‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 37 sur 101 · LIVRE I, CHAP. VIIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VIIÏ

Vaîse humeur contre les hommes fut augmentée par cette nouvelle ; néanmoins Apollon , qui les ijimait toujours , intercéda pour eux encore auprès de lui , et fit si hien , qu'il Fempécha de lancer la foudre sur ces malheureux : Maîlre de l'Oljmpe, lui dit-il, ayez pitié de ces faibles créatures. Au lieu de laisser tomber votre tonnerre sur ces insensés, permettez que je vous propose un moyen de les rendre plus raisonnables ; trompons-les par un tour d'adresse : arrachons leur dieu du plaisir sans qu'ils s'en aperçoivent , en mettant à sa place et sous sa figure le dieu du dépîuisir.

« Le stratagème fut approuvé , et Apollon voulut lui-même s^employer à le faire réussir : il descendit sur la terre avec le déplaisir déguisé ,il trouva les femmes et les hommes en armes auprès du plaisir, pour le défendre envers et contre tous : il leur fascina les yeux, et fit aisément l'échange qu'il avait dessein de faire ; après quoi il retourna vers les immortels pour rire avec eux de l'erreur où il venait de jeter les humains , qui depuis ce temps-là , croyant avoir encore le dieu du plaisir, saprifient à son frère sans le connaître. »

Cette fable fut applaudie du bachelier, qui convint , a.vec l'ecclésiastique qui venait de la conter , qu'effectivement les plaisirs de la vie nous séduisent par de belles apparences sans a^

88 GUZMAN lyAÊPARAGHfi. ?

voir aqcuDe réalité. .Hélds îdisaiVije en moi^ni^étnê pendant qu'ils raisonnaîentlà-idessus , cela n'est que trop vértiable. Quand je me^suis mis' en tête de voyager, je une formais une idée charmante de moB voyage, je me repaissais Tesprit d« mille agréables images dont je ne contiais déjà qtie trop la fausseté. Après^qneles ecclésiastiques eurent assez long-temps moralisé sur cette matière, iebachelier dit à son compagnon : <

Pour égayer un peu l'entretien j et nous désennuyer sur la route, je vais, si vous voulez bien me le permettre , vous raconter une histoire du temps de nos guerres avec les Maures*. L'autre ecclésiastique parut curieux de l'entendre , et, autant: qu'il m'en peut souvenir, le bachelier en fit Iç récit à peu prés de cette manière.

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