CHAPITRE LXXXVI
Gustaf-Adolphe reçoit des renforts.
Par suite de Ja grande supériorité numérique de l’armée impériale, toutes les places fortes des environs de Nuremberg ne tardèrent point à tomber en son pouvoir, et les Suédois furent bientôt enfermés dans la ville et ses alentours les plus rapprochés, et, pour ainsi dire, assiégés. Cette circonstance fit répandre beaucoup de bruits inquiétants en Allemagne et dans le reste de l'Europe. Gn croyait l'armée du roi perdue sans ressource. Si Wallenstein ne donnait point un assaut à Nuremberg; c'était, sans doute, disait-on, parce qu'il avait la certitude de la prendre par la famine; tantôt le roi était prisonnier, tantôt il avait disparu, d'autres fois on prétendait qu’il était mort. Les généraux et le sénat suédois éprouvaient une inqmétude douloureuse, et la France elle-même craignait qu’une ré-
volution subite ne rendit à l’empereur son ancienne suprématie. Le roi, instruit de tout ceci, écrivit partout et assura que sa position était pour le moins aussi avantageuse que celle de Wallenstein. Cependant Gustaf-Adolphe, voulant mettre un terme à cette guerre dévastatrice et non pas décisive, ordonna à Oxenstjerna de réunir la plupart des troupes suédoises disséminées en Allemagne, et de les lui amener pour le renforcer. Il le pria en même temps de ne point s’exposer lui-même par une célérité inutile. Le principal corps d'armée, n'ayant aucune espèce de danger à redouter, pouvait fort bien attendre une ou deux semaines de plus. Enfin il recommandait à Oxenstjerna de couper, par tous les moyens, les communications de Wallenstein. « Cet adversaire, écrivait le roi, est un de ces mauvais esprits qu'on ne peut mettre en fuite que par le Jeûne. »
Pour obéir à cet ordre, des troupes se réunirent de tous côtés en Franconie. L’électeur de Saxe envoya plusieurs régiments qui se joignirent, dans la Thuringe, au duc Guillaume de Weimar, et marchèrent ensuite vers Kitzingen, le rendez-vous indiqué. On y vit arriver également le landgrave Guillaume de Hesse, le chancelier Oxenstjerna, venant de Mayence, et Christian de Birkenfeld, venant du Palatinat ; ils amenaient chacun des troupes. Oxenstjerna prit le commandement général de ces divers corps et les conduisit à Windsheim, où il rencontra Johan Banér, qui venait de Donauwerth, et le duc Bernhard arrivant de la Souabe méridionale.
Les troupes ainsi réunies formèrent un corps d'environ trente mille hommes. Le roi avait une crainte extrême que Wallenstein n’attaquât et ne dispersât cette armée, avant sa jonction avec celle de Nuremberg ; il suivait done, avec la plus grande attention, toutes les entreprises de l’ennemi,
et se tenait prêt à sortir de Nuremberg pour le prendre à dos au premier mouvement qu'il ferait. Mais Wallenstein resta complétement immobile et sans y mettre le moindre obstacle, 1l laissa Oxenstjerna passer devant Burgstall et opérer sa Jonction avec le roi. Gustaf-Adolphe rencontra, à Furth, ses compatriotes qui arrivaient; 11 tendit joyeusement la main à chacun de ses généraux. Toutes les troupes qui se trouvaient à Nuremberg étaient aussi allées au-devant de leurs camarades. Les deux armées se saluèrent en ordre de bataille et entrèrent ensuite dans le camp, où lon rendit,
ainsi que dans la ville, des actions de grâces pour cette heureuse Jonction. ;
À la première nouvelle de l'approche des renforts suédois,
Wallenstein s'était occupé de même à augmenter son armée afin de conserver sa supériorité numérique. Il ordonna donc à toutes les troupes disséminées en Allemagne de se rendre en hâte à Alienberg, et Fugger y amena six mille hommes.
Pappenheim était dans la Basse-Saxe avec un corps d'armée considérable. Wallenstein lui ordonna et Maximilien le pria de presser sa Jonction avec eux; mais Pappenheim, au heu
d’obéir, se tourna, sous de faibles prétextes, contre les
Pays-Bas, pour aider les Espagnols à faire le siége de Maës-
tricht. Les causes de cette conduite sont diversement inter-
prétées ; les uns l’attribuent à la jalousie, les autres au mé-
contentement que Pappenheim éprouva en se voyant en
sous-ordre; on disait aussi, mais fort bas, que l'infante
d'Espagne l'avait entrainé en lui promettant la Toison d’or.
L'entreprise manqua; Pappenheim y perdit sa réputation
el ses troupes.