‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 67 sur 101 · LIVRE I , CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. IX

fort émue t il leur parut même qu'elle avait répandu des pleurs , et chacun fit sur cela ses ré-^ flexions^ Pour Ozni in, comme il n'avait plus rien à faire dans ce cabinet, et qu'il n'y représentait qu'Âmbroise , il lui fat facile en se retirant de sortir d'embarras.

Dqd Rodrigue le suivit aussitôt ; et plein d'im-* patience d'apprendre ce qui s'était passé entre ce jardinier et Daraxa , qu'il commença de soup- <2onner d'être d'intelligence ensemble , il lui demanda s'il s'était acquitté de sa commission, et s*îl avait de bonnes nouvelles k lai annoncer. Seigneur, lui répondit Ambroise , voiis m'avez laissé si peu de temps pour entretenir la damc! Maure , qu'il ne m'a pas été possible de voos ren^ dre de grands services. Je conviens, reprit le fiife de don Louis , que vous n'avez pas eu avec ellêf UDe longue conversation ; mais il faut que vous en ayez bien mis à profit tous les momens ; puisque j'ai trouvé Daraxa fort agitée de vos dfSCours : je suis même persuadé que vous lui avez fait verser des pleurs. Ces pleurs , repartit le faux jardinier, pourraient être le fruit amer de la lil>erté que j'ai prise de lui parler de votre passion, qui peut-être n'est pas de son goât.

N'avet-vous pas de meilleures raisons h me dire que celles-là? s'écria don Rodrigue. Non, seigneur, dît Ambroise , j'ajouterai seulement que «tte dame peut avoir déjà le cœur engagé. Une

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fille qui a été élevée dans une cour aussi galante que celle de Grenade , pourrait bien élre devenue sensible aux soupirs de quelque seigneur de ce pajs^là. Je le pense comme vous , répliqua brusquement le jaloux don Rodrigue ; et de plus, je crois que vous êtes ici moins pour me servir que pour faire plaisir à cet heureux rival. Vous ne me rendez pas justice, repartit le jardinier; vous m'outragez en me soupçonnant d'être capable de vous trahir pour un infidèle. Infidèle ou chrétien , interrompit le fils de don Louis avec précipitation , vous m'êtes suspect ; vous en savez un peu trop pour un jardinier ; et quaqd je me rappelle tous vos petits entretiens maures , cela ne bannit point ma défiance : mais prenez~y garde , poursuivit-il d'un ton menaçant, vous êtes dans une maison où les friponneries ne demeurent pas long-temps cachées. En achevant ces mots, il retourna au cabinet , où les dames gardaient encore un profond silence. Dès qu elles le virent arriver, elles se levèrent , et se retirèrent dans leurs appartemens, pour j rêver en liberté à leurs affaires , chacune en son particulier.

Don Rodrigue , qui n'avait alors guère d'envie d'entrer en conversation avec elles , les laissa s'éloigner, et se mit à se promener tout seul. Il rencontra son père qui s'amusait à considérer des fleurs , et il s'arrêta pour lui tenir compagnie. Don Louis , en regardant ces fleurs, s'avisa de

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