LIVRE I, CHAP. IX
permis vons-iDénie à ce jardinier ces familia'rités dont vous vous plaignez ? Ne savez-vous pas que parmi nous c'est un crime à un domestique de lever les yeux sur sa maîtresse? Croyezmoi , traitez ce valet comme on traite les autres , et je vous réponds de sa fidélité. A l'égard def Daraxa , reposez-vous sur ma vigilance du soi» de la garder* Dormez en repos, je veille sans cesse , et suis informé de tout ce qui se passe chez moi , tant la nuit que le jour. Le respect ferma la bouche à don Rodrigue, qui fut obligé de quitter son père un moment après , parce qu'on vint l'avertir qu'une personne demandait à Juî parler.
Après son dépait , le vieux marquis, malgré tout ce qu'il avait dit, tomba dans une profonde rêverie , et fit mille réflexions chagrinantes qui remplirent son esprit de soupçons. Pour acheter de troubler son repos , son maître jardinier vint l'aborder en lui disant : Seigneur, j'ai un avis d'importance à von s donner : j'ai entendu cette ' nuit dans le jardin certain bruit qui me fait croire qu'il y a des gens qui rôdent autour de cette maison : si j'eusse osé sortir de chez moi contre vos ordres , je serais en état de vous en rendre un meilleur compte. Des gens la nuit dans mon jardin , s'écria don Louis fort étonné : ils venaient donc de chez vous? Non , seigneur, dit le maître jardinier ; Ambroise et mon valet ne sauraient
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sortir de ma maison ; j'en ferme la porte moimême exactement tous les soirs , et j'en garde avec moi la chef que je ne confie à personpe.
Ce rapport donna beaucoup à penser au vieux marquis. Qui peut être venu dans mon jardin ? disait-il en lui-même. Et dans quelle intention peut-on s'y être introduit ? Je ne crains pas les voleurs, la hauteur des murailles est capable de les effrayer. Serait-ce quelque amant deDaraxa? C'est ce que je ne puis m'imaginer ; il n'en est pas d'assez fou pour vouloir s'exposer à un si grand péril , datis la seule espérance de la voir paraître à une fenêtre. Il faut que mon jardinier .se soit mis cela dans la tête , ou bien ce bruit, s'il est réel , a été fait par des domestiques ; et si j'en dois soupçonner quelqu'un , c'est ce fripon d'Ambroise , dont mon fils , après tout , peut avoir justement pris ombrage.
Dont Louis, furieusement agité de ces pensées, ordonna au jardinier que , sans rien dire ni à son valet ni à Ambroise, il fît bonne garde cette uuit-là ; et que si par hasard il entendait encore du bruit , il ne manquât pas de tirer un coup de fusil et de sortir en même temps bien armé. De mon côté, ajouta le marquis, j'en ferai autant avec tous mes autres domestiques , et les audacieux qui cherchent ou à me voler ou à me déshonorer seront bien fins s'ils nous échappent. Ce vieux seigneur, après avoir donné ses ordres