‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 72 sur 101 · LIVRE I , CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. IX

lnors. Il jugea qu'il fallait que ce fût Daraxa , que quelqu'un de ses amans vetfait voir la nuit par rentremise de quelque valet infidèle qui lui don*> naît moyeu de s'introduire daos le jardin ^ et que cette daipe eût fait faire une clef de la galerie par le ministère de ce même domestique. Il s'arrête à cette conjecture : il fait dire à tous ses gens de se tenir prêts , et forme le hardi dessein de commencer l'expédition par aller lui-même sui^ preadre la belle Maure , afin qu'elle ne pût désavouer «on crime. Il est vrai que , n'osant exécuter tout seul un projet si audacieux , il prit avec lui les deux plus déterminés de ses' mousquetaires et son intrépide écujer.

Pour faire moins de bruit en marchant, le chef ôta ses pantoufles , et les autres leurs souliers. Ils arrivèrent en cet état à la galerie , dont ils trouvèrent la porte ouverte. Don Louis s'a*^ vança pas à pas jusqu'à ce qu'il entendît parler. Il fit halte aussitôt pour écouter ce qu'on disait; en même temps ses oreilles furent frappées des paroles suivantes : Je vous estime trop pour pouvoir me résoudre à vous rendre malheureuse. Je dois respecter votre naissance, et vous devez considérer l'état de ma fortune. Je suis cavalier réduit à chercher les moyens de me pousser à la cour; j'y ai besoin de protecteurs. Hé! qui voudrait être le mien si j'avais eu le malheur de m'atlirer la haine d'un seigneur aussi puissant

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que voire père? Grojez-aioî , ne nous expqson» point à nous repentir Tun et l'autre le re&te de nos^ jours.

Le marquis reconnut la voix du faux Ambroîse ^ et, malgré le dépit qu'il sentait d'avoir été la dupe de ce prétendu Aragonais , il ne laissa pas d'admirer sa prudence et sa vertu. Gomoae il s'imaginait que ce discours s'adressait à la belle Maure , il n'était pas peu curicnx de savoir ce ^que cette dame j répondrait. Mais que devint-il lorsqu'il entendit sa fille, qu'il ne put naéconnaître au son de sa voix , repartir ainsi au cavalier : L'amour faît-il tant de réflexions? N*avez-voaa employé pour tromper mon père un stratagème qui vous assujettit à tant de peines , n'étes-vous donc venu mettre en danger ici vo^e vie , que pour perdre un temps si cher à me faire connaître mes devoirs? au lieu de vous abandonner à la joie que mes bontés devraient vous inspirer , vous voulez vous-même leur donner des bornes ; je n'attendais pas de si froides marques de votre reconnaissance. Quoi ! la considération de votre fortune vous retient quand je fais tout mon bonheur Id'étre à vous ! Pouvez-vous craindre mon père ? La cour de Ferdinand est-elle votre seule retraite ? £n est-il quelqu'une où un homme iel que vous puisse manquer de s'avancer ? Mais je veux que vous sojez assez malheureux pour chercher en vain partout à vous établir avantageuse-

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