CHAPITRE LXX VIII
L'armée suédoise dans le reste de l'Allemagne.
Jusqu'ici, et presque sans interruption, nous avons suivi le corps d'armée suédois principal, commandé par Gustaf- Adolphe en personne. Gependant, avant de nous occuper de
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la bataille décisive entre ce prince et Wallenstein, il n’est point inutile de jeter un coup d'œil sur les mouvements militaires qui eurent lieu dans les autres parties de l’Allemagne. Nous suivrons l’ordre géographique des diverses contrées où 1ls se passèrent.
C’est seulement après la bataille de Breitenfeld, et lorsque Pélecteur de Saxe eut inondé la Bohême de ses troupes et pris la capitale de ce royaume, que ce pays se trouva partie active dans la guerre suédoise. L’électeur eut d’abord pour adversaire le colonel impérial Maradas, qui avait peu de troupes, et par conséquent peu de chances de succès. Lorsque Wallenstei eut organisé sa nouvelle armée, son premier mouvement fut dirigé vers Ja Bohême, d’où 3l chassa les Saxons sans beaucoup de peine. Les Suédois ne prirent au- cune part aux événements de la Bohême.
Aussitôt après la prise de Francfort-sur-l’Oder, la Silésie devint l'objet de l'attention des deux partis. L’empereur y réunit un corps d'armée assez considérable, sous les ordres de Thieffenbach et de Gœætz, avec l'intention évidente de s'avancer de ce. côté, pour couper les communications des Suédois avec la Baltique. Afin de s'opposer à une tentative de ce genre, le roi avait toujours conservé de ce côté des forces considérables pour surveiller les mouvements des impériaux. Elles furent d’abord commandées par Gustaf Horn; mais, lorsque le roi pénétra plus avant en Allemagne, il eut besoin de ce général éprouvé pour des opérations plus importantes, et le remplaça par Alexandre Lesslie. Dans le courant de l’année 1632, celui-ci fut également retiré de ce poste, et la garde de la Silésie confiée à Jacob Duwall. Jusqu’à ce moment, la guerre dans ces contrées s’était bornée à des escarmouches sans importance. Maintenant, les armements de Wallenstein avaient dégarni la frontière de défenseurs, et l’armée saxonne, durant le Tong repos de ce géné-
ral, près de Nuremberg, eut toute la liberté nécessaire pour opérer sa jonction avec Duwall; ils gagnèrent ensemble la bataille de Limbourg, prirent Glogau, Breslau, et auraient infailliblement remporté de plus grands avantages encore, si la mésintelligence ne s'était pas élevée entre eux. Ici‘comme partout, Arnheïm se montra tracassier, Duwall emporté, imprudent. « Je connais Jacob Duwall, disait le roi, il sait mieux mamer le glaive que les hommes. » Il chercha vainement à réconcilier les deux généraux, et songeait à remplacer Duwall par un général plus habile, lorsque l'invasion de Wallenstein en Saxe appela Arnheim de ce côté; la bataille de Lutzen,sous.ce rapport aussi, mit un terme aux soucis du roi.
Durant la première moitié de l’année 1630, Alexandre Lesslie commanda en chef dans la Poméranie, et fut ensuite remplacé parle roi en personne. Lorsque les Suédois prirent la route du sud, lecommandement de la Poméranie fut confié à Banér, puis à Kniephausen, à Lesslie; plus tard, à Lars Kagp, et à d'autres chefs nouveaux et moins célèbres lorsque cette contrée ne fut plus exposée aux attaques de l'ennemi.
