‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 82 sur 102 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Wallenstein se réunit à l'électeur de Bavière.

Une amère inimitié régnait depuis bien des années entre Wallenstein et l'électeur de Bavière. Elle eut pour origine le refus fait par Maximilien de prendre Wallenstein à son service. L'orgueil de celui-ci et la jalousie de l'électeur l'augmentèrent; c’est pourquoi Maximilien se trouva à la tête des princes allemands qui demandèrent avec le plus d’ardeur, lors de la diète de Ratisbonne, le renvoi de Wallenstein, et ce fut ensuite ce même Maximilien qui travailla avec le plus d'activité contre la nouvelle nomination de ce général. D'un autre côté, Wallenstein ne jugeant pas à propos de cacher son inimitié contre ce prince, toute l'Allemagne ‘connaissait la mésintelligence qui régnait entre l'électeur et Wallenstein.

Lorsque, en 1632, Gustaf-Adolphe se tourna vers le Danube, Maximilien demanda un secours à l’armée impériale récemment formée par Wallenstein. Mais les négociations, pour le

commandement de cette armée, n'étaient pas encore terminées, et Ferdinand ne put rien faire en faveur de Maximilien, qui n'avait aucune envie d’être secouru par son ennemi déclaré. Il aima mieux employer tout autre moyen, et c'est alors qu'il essaya, avec l'habileté de Tilly, son armée, les fleuves du Lech et du Danube, d'empêcher Gustaf-Adolphe de pénétrer sur le territoire héréditaire de la Bavière. Mais Tilly succomba, les fleuves et les armées furent vaincus.

Maximilien cut recours à la médiation de la France pour arrêter le vainqueur; ce fut inutilement. Ses envoyés revinrent sans avoir rien obtenu, tandis que Gustaf-Adolphe avançait toujours. Maximilien n'avait plus d’autre ressource que l'Autriche; il écrivit à l’empereur, à Wallenstein lui-même, leur dit que les Suédois inondaient, dévastaient son territoire, et demanda des secours pour les chasser. L'empereur, craignant que Gustaf-Adolphe ne passät de la Bavière en Autriche, fit connaître à Wallenstein, par des voies détournées, son désir de secourir Maximilien; car, d'après les dernières conventions, 1l ne pouvait donner d'ordre à son général. Wallenstein répondit qu'il fallait d’abord délivrer la Bohème; etil invita amicalement l'électeur à prendre patience. Il se dirigea ensuite vers le nord contre Prague en laissant la Bavière et sa capitale sans défense, et le territoire autrichien lui-même ouvert à l'invasion des Suédois. Lorsque les Saxons furent chassés de la Bohême, Maximilien renouvela sa demande, et proposa la réunion des deux armées d'Autriche et de Bavière. Wallenstein y consentit enfin, mais aux conditions suivantes :

1° Les deux armées seront sous les ordres immédiats de Wallenstein, tout le temps de leur réunion;

2° Elles ne marcheront pas vers la Bavière, mais contre Nuremberg.

Maximilien n’avait point d'autre ressource que d'accepter ces conditions, et de se placer sous les ordres de son ennemi détesté. On mit promptement des garnisons dans Ingolstadt et dans Ratishbonne; puis le reste de l’armée se dirigea le plus promptement possible vers le nord.

Ce fut au commencement de juin 1632 et. dans la petite ville d'Eger, que les armées autrichienne et bavaroise, que Wallenstein et Maximilien se rencontrèrent. Les officiers de part et d'autre observèrent, avec une attention sérieuse,

l'entrevue remarquable des deux princes. Maximilien fut entièrement maitre de lui; tous ses mouvements, toutes ses paroles portaient l'empreinte de la politesse, de la bienveillance la plus prévenante. Il n’en fut pas de même de Wallenstein. Il changea de couleur; sa voix, ses lèvres tremblèrent, et chacun vit clairement, à la contraction de ses traits, les efforts qu'il faisait pour empêcher sa colère d’éclater. Plusieurs fois, il ouvrit la bouche pour proférer des reproches amers; mais Maximilien donna toujours, avec adresse et douceur, des réponses évasives et un autre tour à la conversation. Cette première entrevue se passa donc sans explosion; mais, lorsque Wallenstein se trouva seul le soir avec ses capitaines les plus intimes, 1l exprima ses sentiments sans détour. «Enfin J'ai contraint mon mortel ennemi à me demander avec humilité la réconciliation et des secours. Je suis vengé de tout le mal qu'il m'a fait. » Maximilien, au contraire, parlait avec estime de Wallenstein. [I ne manquait pas assurément de personnes qui colportaient mot à mot les expressions amères de ce dernier; mais Maximilien les considérait comme des commérages, ne voulait pas les écouter, encore moins y répondre. Il parvint ainsi à détourner la tempête qui, sans cette modération, aurait pu éclater au détriment de la Bavière et de l'Autriche. Les deux armées réunies formèrent un ensemble de soixante mille hommes. Wallenstein passa en revue ces forces redoutables. « Dans quelques jours, dit-il, nous saurons qui de moi ou de Gustaf- Adolphe dominera le monde. »

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