LIVRE I, CHAP. IX. gf
\xne maison richement meublée, ne songèrent qa'à la piller; pour lui, qui ne cherchait que l'occasion de. la gloire , il "parcourut cette maison l'épée à la main avec cinq ou six de ses gens , brisant et enfonçant toutes les portes fermées , pour voir s'il ne rencontrerait pas quelque Maure qn'il fallût combatre. Comme il allait ainsi d'apparle^ment en apparternent, il entendit des cris et des gémissemens à l'entrée du dernier : en même temps il aperçut cinq femmes ; dont quatre tout en pleurs et fort effrayées vinrent tomber à ses pieds , en le conjurant de leur sauver l'honneur et la vie ; mais la cinquième, qui faisait assez connaître par son air et par ses habits qu'elle était la n^aîtresse des autres, au lieu de s'humilier devant son ennemi, tenait un poignard, et gardait une contenance assurée : Arrête, lui ditelle fièrement en langue castillane , lorqu'il voulut s'approcher d'elle, ce fer punira l'insolent qui osera mettre la main sur moi.
Dou Alonse n'eut pas sitôt envisagé la dame qui venait de lui adresser ces paroles courageuses , qu'il fut ébloui de sa beauté ; il sentit les premiers mouvemens que l'amour excite dans les cœurs qu'il soumet à son empire ; et déjà tout enflamme de son ardeur naissante , il leva la visière de son casque , remit son épée , et dit à la diuue, avec autant de douceur que de respect, <]u'une personne comme elle n'avait rien à crain-^
9'i GUZBCAN D'ALFARACHE;
dre d'un oavalier tel qise 'lui? ^qu'il étafit -bîeti' mortifié ie l'alarme qxfil lui causait , mais qn'ei» même temps il s'estimait trop heureux quele sortf l'eût couduit auprès d'elle pourla sauver des mal* heurs qui la meoaçaient, qu!il la supplia il sei:de^ meut de prendre une entière eoiEfiam:e en lui, et de souffrir qu'il Fémmenât promptement pour prévenir lai fureur du soldat qui^ dans ces occasions , ne reconnaissant aucune autorité /pour<rait le mettre hors d'état de la* préset^ver de toutes sortes d'outrages.
 ces mots , dont elle ne sentit que trop la force^ elle accepta le secours qu'il lui offrait ; aussitôt il ordonna aux gensde sa suite d'avoir soin des autres femmes, et de leur laisser emporter tout ce qu'elles jugeraient pouvoir leur être utile : après quoi il présenta la main à«a captive^ qui, malgré le trouble ott étaient ses esprits , ne laissait pas d'étne un peu rassurée par la politesse et par la vue de ce jeune cavalier; il est vrai que,' tout ariné qu'il était, à voir son beau vidage et ses longs cheveux iqui flottaient par boucles; sur sa cuirasse , on l'aui^ait plutôt pris pour une fille que pour un bomm^^e guerre.
La charmante Maure,* qui, sans conti^dll', était la plus piquante beauté •duroyanme de 'Gne«> nade, se nommait Daraxa ; c'était la fille du gouverneur de la place : dès qu'elle avait appris que l'on repoussaitles Maures jusquedansileftsulidurg^