CHAPITRE LXXXI
Gustaf-Adolphe marche vers Nuremberg.
La rencontre de Gustaf-Adolphe et de Wallenstein à Nurem-
berg est l’un des événements les plus remarquables de Ja guerre de trente ans. Non-seulement elle comprend un espace de temps assez considérable, mais encore des circonstances particulières dignes d'attention. Nous les exposerons, afin d'éviter la confusion, dans des chapitres spéciaux.
En quittant Munich, Gustaf-Adolphe s'était dirigé avec un corps de troupes suédoises assez nombreux, vers la Souabe pour y apaiser quelques révoltes. Durant cette expédition, il apprit que Wallenstein était sur le point de s'éloigner des frontières de la Saxe; d’abord pour se réunir à Maximilien, ensuite pour marcher contre la Franconie. Des députés de la bourgeoisie de Nuremberg vinrent, en même temps, supplier le roi de les protéger contre le danger dont ils étaient menacés, et prétendaient savoir positivement que Wallenstein se proposait d'attaquer leur ville. Gustaf-Adolphe ne crut pas la chose impossible. Nuremberg, riche et splendide, avait par elle-même de quoï attirer des soldats avides de pillage; de plus, c’était le chainon qui joignait les armées suédoises de la Souabe, des pays du Rhin etde la Franconie septentrionale. La prise de Nurembérg rompait entièrement les rapports du roiavec sa division dela Souabe; la conservation de cette ville était donc de la plus haute importance pour. lui. Gustaf-Adolphe avait, en outre, beaucoup de bienveillance pour les Nurembourgeois, à cause du dévouement qu'ils lui avaient déjà témoigné, et 1l aurait regardé comme une honte ineffaçable pour lui de Jaisser subir à de tels alliés, le sort de Magdebourg. Sa détermination était donc arrêtée à l'avance par ces diverses raisons; et 1l répondit aux envoyés de Nuremberg : « Retournez dans votre ville, dites à vos magistrats et à vos concitoyens d’avoir bon courage. Tant que je vivrai, et avec l’aide de Dieu, Wallenstein ne verra jamais l’intérieur de vos murailles. » Il expédia ensuite des ordres aux divers corps de son armée. La Bavière
fut évacuée, Bernhard de Weimar envoyé dans la partie la plus méridionale de la Souabe; Johan Banér commanda à Donauwerth, et Gustaf Horn en Alsace. Le roi, avec le reste de ses troupes, qui se montaient à vingt mille hommes, marcha en hâte vers Nuremberg, où on le reçut comme un ange libérateur et avec toute la solennité imaginable.
Il apprit, en arrivant, que Maximilien n’avait pas encore effectué sa jonction avec Wallenstein; le roi chercha donc le moyen d'empêcher cette réunion, de battre les deux armées séparément, et, dans ce but, il prit la route du Haut-Palatinat. Mais l'électeur de Bavière, ayant pressenti ce danger, accéléra sa marche. Il fit monter ses soldats dans des charriots, sur des chevaux de paysan, et courut à travers tout le Palatinat jusqu'à Eger. Il précéda ainsi d’un jour le roi dans un passage difficile, et réussit, comme nous l'avons dit plus haut, à opérer sa jonction avec Wallenstein. Le roi, mécontent, ramena lentement ses troupes à Nuremberg.
Arrivé avant elles dans cette ville, 1l fit à cheval le tour des remparts, et ordonna de nouveaux travaux de fortifications. Nuremberg avait des murailles et des fossés; mais ils n'offraient point une entière sécurité. Ensuite, le roi ne lo- .geait jamais ses troupes dans les villes, afin de ne ps donner lieu à des désordres, ni aux maladies qui résultent d’une grande agglomération d'hommes sur un seul point. Il en fut de même cette fois. Les nouveaux retranchements furent
. tracés dans un rayon très-étendu et qui enfermait dans son enceinte les faubourgs et les villages les plus voisins; au centre, se trouvait Nuremberg. « C'est la prunelle de mes yeux, dit le roi, et je la défendrai de toutes mes forces. » L'armée suédoise devait camper entre la ville et ces nouvelles fortifications. Dès que le roieut tracé la ligne de ces remparts, les bourgeois et les paysans furent appelés en grand nombre pour ytravailler, et, en quarante-huit heures, le plus fort de
À3à HISTOIRE DE GUSTAF-ADOLPHE.
l'ouvrage était fait. Alors arriva l’armée, el, avec son assistance, les remparts et les fossés furent bientôt achevés, pourvus de môles. de batteries avec tout leur matériel, de sorte que le camp formait une forteresse parfaite. Trois cents canons, montés sur ces remparts, menaçaient de la mort quiconque les aurait attaqués.
La bourgeoisie fit volontiers tout ce qui était en son pouvoir. Elle avait pourvu la ville d’approvisionnements considérables, surtout en céréales, et en avait assez pour nourrir, avec abondance, pendant une année, les bourgeois et l’armée. Cette dernière était campée en dehors des murs, mais les officiers et les soldats qu'on y envoyait par hasard, étaient toujours bien accueillis par les habitants, qui les nourrissaient et les régalaient. De plus, une cotisation four- nit des sommes assez considérables pour solder l’armée: et, en faisant une levée de tous les hommes au-dessous de quarante ans, on eut une garde bourgeoise nombreuse, propre À maintenir l’ordre dans la ville, et à contribuer à la défense du camp.