LIVRE I, CHAP: IX. ii
tes sortes de personnes assises sur des amphithéâtres qui régnaient tout autour ; et l'on apercevait de tous côtés , aux fenêtres et aux balcons, une infinité de dames et de cavaliers habillés si superbement , que les spectateurs formaient un premier spectacle qui charmait les jeux.
Sur les trois heures après midi , le roi et la reine se rendirent à leur balcon, qui était orné magnifiquement; et , dans un autre côté , se plaça la belle Maure avec plusieurs dames et quelques vieux seigneurs qui , n'étant plus propres à ces courses , en laissaient à regret aux jeunes tout Tbonneur. On commença , suivant la coutume , par le combat des taureaux ; on en lâcha d'abord un qui n'était pas des plus terribles : aussi fut-il bientôt terrassé.
Nos deux Maures étaient déjà sur la place , ils se tenaient hors de la carrière parmi plusieurs autres personnes à cheval , pour voir comment les chrétiens s'y prenaient. Il ne faut pas demander si Ozmin chercha des yeux sa maîtresse : il la démêla facilement ; et sa surprise fut extrême, <)uaud il s'aperçut qu'elle était vêtue à l'espagnole ; il en conçut un malheureux présage : cependant , quoiqu'il ne la considérât que de loin , il ne laissa pas de remarquer qu'elle avait un air triste. En efiet, elle s'intéressait si peu à cette Wte, qu'il lui avait fallu un ordre exprès de la i^ioe pour l'obliger à se parer; ^ encore ne s'en
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étaiUeile acquittée qu'avec beaucoup de négligence : le coude appuyé sur le balcon , et la tête sur sa main , elle promenait îndi£Péremment sa vue de toutes parts, ou^ pour mieux dire, elle ne voyait rien , tant elle était occupée d'autres choses.
Quoique sa mélancolie fût susceptible de différentes interprétations, Ozmin, par un reste d'espérance , l'expliqua en sa faveur , et en sentit un secret plaisir que les amans délicats sont SQuls capables de sentir. Tandis qu'il observait avec tant d'attention Daraxa , le grand bruit que fit le peuple en voyant lâcher un second taureau plus fort et plus méchant que le premier , détacha ses yeux et son esprit du balcon qui les occupait. 11 regarda dans la carrière; il vit que la béte donnait bien de l'exercice aux cavaliers qui combattaient contre elle : comme il ne voulait montrer ce qu'il savait faire qu'après la mort de ce second taureau , il semblait , quoique Orviedo et lui fussent magnifiquement équipés, qu'ils n'eussent pas dessein de se mettre de la partie; ce qui ne manqua pas d'étonner les spectateurs qui étaient autour d'eux : Pourquoi , se disaientils hautement les uns aux autres , ces deux champions demeurent-ils ainsi hors de la barrière? Ne sont-ils donc venus ici que pour voir les courses? ]M 'oseraient-ils entrer? Ont-ils peur de recevoir des coups de corne ? Ne portent- ils une