‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 57 sur 101 · LIVRE I, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX

meus d'une passion naissante, elle disait mille jolies choses qu'elle n'aurait pas dites de sang* froid , quoiqu'elle fût naturellement très-spiritnelle. Pour Daraxa , elle se divertissait à les écouter ^ comme une fille qui avait son compte. Enfin chacun était fort content , et les momens s'éiioulaient avec la rapidité dont ils passent ordinairement quand ils sont agréables. S'il parut que le cavalier ne les trouvait pas longs , les dames , de leur côté , firent assez connaître qu'elles ne s'ennuyaient point avec lui , puisque le roi venait de rentrer dans le palais , et qu'elles ne songeaient nullement à se retirer. 11 fallut que le jardinier vînt avertir Ozmin qu'il était temps de sortir : encore Elvire^ avant la séparation, voulat-elie s'assurer d'une nouvelle entrevue, qui fut fixée au premier jour que Ferdinand irait à la chasse.

Cette dame, ti près cette conversation, demeura si charmée d'Ozmin , qu'en le quittant elle ne put s'empêcher de dire à Daraxa qu'elle n'avait jamais vu do cavalier si parfait. Toute autre que la helle Maure eût été alarmée d'un aveu si franc; mais elle n'en fit que rire , tant elle comptait sur la fidélité de cet amant. Cependant son amie, qui '. la croyait la plus insensible personne de son sexe, loin de lui faire un mystère du goût qu'elle se sentait pour l'inconnu , lui en parlait à tout roolaeni dans les termes les plus vifs. Oui , lui di-

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sait-elle , je suis touchée du mérite de ce cavalier ; mais je voudrais bien savoir qui il est , et pourquoi un homme fait comme lui ne se montre point à la cour : je vous conjure , ma chère Daraxa, de le lui demander vous-même quand nous le reverrons. Ozmin fut bientôt informé de tout cela par sa maîtresse , qui lui manda que la situation ne laissait pas d^étre délicate ; qu'il ne devait point abuser du penchant d'£lvire, et encore moins trahir sa fidèle I)araxa ; qu'en amour tout faisait de la peine , jusqu'aux plus légères apparences ; et qu'enfin , lorsqu'on possédait ud coeur , on était bien aise d'être l'objet de tous ses désirs.

Il crut de bonne foi que sa dame ne lui écrivait ainsi que pour se réjouir; et, dans cette opinion, il lui fit une réponse badine. Il poussa même la chose plus loin : à la première entrevue , il prodigua les douceurs à dona El vire, qui les reçut fort bien à bon compte , ou plutôt qui les lui rendit avec usure. La belle Maure, comme son amie l'en avait priée , interrogea l'inconnu sur son pays , sur sa naissance et sur l'état présent de sa fortune. Il répondit , sans hésiter, qu'il était Aragonais , et qu'il se nommait don Jaymé Yivès ; qu'après avoir été pris par les Maures , et remis en liberté parla capitulation de Baè'ça, il att«;adait que sa famille lui envoyât l'argent dont il avait besoin pour se mettre en état de se produire

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