‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 50 sur 101 · LIVRE I, GHAP. IX. i2r · texte numérisé non relu

LIVRE I, GHAP. IX. i2r

iafinîté de flambeaux qui faisaient une fort belle; illummation , bientôt les jeux de cannes cooxn mencèrent : on vit approcher douze quadrilles^ avec leurs trompettes, leurs fifres et leurs tim-* baies; elles avaient à leur suite leurs gens de livrée et douze valets chargés de faisceaux de cannes. Les chevaux de main des cavaliers avaient des caparaçons de velours, chacun delà couleur de sa quadrille , brodés d'or et d'argent , et les armes- de chaque chef étaient par dessus; non seulement ces deux métaux brillaient dans leurs équipages , mais les pierreries même n'y étaient point épargnées. Avant que d'entrer dans la place, ib se mirent en marche de la manière suivante.

hes écujers de chaque chef de quadrille allaient les premiers ei conduisaient les équipages ; douze chevaux , qui portaient à l'arçon de devant les armes de ces chevaliers , dont les devises pendaient à l'arçon de derrière , étaient à la (été des autres, qui n'avaien( que leurs caparaçon^ avec des sonnettes d'argent qui faisaient grand bruit. Les gens de livrée inarcbaient après les chevaux; ils firent le tour de la place, et sortirent p^ir une autre porte que celle par où ils étaient entrés , pour éviter la confusion. Les quadrilles i conduites par leurs chefs , commeii* cèreot ensuiti^ leur entrée ^n deux Glf^s avec tant (Je grâce et d'adresse ^ que tous les spectateurs

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eo furent ehannés ; ce qui n'est pas surprenant^ puisque les cavaliers les plus habiles pour ces sortes de jeux sont, sans contredit, ceux de Seville , deCordoue et de Xérès de la Fronlera. Oo voit dans ces villes jusqu'à des enfans de huit à dix ans manier des chevaux et les pousser d'une façon admirable.

Lorsque les quadrilles eurent couru quatre fois par les quatre faces de la place , elles en sortirent par la même porte que leurs équipages , et y revinrent bientôt avec leurs écus au bras et les cannes ou roseaux à la main. Elles commencèrent leurs combats de douze contre douze , c'est-à-dire quadrille contre quadrille. Quand elles avaient j combattu un quart d'heure , il eu venait deux > autres de deux côtés différens , lesquelles , sous prétexte de les séparer, faisaient entre elles un nouveau combat.

Tandis que cela se passait , Ozmin et Orviedo, s'étant démêlés de la foule du peuple qui les sui- ^ vait , regagnèrent pron?ptement leur hôtellerie , et après s'y élre désarmés , ils revinrent dans la place, où l'amoureux Ozmin, traversante presse, perça jusque sous le balcon de la belle Maure. Gomme il était fort simplement vêtu , on ne pouvait, malgré sa bonne mine , le prendre pour un homme de grande importance. Daraxa , qui se dout<iit bien qu'il ne manquerait pas de paraître encore devant elle^ le cherchait partout des jeiix ^

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maïs quoiqu'il fût fort procbe d'elle , et qu'il la regardât, elle ne les arrêtait point sur lui. Elle tenait un très be<iu bouquet garni de rubans que don Alonse lui avait envoyé ce jour -là ; ce bouquet lui échappa des mains par hasard et tomba justement aux pieds d'Ozmin , qui s'empressa de le ramasser. Cet incident fut cause que la dame baissa la vue et qu'elle reconnut son cher Maure ; dès ce moment elle ne détourna pas les yeux de dessus lui. Gomme quelques personnes du peuple dont il était environné voulaient de gaîté de cœur l'obligera rendre le bouquet par force, Baraxa leur cria de le lui laisser, et ajouta même qu'il était en bonue mains : à ces mots qui terminèrent le différend , l'heureux Ozmîn , devenu possesseur paisible d'une faveur qu'il croyait plutôt devoir h l'amour qu'au hasard , l'attacha par galanterie à son chapeau.

Après cela , nos deux amans commencèrent à se faire des signes qui formaient un langage muet et très-commun entre les Maures * ce que les Espagnols ont depuis appris d'eux , aussi bien qu'une infinité d'autres choses qui font passer aujourd'hui notre naiion pour la plus galante de l'Europe. Ozmin et sa maîtresse s'entretenaient donc de cette sorte , sans que personne y prît garde, tous les spectateurs étant trop attentifs aux combats des quadrilles pour faire une pareille remarque. D'ailleurs, qui pouvait s'imaginer que

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la belle ]\Ianr0 , qui se montraitsi peu sensible au^ soins des plus aimables seigneurs de la cour^ eût trouvé dans la foule du peuple un objet digne de l'occuper.

Mai5 des inomens si doux ne durèrent que jusqu'à la fin des jeux de cannes ; car dès qu'ils furent acbevés , on lâcha , comme on fait ordinai-' rement pour couronner la fête, le dernier lau* reau , qui n'était pas moins redoutable que celui qui avait été tué par Ozmio. L'amiral, eu entrant dans la carrière, fît assez connaître par ses mou— vemens qu'il vendrait bien cher sa vie. Don Ro?* drigiie de Padilla, don Juan de Castro, doB Alonse et plusieurs autres chevaliers descendirent de cheval à Tenvi , pour combattre à pied la béte , qui fit bientôt sentir la dureté de ses cornes à deux ou trois d'entre eux. Il y en eut même ua qu'il fallut emporter , et qui était à demi mort ; cela ralentit un peu l'ardeur des antres.

£n e£Pet , on ne pouvait , san^ être un Téri««> table chevalier errant, prendre, un fort grand plaisir à se battre contre un taureau dont la vu« inspirait de l'effroi ; il écumait de r^^ , grattait de son pied la terre , et regardait en face chaqofi champion , comme s'il eût voulu en choisir un pour se jeter sur lui. Don Âlonse, poussé par son amour , souhaitait néanmoins , au péril de sa vie , de faire quelque action d'éclat aux yeux de sa belle Maure. Bans ce dessein , po^r être

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