LIVRE I, CHAP. IX, i
avait jeté dans le jardin bas , alla au-dessous de l'endroit où il avait remarqué qu'elle s'était mise pour l'écouter, et ayant trouvé le billet roulé , il ne s'arrêta pas plus long-temps dans le jardin ; il en sortit avec la joie de n'y être pas venu pour rien , et avec l'envie d'y revenir plus d'une fois.
Le billet de Daraxa rendit la vie à ce tendre Maure , qui ne manqua pas le lendemain d'envoyer Orviedo à la porte du palais. Cet écuyer y trouva Laida, qui, pour n'être pas connue, s*était couverte d'une mante noire des plus épaisses. Dès qu'elle Fapen^ut , elle l'aborda et lui remit une lettre de la part de sa maitressc. Orviedo lui en donna une autre de la part d'Ozmin : et avant qu'ils se séparassent , ils eurent ensemble une assez longue conversation pour avoir de quoi faire chacun de son côté un rapport très-satisfaisant. La lettre du seigneur maure ne contenait que des plaintes , et celle de Daraxa , que des protestations d'innocence et de fidélité. Us furent tous deux bientôt d'accord. Il y a de la volupté dans les querelles amoureuses ; mais il qc faut pas qu'elles durent long-temps : il est bon encore qu'elles ne soient pas fréquentes , autrer ment elles peuvent produire de mauvais e£Fets.
Quelle consolation pour nos amans d'avoir trouvé moyen d'établir entre eux un commerce de lettres , et de se voir même quelquefois ! La belle Maigre aurait bien voulu se promener toute
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seule dan.< les jardins du palais , pour épier l'occasion de parler en liberté à Ozmin , mais c'était trop risquer. lisse seraient perdus Tun et l'autre , si quelque personne de la cour les eût TUS s'entretenir ensemble. Dai Heurs Elvire , à qui le seigneur maure avait donné dans la vue, ne quittait point son amie , et ne cessait de lui parler du cavalier à la belle voix. Elle lui proposa même dès le jour suivant d'aller dans les jardins , en lui disant qu'elles pourraient le rencontrer là. Notre complaisante Maure, qui ne demandait pas mieux , accepta la proposition.
Les voilà toutes deux dans le jardin haut , d'où elles n'eurent qu'à regarder dans le jardin bas , pour y démêler l'homme qu'elles cherchaient. Il venait d'arriver , et il était assis au même endroit que le jour précédent. Dona Elvire , qui pouvait passer pour une des plus charmantes de la cour, ne se contenta pas de se montrer au cavalier, elle obligea son amie à suivre son exemple. Ozmin afiPecta de paraître surpris de leur vue , et fit semblant de vouloir se retirer par respect ; mais Elvire, pour l'arrêter, lui adressa la parole : il répondit , et insensiblement ils s'engagèrent tous trois dans un entretien qui fut vif, et cela sur le pied d'un inconnu avec deux dames inconnues.
Le seigneur maure fit remarquer dans cette occasion qu'il avait beaucoup d'esprit, et dona Elvire n'y brilla pas moins. Animée des mouve-