LIVRE I, GHAP. IX
lance que pour la prêter à quelque cavalier plu» dîgoe qu'eux de s'en faire honneur?
Ces railleries si ordinaires au peuple , qui n'épargne personne en pareille occasion , étaient entendues du maître et de l'écnjer , qui les méprisaient; ils n'étaient attentifs qu'à l'issue de la course du taureau qu'on voyait dans la carrière. Ce fier animal avait déjà mis hors de combat deux cavaliers ; et , devenu plus furieux par deux légères blessures que don Alonse lui avait faites , il s'en vengea sur son cheval, qu'il jeta roide mort sur la place ; mais alors don Rodrigue de Padilla , l'un des plus forts cavaliers de la troupe, frappa si rudement le taureau , qu'il n'eut pas be*soin d'un second coup pour l'achever.
On allait en lancer un troisième, quand le seigneur maure , qui s'en aperçut , fit signe à Orviedo de marcher et de faire ouvrir la barrière : ils avaient tous deux trop bonne mine pour qu'on leur refusât Ventrée. Ils ne furent pas sitôt dans la carrière 9 que tout le monde eut les yeux sur eux. Il régpa d'abord dans la place im silence applajudissant ; chacun prenait plaisir à considérer la richesse de leurs armes , le goût galant de levir équipage , et plus encore le grand air qu'ils avaif^nt à cheval. Ozmln surtout s'attirait les regards de l'fissemblée par la grâce et la noblesse d^ sfin maintien. Ils ^vnieat l'un et l'autre le viaage couvert d'un crépon bleu , pour marquer
ti8 GUZMAN D'ALFAUACHE.
qu'ils ne voulaient pas être connus. Uécuyet portait la lance de son maître d'une autre manière que les Espagnols, et Ozmin avait à son bras gauche le mouchoir brodé dont sa maîtresse lui avait fîiit présent , et qui n'était pas non plus une galanterie à Tusage du pays : ce qui faisait juger que , s'ils n'étaient pas étrangers , ils voulaient du moins le paraître , mais on ne les soupçonnait nullement d'être Maures. Ferdinand ne fut pas des derniers à jeter la vue sur eux , et il les fit remarquer à la reine , qui ne prit pas moins de plaisir que lui à les regarder. Tous les cavaliers qui étaient dans la carrière se rangèrent pour les laisser passer, et conçurent du maître la plus avantageuse opinion.
Daraxa seule ne prenait point garde à ces deux nouveaux champions ; peut-être même n'auraitelle pas arrêté ses regards sur eux, si le vieux don Louis, marquis de Padilla, père de don Rodrigue , après lui avoir fait la guerre sur sou humeur sombre et rêveuse, ne l'eût pas obligée à tourner enfin la tête de leur côté : elle eut d'abord un peu d'émotion , sans savoir pourquoi , en apercevant les deux Grenadins , elle trouvait en eux un air étranger qui lui donna la curiosité de demander à don Louis qui ils étaient. C'est ce que j'ignore , madame , lui répondit-il ; le roi même n'a pu l'apprendre. Cependant Ozmin s'était approché du balcon de cette dame : elle at-^