La guerre en Mecklembourg, ensuite dans la Basse-Saxe, fut confiée principalement à Oke Tott. Il chassa les impériaux du duché de Mecklembourg et pénétra jusqu’à Hambourg ; il devait aussi s'emparer de Brémen, et se diriger ensuite vers le sud, mais 1l rencontra ici Pappenheim, et de ce moment les succès de Toit furent arrêtés, ce qu'il faut attribuer à l'humeur violente de ce général, plus propre à manier le sabre que le. bâton du CAE En Mecklembourg déjà, il'était en discussion ouverte avec l’un des ducs de ce pays. Il devait ensuite continuer la guerre de concert avec le duc Georges de Lunebourg ; mais, au lieu de s “entendre, ils se ÉTAGUEE agirent D: contre l’autre, à leur mutuel détriment et au profit de l'ennemi. Tott resta inactif à Ham-
bourg, où il soignait des chiens, des chevaux, ses plaisirs, et amassait de l'argent pressuré par une main rude. Salvius, l'envoyé de Gustaf-Adolphe dans cette ville, exhorta Tott à plusieurs reprises d'agir différemment; mais ce dernier s’en irrita. « Les affaires de la Suède, dit-il, sont-elles retombées dans une telle décrépitude, que les hommes de l’écritoire osent réprimander les cavaliers”? » Cependant l'attention du roi et celle du public se fixèrent sur la Basse-Saxe, où les armes suédoises, victorieuses sur tous les autres points, n'avaient aucun succès. Pour obéir aux ordres du roi, Salvius fut obligé de lui rendre compte des causes qui produisaient ce résultat. Il insista avec force sur la nécessité de changer le chef de cette armée, et ce vœu fut exprimé par d’autres encore. On voulut prendre un terme moyen; on envoya Alexandre Lesslie près de Tott, pour l’aider dans son commandement ; mais une maladie feinte ou réelle de Lesslie dérangea cette mesure. Vers la fin du printemps, Tott fut enfin destitué : « Mes enfants et mes petits-enfants, dit-il à Salvius, me vengeront un jour, sur toi et sur toute ta progéniture (1). » On pensa d’abord queTott seraitappelé auprès du roi pour s’habituer de nouveau à la discipline et à l’obéissance; mais 1] paraît que Gustaf-Adolphe ne se souciait pas d’un tel subordonné. Tott fut renvoyé en Suède, où il bâtit, avec les richesses qu'il avait amassées en Allemagne, le chàteau d'Ekolsund; il y vécut avec une magnificence jusque-là inouïe en Suède, en s'enorgueillissant de ses victoires, de sa farnille alliée à la maison de Wasa, et de sa fortune. Quand 1] passait sur la route entre Stockholm et Ekolsund, dans une voiture magnifiquement attelée, il mettait une gloire spé-
(1) Archives du royaume. Lettres des hommes d’État suédois. Adler Salvius à Gustaf-Adolphe, Brémen, S juin 1632. — Archives de Ridderstolpe (5. b). L. Grubb à Axel Oxenstjerna. Aflsfeld, 19 février 1632, et Francfort-en-Mein, 9 février 1832.
ciale à ne jamais quitter le milieu de la route, excepté pour le roi. Cependant Gustaf-Adolphe était embarrassé sur le choix du successeur de Tott. La voix publique demandait. Oxenstjerna ou Horn; mais le premier était indispensable pour les affaires intérieures, et le second fut envoyé é'en Alsace, avec mission d’arranger une querelle de même nature, qui s'était élevée entre Bérnhard de Weimar et Kristian de Birkenfeld. Enfin le choix du roi s’arrêta sur Baudis, mais à regret, en raison de son avarice connue. Ce général Léndis. il est vrai, de la vie aux mouvements de la guerre dans cette partie de l'Allemagne; mais son humeur intéressée influa d’une manière fâcheuse sur les officiers inférieurs, sur les soldats, donna lieu à d'innombrables désordres dans l’armée et mécontenta le pays. La fortune continua donc à être peu favorable aux Suédois dans cette contrée (1).
Guillaume de Weimar et Johan Banér, avaient été laissés dans Ja Thuringe et dans les environs de Magdebourg après la bataille de Breitenfeld ; lorsque ces contrées furent complétement débarrassées de l'ennemi, les deux généraux prirent part à la campagne contre la Bavière.
À la fin de 1651, Axel Oxenstjerna fut nommé gouverneur des pays du Rhin, avec résidence à Mayence ou à Francfort. Il avait sous ses ordres le duc Bernhard de Weimar et le comte palatin Kristian de Birkenfeld: le premier était. en Alsace et le second dans le Palatinat. [ls ne tardèrent pas à .se désunir, et les choses en vinrent à un tel point qu’Oxenstyerna ne savait comment s’en rendre maître. C'estalors que cet homme d’État dit dans un moment de dépit : « Que lon ne devrait jamais employer des princes dans le service militaire ; orgueilleux de leur naissance, ils ne veulent entendre
(1) Archives de Ridderstolpe (5 b). L. Grubb à Axel Oxenstjerna, Francfort-en-Mein, 10 juin; Duderstadt, 24 juillet et 497 août 1632.
parler n1 d'obéissance, ni de soumission, mots que l’on prononce rarement devant eux. » Le duc Bernhard fut appelé auprès du roi et remplacé par Gustaf Horn. La guerre prit alors une tout autre activité, et les Suédois remportèrent plusieurs avantages. La forteresse de Benfelden fut prise, et Horn gagna une bataille près de Wiseloch sur les impériaux.
Les affaires de ce pays en étaient là, quand la nouvelle de ,
la mort du roi y arriva.
Lorsque Gustaf-Adolphe marcha contre Wallenstein, la Souabe septentrionale fut confiée à Johan Banér, et la Souabe méridionale au duc Bernhard. Ce dernier, maintenant abandonné à lui-même, se distingua par des exploits remarquables, battit les corps détachés de l'ennemi, prit ses places fortes, et était sur le point de pénétrer dans le Tyrol, lorsqu'il fut rappelé pour renforcer l’armée principale. Durant les dernières semaines de la vie du roi, toute la Souabe fut mise sous les ordres de Johan Banér qui était blessé.
Cet aperçu des mouvements militaires moins importants étant terminé, nous allons revenir aux principaux corps d’armée et à leurs entreprises.