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ment ; Elvire aimera toujours mieux être avec vous dan^ Fétat le plus obscur, que de vivre avec un autre dans lés grandeurs.
La dame allait continuer lorsqu'un coup de mousquet se fit entendre, et fut suivi dans le moment de dix à douze autres dont toute la gal«>rie retentît. Ce bruit terrible épouvanta si fort la -fille de don Louis , que , u'écoutant plus d'autre passion que la crâinte, elle prit aussitôt la fuite. Pour comble d'infortune , son père , qui l'attendait au passage , la saisissant tout à coup par le bras , lui dit : Ab ! misérable , c'est donc ainsi que vous désbonorez l'illustre sang de Padilla ! A la voix et à l'action du marquis , dona Elvire , dont les esprits n'étaient déjà que trop troublés de sa première frayeur, poussa un cri et tomlia évanouie entre ses bras. Ce vieillard jugeai brea qu'elle venait de perdre le sentiment. Il fit ouvrir la lanterne sourde pour regarder sa fille , qui hii parul dans une situation si déplorable , qu'il en eut pitié. Il l'aimait ; et ne pouvant la considérer sans en être attendri, il la laissa entre les mains de son écojer.
Mats plus ce père .se sentait toucbé.de la voir en cet^état, plus il avait envie de se venger du téméraire auteur de ce désordre. Il ne respirait plus que la mort d'Ambroise , dont un moment auparavant il avait admiré la sagesse. Il assembla tons ses gens armés, retroussa sa robe de cbambre,
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se fit mettre une cuirasse par dessus, un casque sur son bonnet de nuit , prit une large à la main gauche et une longue pique à la droite , et ce brave capitaine, en gantelets et en pantoufles, fit ouvrir la porte du jardin et défiler sa troupe trois à trois. Les mousquetaires marchaient les premiers , et les hallebardiers faisaient l'arrière^ garde. Il se mît à la queue de ceux-ci ; et cette petite armée , composée de soldats dignes de leur général , alla chercher l'ennemi. Elle fut renforcée dans sa marche par le jardinier, qui vint la joindre avec une rapière au côté , une escopette sur l'épaule, et deux pistolets à la ceinture. Ce domestique assura qu'il avait vu les ennemis qui étaient au nombre de doux, et que s'il eût ose tirer sans l'ordre de son maître , il aurait déchargé sur eux ses armes à feu. Don Louis, après avoir écouté ce rapport qui l'étonna , s'informa de quel côté ces deux hommes avaient tourné leurs pas, et fit marcher sa troupe sur leurs traces.
Que faisait Osmin pendant ce temps-là ? Des qu'il s'était aperçu qu'Elvire avait prit la fuite au bruit des coups de mousquet qui avaient interrompu leur conversation , et qui pourtant n'avaient point été tirés sur lui, il s'était promptement éloigné de la galerie pour gagner un cabinet, où il espérait vendre chèrement sa vie si l'on venait Vy attaquer. Mais un homme qui le suivait de près l'obligea de s'arrêter avant qu'il y'arrivât,
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en lui disant : Seigneur don Jaymé , vous avez l)esoîn de secours, recevez le mien. C'est vous qu'on cbercbe.. Acceptez sans retardement mes services , si vous ne voulez être assassiné par une troupe de valets qui viendront bientôt fondre sur vous*
Le seigneur maure , aussi surpris de s'entendre nommer don Jaymé , que de rencontrer là un inconuu si obligeant; lui répondît : Je ne sais qui vous êtes, ni pourquoi vous. vous intéressez à ce qui me regarde ; mais qui que vous soyez , vous ne pouvez être qu'un cavalier très-généreux. Je ne refuserai pas quelqu'une de vos armes , n'ayant qu'un poignard pour me défendre : c'est toute l'assistance que je puis recevoir de vous , sans abuser de votre bonne volonté. Je serais au désespoir qu'un aussi brave homme exposât sa vie pour moi. Non, non, répliqua l'inconnu; ne prétendez pas que je vous laisse périr sans vous prêter mon 'secours. J'ai deux bons pistolets , prenez-en un , et souffrez que je combatte à vos côtés ; ou si vous souhaitez que je me retire , il faut que vous veniez avec moi. Je crois , dit Ozmin , que ce dernier parti serait le plus sage : c'est faire un mauvais usage, de la valeur que de l'employer contre la canaille. Mais comment sortir de ce jardin? J'en sais le moyen, répondit l'inconnu; vous n*avez qu'à me suivre.
