‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 87 sur 102 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

Discours de Gustaf-Adolphe.

Le roi cherchait, ici comme partout, à maintenir l'ordre et la discipline. Il veillait lui-même, avec un zèle infatigable, à l'observation des lois, et licencia quatre régiments, parce qu'ils s'étaient distingués dans un sens tout à fait opposé. Cette sévérité eut de bons résultats, mais durant peu de temps. Quelques régiments allemands, composés pour la plupart d’anciens soldats de Tilly et de Wallenstein, avaient conservé l'habitude du pillage, et leur exemple influa d’une manière fâcheuse, même sur les Suédois. Durant leurs maraudages, loin du camp et des officiers-supérieurs, les soldats s'abandonnaient davantage à leur avidité, et, bien des fois, les troupes du roi ne se conduisirent pas mieux que les Croates. Le besoin qui tente et produit la nécessité ne tarda point à accroître cette mauvaise disposition.

44% HISTOIRE DE GUSTAlF-ADOLPHE.

Les deux camps commençaient à souffrir également du manque de vivres; si les Suédois avaient encore leur pain quotidien, cette denrée devenait rare, chère, et les autres étaient d'autant plus difficiles à avoir. Ceci donna lieu au désordre, et bientôt le paysan qui habitait au milieu des avant-postes n'était plus en sûreté contre le pillage. Ces dévastalions n'étaient pas seulement commises par les soldats, mais les officiers subalternes y prenaient part, et les officiers supérieurs fermaient les yeux, afin de prendre la même liberté dans des occasions plus importantes.

Le roi ne tarda point à avoir connañssance de ces désordres; 1ls lui causèrent un chagrin extrême et excitèrent sa colère. Déjà 11 avait employé contre ce mal tous les remèdes possibles, mais inutilement. Alors il appela près de lui nonseulement tous les princes allemands qui étaient dans son armée, mais encore les généraux, le officiers supérieurs et subalternes ; puis il se tourna vers les seigneurs allemands, et prononça le discours suivant, durant lequel sa voix, ses gestes, ses regards, annonçaient un mécontentement et une colère qu'on ne lui avait jamais vus :

«Princes, comtes, seigneurs et jeunes nobles allemands! Des plaintes nombreuses et pénibles sont parvenues à mes oreilles sur la manière dont nos troupes se conduisent chez nos alliés, où elles portent.le meurtre, l'incendie et la dévastation. Le peuple se plaint de ce que son ami, le roi de Suède, Jui fut plus de mal que son ennemi Wallenstein ; les Suédois, dit-on, se mettent à faire la guerre comme les Croates. Ces reproches me fendent le cœur, surtout parce qu'ils ne sont pas dépourvus de fondement. Mais je suis innocent de ces désordres ; je les ai, au contraire, sévèrement défendus. Messieurs les seigneurs allemands, c'est vous, depuis le colonel jusqu’au dernier officier, qui avez saccagé et dévasté votre patrie, volé et pillé vos compa-

ot

triotes et même vos coreligionnaires, précisément ceux que vous êtes chargés de protéger. Dieu rest témoin que j'éprouve un dégoût, un mal au cœur extrême toutes les fois qu'en vous voyant je me rappelle plus vivement la malédiction attirée par vous sur nos armées. Si vous étiez des chrétiens véritables, vous songeriez à vos devoirs ‘envers votre patrie et vos coreligionnaires, vous songeriez à ce que j'ai fait moi-même pour vous. Je risque ma vie, je sacrifie mon repos, les trésors, le sang de mon royaume pour votre. liberté, pour votre bien spirituel et temporel. Je n’ai pas reçu de tout l'empire d'Allemagne seulement de quoi acheter un habit, et je préfère retourner chez moi nu et dépouillé plutôt que de me vêtir avec votre butin. Tout ce que j'ai conquis, Je l’ai rendu aux souverains légitimes, ‘ou Je me propose de le partager entre vous, car je possède assez de pays à gouverner. J'espérais, en retour, que mes ordrés seraient suivis, que vous vous conduiriez comme des guerriers chrétiens. Il n’en a pas été ainsi.

(Si vous murmurez, si vous oubliez assez Dieu et l'honneur pour m'abandonner ou peut-être vous soulever contre

oi, je m'entourerai de mes Suédois, de mes Finlandais, nous nous défendrons jusqu’au dernier, et le monde entier verra que, roi chrétien, j'ai mieux aimé perdre la vie que de souiller, par des vices et des crimes, Er sainte dont le Seigneur m'a chargé.

«Je vous en supplie, au nom de la miséricorde divine, rentrez en vous-mêmes, examinez vos cœurs. Je ne blâme point votre conduite dans les batailles ; elle a toujours été celle de guerriers vaillants et‘loyaux ; sous ce rapport je vous dois une reconnaissance que je ne renierai Jamais. Eh bien! je vous conjure, au nom de cette gloire acquise par vous, au nom de votre cœur, de votre conscience, de votre patrie, d’être loyaux dans le reste de votre conduite,

de vous rappeler 1e vous en rendrez compte un jour au Juge qui voit tout.

L'assemblée mt était immobile et stupéfaite; plusieurs avaient les larmes aux yeux. Un paysan se présenta précisément dans cet instant pour se plamdre de ce que des soldats avaient enlevé sa vache. Gustaf-Adolphe demanda quel était le coupable, et le paysan le conduisit dans le camp ; il montra enfin la tente près de laquelle là vache perdue était encore attachée. Le coupable était un caporal. Après un court interrogatoire, le roi, trouvant l'accusation fondée, prit le coupable tremblant par la tête, en disant:

« Viens, mon fils, il vaut mieux que je te punisse que de donner occasion à Dieu de nous châtier à cause de toi. »

‘Et le roi le fit conduire au gibet.

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