‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 71 sur 101 · LIVRE I , CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. IX

cret. Il en déroba surtout si bien la connaissance à son fils et à sa fille à cause de leur affection pour Daraxa , qu'ils n'en eurent pas le moindre soupçon.

Quand il eut disposé 4e$ choses de la façon qu'il les voulait , it*t qu'il eut entendu sonner onze heures , ses deux valets affidés lui amenèrent tous ses autres domestiques qu'il posia dans diffërens endroits , après leur avoir donné des arômes , selon qu'il les jugeait capables de s'en servir* Il en envoja la plus grande partie dans les chambres hautes de sa maison, pour mieux découvrir et pour être moins eu vue , et il leur défendit à tous de tirer sans l'avoir auparavant averti de ce qu'ils auraient remarqué. Pour lui , il se mit dans un cabinet vis-à-vis de l'appartement de Daraxa ; il se réserva cette place , comme celle qui avait particulièrement besoin d'un homme aussi vigilant que lui. Il était accompagné de son écujer, vieux domestique dont le courage égalait le sien , et qui , dans le fond de SOD âme, donnait au diable tous les perturbateurs de son repos. Mais enfin le sort en élait jeté , et puisqu'ils étaient au bivouac , ils ne pouvaient avec honneur se retirer avant que d'être assurés qu'il n'y avait rien à craiudrc du côté de Tennemi.

Le marquis en robe de chambre , en pantoufles* et en bonnet de nuit , avec une lanterne sourde

17O GUZMAN D'ÂLFARÂCHE.

à la main , regardait de tous ses yeux par la fe* nétre. 11 faisait une de ces nuits que , dans les pays cbauds , le brillant des étoiles rend si claires , qu'on peut distinguer de deux cents pas l'ombre d'un borame. D'abord que don Louis entendit sonner minuit , se souvenant que son jardinier lui avait dit que c'était à peu près à cette heure là qu'il avait ouï du bruit la nuit précédente , il sentit un battement de coeur, et fût saisi d'un frisson violent. Cette émotion , qui répondait si mal de la fermeté de son âme dans le péril , ne diminua point lorsqu'il lui sembh voir quelqu'un marcher le long du mur du côté de la galerie. Pour être plus sûr qu'il ne se trompait pas , il le fit remarquer à son écuyer, en lui demandant s'il ne l'apercevait point ; mais celui-ci, soit qu'il n'eût pas la vue aussi bonne que celle de son maître , soit que la peur la lui troublât , lui dit qu'il ne voyait rien.

Ils furent bientôt tous deux tirés de leur doute par deux de leurs sentinelles qui vinrent les avertir qu'il y avait un homme qui s'entretenait à une fenêtre de la galerie avec quelque personne du logis. Le seigneur de Padilla fut d'autant plus étonné de cet avis , qu'il avait toutes les clefs de sa maison. Tons les soirs, à neuf heures, on ne manquait pas de les lui apporter : de sorte qu'il n'était pas peu en^eine de savoir qui pouvait être l'interlocuteur du dedans ainsi que celui du de«

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