‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 55 sur 101 · LIVRE I, CHAP. IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX. i

assez a^ablement pour mériter qu'on l'écoutât. Elles se cacbèrent derrière des orangers qui bordaient la balustrade , et de là , se trouvant vis-àvis du personnage > elles eurent tout le loisir de le considérer. Elvire remarqua qu'il avait fort bonne mine, et Daraxa reconnut que c'étaitOzmin . Ce cavalier, assis sur un lit de gazon , et la tête appuyée négligemment contre un arbre, cbantait ces paroles en castillan :

Vouleirvous me donner la mort ,

Impitoyable Jalousie , En troublant nuit et jour le repos de ma vie , Je saurai bien sans vous finir mon triste sort.

L'absence n'est que trop cruelle

Pour un amant bien enflammé :

Je mourrai de langueur si j'aime une infidèle , Ou je mourrai d'ennui quand je serais aimé.

Cet illustre Maure , avec toutes ses autres belles qualités, au lieu de s'en faire honneur, il prenait soin de la cacher. On ne se piquait pas teolement à la cour de Grenade de parler bon espagnol, on y chantait aussi en cette langue; il y avait même des Maures qui composaient des vers castillans que les poètes espagnols admiraient. < eux qu'Ozniin venait de chanter étaient de la composition' d'un auteur grenadin , et un musicien de la même nation en avait fait l'air. Daraxa ne manqua pas de s'appliquer cette chanson ; et voulant profiter de l'occasioti pour y ré-

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pondre , elle tira de sa poche des tablettes dont elle déchira une feuille , après avoir écrit dessus les mots su i vans :

« Plus d'inquiétude pour le nœud de rubans; le don en a été fait sans la participation du cœur. Quand on aime comme Daraxa, on ne peut aimer qu'une fois en sa vie. N'en doutez nullement ; et si vou^ souhaitez d'en apprendre davantage, Laïda se trouvera demain à neuf heures du matin à la porte du palais. »

Elle roula doucement la feuille et la jeta dans le jardin d'en bas au travers des branches de l'oranger , qui ne la cachait pas si bien que le seigneur maure ne pût la voir. Il remarqua qu'elle venait de laisser tomber quelque chose , ce qu'elle avait fait si adroitement que son amie ne s'en ét$iit point aperçue. Il est vrai qu'Ëlvire était si attachée à regarder le cavalier et à l'entendre, qu'elle ne songeait qu'à cela. Il n'eut pas sitôt achevé de chanter son air, qu'elle lui cria de recommencer pour l'amour des dames. Il aurait eu volontiers cette complaisance , si le roi ne fut alors revenu de la chasse; mais le retour de re monarque obligea la belle Maure et son amie à rentrer promptement dans le palais , au grand regret de celle-ci , qui aurait bien voulu ne pos sitôt abandonner le terrain.

D'abord que les dames se furent retirées , Ozmlù y curieux de savoir ce que sa chère amante,

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