‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 59 sur 101 · LIVRE I,/CHAP. IX. i · texte numérisé non relu

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glée ; et comme si cette promenade n'eût pas été uo divertissement assez ennujeux pour eUes , le vieux marquis prenait la peine de les accompagner toujours ; ou , si quelquefois il n'avait pas le temps de les fatiguer de sa fâcheuse compagnie, don Rodrigue son fils se chargeait de ce soin-là : elles ne gagnaient rien au change. Ce n'est pas tout : les appartemens de ces dames n'avaient vue que sur le jardin , aucune fenêtre sur la rue. Ajoutez à cela qu'elles ne voyaient personne du dehors , ni hommes ni femmes; et, des gens même de la maison , il y en avait très-peu qui eussent le privilège de leur parler.

Tous ces désagrémens gâtaient fort les honnélelés que don Louis faisait à la belle Maure : cependant , à entendre ce vieux courtisan , il n'en usait. avec elle ainsi que par respect , et que pour lai marquer l'extrême considération qu'il avait pour elle. Cette d^.me n'en était pas la dupe ; et perdant toute espérance d'avoir des nouvelles de son amant, elle allait s'abandonner à ses chagrins, si doua Elvire ne s'en fût mêlée. Celle-ci , ne pouvant plus vivre sans son cher don Jaymé , dit à Daraxa qu'elle voulait écrire a ce cavalier. Eh ! comment , répondit la belle Maure , lui ferezvous tenir votre lettre? Une de mes femmes , répliqua Elvire , a trouvé par hasard un homme du dehors qu'elle a gagné. Il assure qu'il connaît parfaitement Ylvès , et promet de lui remettre le

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billet en main propre. La tendre amante d'Ozmm ne manqua pas d'applaudir à cette résolntion. \ Elles composèrent toutes deux une lettre de con- j cèH. La fille de don Louis l'écrivit, et la dame maure y ajouta ces mots en sa langue :

« Tout le bonheur des amans consisté à se voir: tout le malheur est d*élre séparés. Je languis dans l'attente de vos nouvelles ; je suis morte si je n'en ' reçois pas au plus tôt. »

Elvire demanda ce que signifiaient ces paroles, et Daraxa lui répondit : Je mande à don Ja jmé que sa maîtresse ne peut soutenir plus long-temps ; son absence, et Va succomber à ses ennuis, s'il ne 1 trouve moyen de les soulager. C'est ainsi que deux bonnes amies en usent ordinairement ensemble lorsqu'elles sont rivales. . '

La lettre fut fidèlement rendue au seigiieur ; maure, qui la lut avec d'autant plus de joie, qu'il avait inutilement jusque là employé l'adresse de : son écuyer pour découvrir ce qui se passait chez don Louis : comme un bonheur, dit le proverbe, ne vient jamais sans l'autre, il arriva deux jours après qu'Or viedo se présenta devant lui sous un habit d'ouvrier. Ozmiii eut d'abord de la peine à le reconnaître, et lui demanda la cause de ce déguisement. C'est ce que je vais vous apprendre, répondit l'écuyer. Je me suis ainsi travesti pour aller rôder aux environs de la maison du marquis de Padilla , dans l'espérance de rencontrer une

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