‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 99 sur 102 · CHAPITRE XCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVII

Funérailles de Gustaf-Adolphe. :

Dans la soirée du jour de la bataille de Lutzen, le duc Bernhard envoya de nombreuses bandes de soldats à la recherche du corps de Gustaf-Adolphe. On le trouva enfin sous un amas de cadavres, nu et si défiguré, que l’on pouvait à peine le reconnaître. Les cavaliers suédois et autrichiens avaient passé plus d’une fois sur lui. Le corps fut d'abord porté au village de Meuchen, où il fut lavé et authentiquement reconnu ; puis on le transporta à Werssenfels. De son vivant, le roi s'était fortement prononcé contre l'usage d’embaumer les corps, et en général il désapprouvait que l'on s'occupât plus qu'il ne le fallait des restes des morts. Les personnes présentes, ignorant cette volonté dernière du roi, le firent embaumer, et ses intestins furent inhumés à Weissenfels.

À la première nouvelle du malheur qui venait d’arriver, Marie-Éléonore se transporta sur les lieux en toute hâte; il est facile de se représenter sa douleur. Elle était inconso-w lable, elle inondait de larmes ce corps bien-aimé, ne voulait point s’en séparer, et portait toujours sur elle, dans une boîte d’or, le cœur de Gustaf-Adolphe. Peder Brahe fut en-

(1) La relation de Hastendorff se trouve dans plusieurs archives; pars exemple, dans celle de Brahé, Miscellanea, I. p. 153; dans celle d’Albedybl, Miscellanea historica Gustavi-Adolphi, in-4°, etc.

voyé, par le sénat, vers la reine pour lui faire son compliment de condoléance ; pénétré lui-même d’un chagrin profond causé par la mort de son souverain chéri, 1] parvint à calmer un peu la douleur bruyante de Marie-Éléonore.

L'été suivant, le corps fut transporté de la Saxe vers les côtes de la Baltique. Dans tous les lieux où le cortége passa, les cloches des églises sonnèrent en mort, et des bandes nombreuses accoururent de toules parts pour bénir les restes de leur libérateur, exprimer leur amour pour sa personne et la douleur qu’ils éprouvaient de sa perte. Le corps . devait partir de Wolgast pour la Suède, et la flotte suédoise était dans le port pour s'acquitter de ce triste devoir. À Wolgast se trouvèrent une foule de princes, entre autres la reine douairière Marie-Éléonore, son frère, sa sœur; les sénateurs suédois Herman Wrangel, Oke Tott, Johan Banér, Gabriel Oxenstjerna, Sten Bjelke, etc., et enfin une foule innombrable de peuple. Le 15 juillet, le corps sortit avec grande pompe de la ville pour être reçu à bord de la flotte. Sur le-rivage, Sten Bjelke parla à la multitude; la circonstance était solennelle. Il rappela que, trois ans auparavant, le roi avait débarqué sur ce rivage, plein de courage et d'espoir, suivi*par les regards inquiets de la patrie, et accueilli par les bénédictions de l’Allemagne. Maintenant, et presque à la même époque, on voyait de nouveau la flotte suédoise ; mais, cette fois, elle venait chercher les restes du héros, dans l'Allemagne en pleurs, pour le transporter vers la patrie désolée, Cependant sa grande entreprise était achevée ; les fers de l'oppression et des ténèbres avaient été brisés, la reconnaissance, les bénédictions de l'Europe, délivrée du joug, accompagnaient le héros des lumières dans sa patrie, qui est aussi celle de la liberté. |

La traversée fut heureuse et la flotte arriva le 8 août à Nykæping; lorsqu'elle s’approcha des côtes suédoises, le

ciel se couvrit d’épais nuages qui se changèrent bientôt en pluies abondantes. On aurait dit que la Suède voulait recevoir, vêtue de deuil et en pleurs, les restes du plus grand et du plus cher de ses fils.

Le corps fut déposé dans l’église de Nykœping, et y resta jusqu’au moment des obsèques solennelles. Gustaf-Adolphe, comme nous l’avons dit auparavant, avait choisi, de son vivant, la place qu'il voulait occuper dans l'église de Riddarholm; c’est pourquoi, dès le printemps de 1633, on y commenca les travaux du mausolée élevé à sa mémoire. L'amour de Marie-Éléonore pour son royal époux alla jusqu'à l’idolâtrie. Durant tout le voyage, elle accompagna le corps, fit très-souvent lever le couvercle du cercueil afin de jouir de l’amère consolation de revoir les restes de Gustaf Adolphe. On lui représenta vainement combien Dieu et la raison étaient contraires à une semblable conduite; on lui rappela en vain la désapprobation mamifestée souvent par le roi relativement à des excès de ce genre: rien n y fit. Marie- Éléonore avait écrit d'Allemagne au sénat suédois, pour le prier de différer les funérailles du roi, jusqu'au moment de sa mort à elle, afin de lui laisser la satisfaction de voir les restes de son époux durant le temps qu’elle avait encore à vivre. Le sénat fit naturellement une réponse négalve; mais, pour ne point l’affliger trop vivement, les obsèques furent différées, d’abord jusqu'au mois de février, er n’eurent lieu qu’en juin 1634. La reine eut encore mille fanlaisies à ce sujet.

Cependant, le mausolée fut achevé tel qu’on le voit encore aujourd’hui. Sur sept de ses faces furent gravées de courtes sentences relatives aux exploits et aux qualités du roi. En : dessous de la croix on mit un pélican qui nourrissait ses petits avec son sang.

Enfin, le 21 juin 1634, le corps du roi fut transporté dans

l'église de Brænn, d’où 11 devait partir pour faire le lende-" main son entrée solennelle avec toute la pompe possible. Sur la montagne de Brunke se trouvaient huit canons pris à Lutzen et environnés des drapeaux victorieux de Breitenfeld.. Dans le cortége, on remarquait entre autres la banmière rouge, portée par Frédéric Stenbock; la bannière du royaume, portée par Lennart Torstensson; le glaive que Karl Horn avait trouvé sur le champ de bataille, etc. L’oraison funèbre fut prononcée dans l’église par l’évêque Johannes Bothvidi, qui avait accompagné le roi dans la plupart de ses campagnes. Le texte fut choisi par Marie-Éléonore, et pris dans le premier livre des Machabées, chapitre 1x, versets 20 et 26 : « Et tout Israël pleura Juda durant de longues années ; ct, se plaignant amèrement, 1l disait : « Hélas! il est « tombé, le héros qui protégeait Israël et l’a délivré! »

Page 1