LIVRE I , GHAP. IX
mieux remarqué d'elle , il s'avança vers le balcon, et là, pendant qu'il attendait que l'animal vint de son côté , il aper<^ut Osmin qui était tout seul en cet endroit , la peur en ayant écarté le peuple qui était autour de lui auparavant. Il n'avait pas tenu à Daraxa que ce jeune Maure n'eût aussi pris la fuite; mais elle lui avait vainement fait signe de se retirer , ou du moins de monter sur un cchafaud : il ne s'était pas laissé vaincre aux alarmes de celte dame ; le vainqueur du taureau de Tarita aurait cru se déshonorer s'il eût paru en appréhender un autre.
Zuuiga considéra fort attentivement ce cavalier , ou plutôt le bouquet qu'il avait sur son chapeau , et qu'il reconnut facilement à la clarté clés flambeaux dont toute la place était éclairée» Il ne fut pas peu surpris de ce qu'il voyait ; et pour être encore plus assuré qu'il ne se méprenait point, il aborda Ozmin, qui ne lui sembla qu'un homme du commun : Mon ami , lui dit-il d'un air ûer mêlé de chagrin , qui peut vous avoir donné ce bouquet? Quoique le Maure jugeât bien de l'intérêt que ce chevalier qui lui parlait y pouvait prendre , il lui répondit sans s'émouvoir : Il me vient de fort bonne part, mais je ne le dois qu'à la fortune. Je ne sais que trop d'où il vous est venu , répliqua don Alonse d'un ton de voix plus élevé; rendez -le -moi tout à l'heure, il n'a point été fait pour vous. Je n'accorde rien
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par force , lui répondit Ozmin sans s'échauffer. Encore une fols, dit Zuniga, donnez-moi ce bouquet, ou je vous apprendrai , mon petit compagnon , à qui vous avez afiPaire. Je suis fâché , lui dit Ozmin avec quelque agitation , que nous soyons ici devant le roi ; si nous étions ailleurs , je ne me contenterais pas de vous refuser le bouquet, je vous arracherais ce nœud de rubans que je vols à votre jupon. C'était ce même noeud dont la belle Maure avait fait présent à don Alonze , en le recevant pour son chevalier , et qu'Ozmîn, qui l'avait envoyé à cette dame , ne reconnaissait que trop : et ce seigneur Maure voyant par là que le cavalier qui lui parlait devait être le plus redoutable de ses rivaux , cette découverte le mettait dans une fureur qu'il n'avait pas peu de peine à retenir. Don Alonze , encore plus emporté que lui , perdit patience eu s'entendant menacer par un homme qu'il croyait d'une condition fort au dessous de la sienne ; il le ^traita d'insolent, et poussant entre les nœuds des rubans du bouquet un bâton pointu qu'il avait , et dont les champions se servent pour irriter les taureaux , il allait enlever le bouquet et le chapeau, si l'adroit et vigoureux Ozmin ne lui eât pas en même temps ôté le bâton comme à un enfant.
Qui pourrait exprimer la rage dont le fier Zuiiiga fut saisi après avoir reçu un pareil afiront