‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 34 sur 101 · LIVRE I, CHAP. Vil · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. Vil

, Alors, au lieu de me venir joijqdre pour,.in 'accabler du poids de son. çprps, il courut à sa chambre, d'où il revint un instant après avec une lon- .gue épée nue à la main, Loin de fuir devant ce matamore, je me mis à l'apostropher dans des leriiies injurieux , jusqu'à Je . traiter de lâche et de poltron , qui n'avait pas honte de se servir d'une rapière contre un enfant qui n'avait pioint d'autres armes que 4?s pierre* pou^r se défendre. Au bruit de mon apostrophe , les valets et lets .servantes accoururent, et furent tout effrayés de voir leur maître armé d'une épée; d'un autre coté, mon camarade, irrité contre le fripon augnel il en voulait pour les ragoûts, détectables qu'il lui avait fait manger, vint à mon secçur^ avec une fourche; de sorle que l'ânier et moi d'une part^ l'hôte, sa femme , ses enfant. et, ^es domestiques de l'autre, nous faisions un vaparn(ie fie tous les diables; on eût dit de dehors qu'in* dubitablement il se; passait une sanglante scène dansThotellerie : tous les voisins en sont en peine, tout le monde accourt ; on frappe à la porte, qui riait encore fermée,, on l'enfoncç pour être plus lot au fait de cet effroyable bruit qu'on entend; Qnè troupe de gens de justice paraît; des archers;, des greffiers et des alcades^ car^,, pour je^ ,péçh^ des babitanSj, il y avait deux juges dans la ville de CantiUana. ,

OOZMAN d'aLFABACHE. T. 1.

^4 GUZMAN D'ALFARACHC.

Ces alcades ne furent pas plus tôt dans la maison avec toute leur séquelle , que chacun ^'eux prétendit que la connaissance de celte affaire lui appartenait; ce qui forma deux partis. Les greffiers et les archers se divisèrent aussi selon leurs divers intér^s ^ et leur partage sur la compétence excita une furieuse dispute entre eux. Nou" velle guerre, nouveau bruit; on ne s'entend plus: voilà les juges et les greffiers qui s'échauffent les nns contre les autres; ils se font des reproches, se disent d'horribles vérités ; ils en viennent aux injures , et des injures ils en seraient peut-être venus aux mains, si quelques honnêtes bourgeois de la ville, qui étaient entrés avec eux dans Thôtellerie pour savoir de quoi il s'agissait, ne se fussent entremis pour les accorder ; ce qui ayant été fait , Dieu sait comment , il ne fut plus question de notre querelle : oii débuta , comme de raison , par nie saisir ; c'est toujours par l'endroit le plus faible que la corde se rompt. J'étais un étranger sans appui et sans connaissance ; la justice ne pouvait manquer de commencer par

moi.

Il faut pourtant que je rende justice à ces altades ; ils voulurent bien m'entendre avant que de me faire emprisonner : je leur contai tout naturellement le sujet de mon démêlé avec Thotc pour mon manteau; ensuite, les ayant tirés à part, j'ajoutai à cette histoire celle du mulet; je

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