‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 70 sur 101 · LIVRE I , GHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I , GHAP. IX

à son jardinier, se relira potir s'aller préparer à faire le grand coup qu'il méditait.

Si les deux dames , don Louis et don Rodrigue avaient de l'inquiétude , Ozmin de son côté n'était pas plus tranquille qu'eux. Ce brave Maure ne s'alarmait pas aisément ; mais les derniers mots que son rival lui avait dits lui semblaient mériter quelque attention. Il crut prudemment devoir songer à prévenir les malheurs qui pouvaient lui arriver. Il n'avait pour toute arme qu'un poignard , avec quoi il n'était pas possible , supposé qu'on voulût le maltraiter, qu'il se défendît contre trente domestiques qu'il j avait dans celte maison. Tout lui présageait quelque disgrâce prochaine : il avait vu les deux Padilla se parler avec vivacité , et don Louis ensuite en conversation sérieuse avec le maître jardinier; il ne doutait point qu'il n'eût été question de lui dans ced deux entretiens ; de manière qu'ayant tout lieu d'appréhender quelque lâche attentat, il résolut de disparaître aussitôt qu'il aurait communiqué son dessein à Daraxa , et pris des mesures avec elle pour se revoir au retour de la reine.

A peine eut-il pris cette résolution , qu'il alla visiter les endroits où les dames faisaient porter leurai lettres. Il en trouva une dans la cache d'Elvire. Cette vive Espagnole lui mandait qu'on l'attendait cette nuit pour lui apprendre des choses de la dernière importance. Il ne devina point

qu'Ëlvir^ lui donnaîè ce rendez-vcMis à l'Insu de la belle Maure , et pour avoir une conversatioa particulière avec lui ; il 'crut que Daraxa j serait comme à l'ordinaire, et qu'il pourrait, en présence de son amie, lui dire en maure ce qu'il voulait qu'elle sût avant leur séparation. Mais laissons Ozmin jusqu'à celte entrevue , et venons aux terribles préparatifs que don Lonis faisait pour la troubler.

Ce vieux seigneur s'était fait apporter dans son appartement, par deux fidèles domestiques , toutes armes offensives et défensives qu'il j avait dans sa maison . comme mousquets, monsquetonsy pistolets , hallebardes, piques, pertuisanes , cuirasses, casques et targes, le tout mangé de la rouille : cependant il ne jugea point à propos de les faire nettoyer; le danger était trop pressant pour cela. L'on eût dit , à voir les mouvemens qu'il se donnait, que l'ennemi s'approchait de sa maison pour la prendre d'assaut. Quoiqu'il n'eût jamais été à la guerre , il ne youlait pas y étant fils et petit-fils d'otficiers-généraux , qu'on dît de lui qu'il en ignorait le métier. 11 envoya un de ses plus zélés serviteurs acheter de la poudre et des balles , pour charger dix-sept à dixhuit armes à feu qu'il avait, et qu'il destinait aux plus vaillans de ses domestiques. Il faisait tous ses apprêts sans bruit , n'ignorant pas que les plus grandes entreprises demandent du se-

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