£n même temps ces deux cavaliers commen-
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cïèreiit à coijurir îustetnent vers rendroil où Ton avait réparé le lûur , contre lequel était dressée une bonne et longue échelle. 11 y eut alors entre eux une petite contestation , chacun ne voulant monter que le dernier. Après quelques compliiriensque deux hommes si courageux ne pou valent manquer de se faire sur cela , il fallut qu'Ozmia passât le premier pour couronner le procédé noble de son compagncHi* Ils eurent tout le loisir de monter impunément 9 attendu (|ue la gendarmerie de don Louis avait pris un chemin opposé à rea-* droit ou ils étaient ; et ils retirèrent Féchelle pour empêcher ce seigneur de reconnaître par où le faux Ambroise lui était échappé. Il y avait encore une échelle de l'autre côté de la muraille pour descendre dans la rue , où cinq à six grands laquais bien armés faisaient la garde , et se tenaient prêta à se }eter dans le jardin au premier signal. Ozmin, jugeant par là qu'il n'avait pas obligation à un homme du commun , et souhaitant de savoir qui c'était, le pria de le lui apprendre. Mais l'inconnu lui répondit : C'est ce que je vous dirai chez moi ; comme vous êtes étranger ^ vous ne connaisset pas bien don Louis ; vous ne sauriez trop vous précautionner contre lui. Je vous offre ma maison , où vous serez à couvert de son ressentiment , et vous y demeurerez , s'il voos plaît , jusqu'à ce que nous ayons vu le parti que les Padilla prendront dans cette affaire.
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Des manière» si nobles et si généreuses charmèrent le seigneur maure , qui , ne pouvant résister aux pressantes instances que ce cavalier lui fit d'accepter un logement dans sa maison, \*y accompagna. Lorsqu'ils se virent l'un et l'antre aux flambeaux, ils se regardèrent avec une attention fifiélée de surprise , comme deux personnes qui croyaient se connaître. Le m^iître du logis fut le premier qui débrouilla Vidée confuse qu*il avait des traits d'Ozniin ; et quand il fut assuré qu'il ne se méprenait pas, il l'embrassa avec transport, en lui disant : Quel bonheur pour moi de rencontrer un homme à qui je dois la vie! Je ne me trompe point , c'est vous qui m'avez sauvé - de la fureur d'un taureau le jour des dernières «ourses. Seigneur^ lui répondit le Maure en souciant d'un air modeste , vous venez de bien payer ce service en me retirant d'un danger où j'aurais infailliblement péri sans votre secours. Non , non, reprit don Alonse de Zuniga; je stiis en reste de générosité avec vous* Dans le temps que vous vîntes me dérober à une mort certaine, je ne voua avais pas donné sujet d'exposer vos jours pour conserver les miens.
Ils passèrent le reste de la nuit à s'entretenir. bon Alonse, qui s'imaginait qu'Ozmin s^appelait effectivement don Jaymé Yivès> et qu'il était amoureux de doua Elvire , lui conta de quelle fa^on il avait appris toutes ses affaires. Gela m'a
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donné envie , ajouta-t-il , de faire connaissance avec vous; et pour la commencer , je suis entré cette nuit dans le jardin de don Louis. De plus, comme j'aime Daraxa, l'intime amie de voire maîtresse , j'ai pensé que notre liaison deviendrait utile à nos amours.
Quoique le seigneur maure eût de la répugnance à cacher ses sentimens , il ne voulut point détromper Zuniga : il crut qu'il était de la prudence de passer pour don Jaymé. Après un long entretien , don Alonse conduisit son hôte à l'ap- ' pjkrtement qu'il lui avait fait préparer et l'y laissa reposer ; ensuite il se. retira dans le sien pour en faire autant. MaisOzmin, ne pouvant dormir, envoya chercher Orviedo, quand il fut grand jour , poiir faire part à ce fidèle écuyer de l'aventure de la dernîère nuit , comme aussi pour lui ordonner de lui apporter des habits plus propres que ceux d'Ambroise à faire le personnage de don Jaymé.
C'est un malheur attaché aux grandes maisons où il y a un peuple de valets , que tout ce qu'on y fait ne demeure pas long-temps secret. On sut dès le lendemain dans la ville l'histoire du faux Ambroise : on la contait de diverses façons , mais toutes aux dépens de doua Elvire, ce qui morti- | fiait extrêmement Ozmin. |
Don Alonse et ce cavalier devinrent en peu de jours les meilleurs amis du monde , tant il se