‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 64 sur 101 · LIVRE I, GHAP. IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE I, GHAP. IX. i

rice dontj'ai fait mention , fille née pour les intrigues d*amoar , et fort propre à faire prospérer kft affaires des amans. Don Â)onse , pour son argent y ne lui demandait qu'un service; c'était de lui procurer par q linéique stratagème le plaisir de parler à Daraxa. Clarice lui promit des merveilles ; et sans que cela fut nécessaire , elle lui fitcon$dei]|ce àes amours d'Ëlvire avec don Jajmé Vives , qui de seigneur aragonais s'était £ait jardinier par un excès de passion .pour elle.

Gett,e histoire, que don Alonse écouta de toutes ses oreilles , l'é^nna . Il en voulut savoir toutes les circonstances.* Clarice les lui apprit, à la réserve de celles qu'elle ignorait. Ainsi elle ûe put lui dire la part que la belle Maure avait à cette aventure, i^unlga cherchait en vain dans son esprit quel homme c'était que ce don Jaymé Vives, dont il n avilit jamais entendu parler à la cour non plus qu'à l'armée. 11 souhaitait de le connaître ; pour agir de concert avec lui et faire la partie carrée , puisqu'ils avaient tous deux leurs mai* tresses dans la même maison. Cette pensée fut la cause d'une infinité d'autres. Il se reprochait de o'av4Mr pas autant d'adresse que don Jajmé, pour ^'introduire aussi chez don Louis sous quelque forme qui pût lui donner occasion d'entretenir quelquefois Daraxa II s'échauflFait sur cela l'imagipatioii , et roulait dans sa iéte mille desseins qui le divertissaient.

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Revenons à nos clames. La fille du marquis de Padilla, persuadée qu'on ne s'aimait pas pour nourrir son amour d'éternels soupirs , et qu'il y avait un terme à toutes les choses du monde , prit la résolution de s'unir avec son clier don Jajmé, qui lui paraissait si digne de la posséder; mais elle sentait quelque peine à faire elle-même cette proposition : c'était une démarche qui blessait trop la bienséance pour la Hasarder. Elle fit rér flexion qu'il valait mieux se servir pour cela de l'entremise de son amie , dont elle se croyait assez aimée pour attendre d'elle un pareil service. Elle s'adressa donc à la belle Maure , et la pria , dans les termes les plus forts , de vouloir bien se charger de la commission.

Daraxa ne put apprendre qu'Elvire avait dessein de se faire enlever , et méditait un mariage clandestin , sans être violemment émue ; néan-* moins , s'étant remise de son trouble , elle dit à son amie : Je suis disposée à faire ce que vous souhaitez ; mais avant que je parle à don Jayroé, je ne puis , sans trahir notre amitié , me dispenser de vous demander si vous avez fait toutes vos réflexions sur ce que vous osez entreprendre ? Non , non , ajouta-t-elle , vous n'avez pas songé sans doute à tous les malheurs où vous allez vous jeter; souffrez que je vous représente ce que vous devez à votre famille et à vous-ménie. Vous voulez vous livrer à un homme dopt vous

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ne connaissez ni le bien ni la naissance. Pouvezvous prudemment vous j fier jusqu'à lui faire des avances qui ne conviennent point du tout à une fille de qualité ? et si par malheur , ce qui n'est pas impossible^ elles n'étaient pas reçues de la façon que vous le désirez , quelle honfe et quels regrets ne suivraient point cette démarche indiscrète?

Quoique ces remontrances fussent très judicieuses , la fille de don Louis ne les écouta qu'avec chagrin ; et ne pouvant les combattre par de bonnes raisons, elle répondit, en fille qui avait pris son parti , que l'excès de son amour ne lui permettait pas de suivre d'autres conseils que ceux de son cœur. Quand Daraxa eut perdu toute espérance de la détourner de son dessein , elle cessa de la contredire , et lui promit que dès cette nuit-là même elle ferait à don Jajmé la pro- . position dont il s'agissait. Mais ce qui embarrassa un peu la belle Maure , c'est qu'Elvire , soit par défiance , soit pour juger par elle* même des sentimens de Fobjet aimé , dit qu'elle voulait , à l'insu de ce cavalier , se tenir cachée derrière un rideau pour entendre cet entretien : il ne fut donc plus question que d'avertir Ambroise de se trouver à minuit aux fenêtres de la galerie d'en bas; ce que les dames firent par une lettre qu'elles lui écrivirent en commun , et par laquelle on lui manda qu'oa avait 4^8 cbo<->

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ses de la deiyiière conséquence à lui conunuBÎ-

quer.

Il ne manqua pas de s'j rendre à l'heure marquée , et il fut assez surpris de ne point voir là Élvire. Seigneur don Ja^mé, lui dit Daraxa, j'ai d'abord une mauvaise nouvelle à vous annoncer^ c'est que je suis seule ici : votre maîtresse veut que j'aie avec vous une conversation particulière, d'où dépendent votre bonheur et le sien. En parlant de celte sorte, la fine Maure glissa une de ses mains entre les barreaux, et serra fortement une de celles du cavalier , qui comprit aussitôt que ce rendez-vous n'était pas sans mystère ; peu s'en fallut même, tant il avait la pénétration vive , qu'il ne devinât ce que c'était ; et dès que Daxara eut entamé la proposition délicate qu'elle avait à lui faire, il ne vit que trop de quoi il s'agissait : mais , loin d'en être enQd>arrassé , il ne fit que tourner en plaisanterie tout ce qui lui fut proposé. La belle Maure eut beau lui protester qu'elle parlait sérieusement et le presser de lui répondre de même, il ne quitta point le ton railleur.

Ainsi se termina cette entrevue, à la satisfaction de Daraxa , qui aurait été fâchée qu'elle eût fini d'une autre manière , et qui , croyant avoir fait son devoir , s'attendait à des remercîmens de la part de son am ie; mais Ëlvirc aurait été plutôt capable de lui faire des reproches. Dans sa mauvaise

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