquérants avant et après lui. L'histoire pose le doigt sur sa bouche et se tait; mais elle renvoie les interrogateurs à la

vie de ce grand roi, en comptant de préférence et avec gratitude les bienfaits réels du héros plutôt que les fautes dont il à pu se rendre coupable.

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