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le servir. D'abord qu'elle entendit frapper à la porle, elle y courut; et feignant d'être étonnée de voir un homme qu'elle ne connaissait point , elle lui demanda , comme en tremblant, ce qu'il souhaitait. Je voudrais, lui répondit le cavalier, qu'une dame que je conduis h Gelves , et qui vient de se trouver mal à quelques pas d'ici , pûl , sans vous incommoder, se reposer un moment chez vous , et que vous nous permissiez de la soulager par quelque remède. S'il ne s agit que de cela , reprît la gouvernante , vous aurez tout lieu d'être content ; il n'y a dans cette maison que des gens de bien , et qui se plaisent à exercer la charité. Comme elle achevait ces paroles , la prétendue malade, que les deux valets apportaient, arriva. Vous le voyez, s'écria douloureusement le commandeur : il vient de lui prendre tout à l'heur^ une maudite colique dont elle est prête à mourir. Entrez, seigneur cavalier ; entrez, madame , dit la gouvernante. Soyez tous deux les bien venus; je suis fâchée seulement que mon maître ne soit pas ici pour vous recevoir : il n'épargnerait rien pour vous traiter de la manière dont vous paraissez tnériter de l'être ; mais , en son absence , je vais remplir le mieux qu'il me sera possible les devoirs de l'hospitalité.
La première chose que fit la gouvernante fut de faire porler la malade dans une fort belle irhjimbrc où il y avait un magnifique lit, qui
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n'était quh demi garni , et qu'on avait exprès mis en état, pour ôtec au vieux jaloux tout sujet de soupçonner le tour qu'on lui jouait. Mais tout étant prêt , draps parfumés , oreillers fins et couvertures de satin piquées , on eût bientôt préparé le lit , et couché dedans la dame , qui ne cessait de se plaindre de Topiniâtreté de son mal. La gouvernante et la duègne, également disposées à faire de bonnes oeuvres , coniniencèrent, comme à l'envî, à chauffer des linges, que la dame poussait doucement vers ses pieds , à mesure qu'on les lui mettait sur le ventre ; sans quoi elle aurait été indubitablement incommodée de cette chaleur, puisque , malgré tout le soin qu'elle prenait de s'en défendre, peu s'en fallut quVlle n'eût des vapeurs. On lui fit aussi. avaler du vin chaud, dont elle se serait fort bien passée; de sorte que, pour prévenir quelque autre remède qui aurait *pu lui élre encore plus désagréable , elle témoigna qu'elle se sentait soulagée, et que, si on la laissait en repos seulement un quart d'heure , elle serait entièrement guérie. Le bon vieillard fui bien aise qu'elle eût envie de reposer : cela lui parut une marque certaine qu'elle se portait mieux. Ainsi, pour lui donner la satisfaction qu'elle demandait, il sortit de la chambre , dont il n'oublia pas de fermer la porlc, recommandant aux domestiques de ne point faire de bruit. La duègne
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seule demeura par soo ordre auprès de la malade ,
comme une garde dont elle pourrait avoir affaire.
Tour lui , il alla se promener dans le jardin , en
attendant Theureux moment de revoir sa chère
maîtresse délivrée de sa colique.
Il est , je crois , inutile de te dire que mon père pendant ce temps-là était dans cette maison, où je puis t'assurer qu'il ne dormait pas. Il se tenait caché dans un cahinet, d^oii , après «avoir entendu tout , et aperçu par une fenêtre le commandeur dans le jardin , il se glissa dans.la chambre de la jeune dame par une petite porte que couvrait une tapisserie. La duègne , de peur de surprise, se mit en sentinelle d'un côté , tandis que de Tautre'la gouvernante, suivant les ordres qu'elle avait reçus, observait le vieux jaloux. Alors les deux amans, croyant n'avoir rien à craindre , eurent ensemble une tendre et vive conver.Hation , qui dura deux bonnes heures , et à laquelle , si je ne me trompe , je dois la naissance.
Déjà le soleil commençait à se faire sentir dans le jardin , malgré l'ombrage des bosquets et la fraîcheur des eaux. Le vieux galant , n'y pouvant plus résister, et avec cela plein d'impatience d'apprendre des nouvelles de sa nymphe , prit le parti de regagner la maison ; mais il y retourna d'un pas si grave , que les deux surveillans eurent tout le loisir d'en avertir le Génois , qui se ren*
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ferma promptenient dans le cabinet. La dame , que je puis désormais appeler ma mère , fit semblant d'être encore tout endormie , quand le vieillard entra dans sa chambre ; et comme sî le bruit qu'H avait fait en entrant Teût réveillée, elle se plaignît de ce qu'il n'avait pas la complaisance de la laisser reposer un quart d'heure, j Comment , un quart d'heure I s'écria-t-il. Par vos beaux yeux , ma mie , il y a plus de deux mortelles heures que vous dormez. Non, non, répliqua-t-elle , il n'y en a pas seulement une demie ; il me semble que je ne fais que de m'en^ dormir : mais quelque temps qu'il y ait, ajoutât-elle, je sens que je n'ai jamais eu plus besoin de repos. Peut-être disait-elle la vérité, quoiqu'elle ne parlât ainsi que pour mentir. Elle prit pourtant un air gai , eu assurant le commandeur qu'elle se portait beaucoup mieux , grâce aux remèdes q'on lui avait donnés : ce qui causait une joie infinie au bon homme II proposa lui-même à sa fidèle maîtresse de passer lu journée en cet endroit , attendu que la chaleur étnil devenue trop grande pour qu'ils osassent se remettre en chemin , et que d'ailleurs ils se trouvaient dans une maison plus jolie que celle où ils avaient compté d'aller. La dame fut assez complaisante pour y consentir, à condition toutefois que les personnes du logis l'auraient pour agréable. Lit dessus le vieux galant en demanda la permission