LIVRE 11, CHAP. lil
semblable à l'autre, qu'elle ne doutait point, disait-elle, que son cpoux n'y fût trompé.
L'argent qui me revint de cette aventure me remit en état de jouer sur nouveaux frais. C'était effectivement une assez lielle ressource pour un marmiton; mais, hélas I tous ces rcaux allèrent bientôt tomber dans le gouffre qui avait englouti le produit de mes larcins précédens. Les gens avec qui je m'embarquais au jeu en savaient plus long que moi, quoique l'eusse appris parmi les guecix à filer la carte, à faire de fausses cou« pes , et plusieurs autres iours de filous.
Il arriva dans ce temps-là qu'il y eut un festin à préparer pour un prince étranger qui était depuis peu à Madrid : c'était un dîner. La veille du jour de ce repas, le cuisinier me mena de grand jnatîn avec lui dans la cuisine , où le pourvoyeur venait de faire apporter les viandes destinées pour le festin. Mon maître et moi, pendant que nous étions seuls , nous commençâmes à mettre à part ce que nous jugions devoir nous appartenir pour nos menus droits. Nous remplîmes un grand sac de longes de veaux, de jambons , de langues de bœufs , et de toute sorte de volailles , et nous le cachâmes dans un endroit où il demeura toute la journée. Quand la nuit fut venue, il me le mit sur les épaules, et m'ordonna de le porter secrètement chez lui , ce que je ne fis pas sans suer à grosses gouttes , tant la charge était pesante. Je revins ensuite à la cuisine, où il m'oc*
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cnpa jusqu'à minuit à plumer et h larder : alors, me chargeant d'un second sac dans lequel il y avait quelques levrauts, des faisans et des perdrix, il me dit : tiens, Gusman , emporte encore cela au logis , et va te reposer , mon ami. Tu diras à ma femme que je ne sais quand je pourrai TalkT trouver. Le menteur î il savait bien qu'il devait passer la nuit à l'hôtel, où sa présence était nécessaire, ayant des ordres à donner à tant d'autres cuisiniers qui travaillaient sous sa direction; mais il était un peu jaloux, quoique sa femm(> fût assez laide, et il ne parlait ainsi que pour la tenir en respect. Il craignait apparemment qu'elle ne laissât remplir sa place par quel- (jue bon voisin ; office que l'on rend quelquefois aux cuisiniers , comme aux autres maris absens.
Etant revenu dans notre maison , j'étalai dans une galerie toutes nos viandes , que je pendis à des clous le long du mur, ce qui formait une tapisserie très-agréable à la vue; après cela, je songeai à prendre le repos dont j'avais besoin. Ma maîtresse, qui couchait dans une salle basse, élait déjà au lit. Je montai dans mon appartement, qui était un grenier où il ne faisait pas moins chaud la nuit que le jour, à cause que le soleil y donnait depuis le matin jusqu'au soir. J*ôtai ma chemise pour être plus fraîchement, et je m'étendis .sur mon grabat, où je m'endormis ; mais mon sommeil , quoique des plus profonds ,