LIVRE II, CHAP. III. îi
fut dissipé une heure après par un bruit épouvantable de cbats qifi se battaient «^ outrance , et il nie sembla que la galerie leur servait de champ de bataille. Cela m'inquiéta. Ce serait bien le diable , dis-je en moi-même, si ces animaux har- . gnenx en voulaient b notre tapisserie ! il faut que j'aille voir de quoi il s'agit , et quel peut être le sujet de leur difiPërent. Là-dessus me voilà debout; et, sans perdre un temps si cher à mettre ma chemise, je m'empressai de descendre dans la galerie; mais à peine eus-je posé le pied snr mon échelle car je n'avais pas d'autre escalier, que mes yeux furent frappés d'une grande lumière qui me surprit et m*arréta tout court. Je tournai la télé pour découvrir la cause de cette clarté ; j€ vis une figure touîe nue comme la mienne , et si noire que je m'imaginais que c'était le diable; J'en tressaillis de peur. Ce fantôme était ma maîtresse, qui, s'étant éveillée au bruit du combat des matous, venait, avec une lampe à la main, au secours de nos faisans et de nos perdrix. Comme elle s'était aussi couchée in purls naiii» ralibtts^ elle avait, dans son empressement, négligé aussi bien que moi de prendre sa chemise. Nous croyant l'un et l'autre endormis, celte précaution nous avait paru superflue. Nous nous aperçûmes tons deux en même temps. Si je la pris pour un démon , elle me prit de son côté pour un lutin. Je poussai un cri horrible; elle y répondit par un autre de la même force, et s'enfuit dans
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8a chambre avec effroi. Je voulus, à son exeraplc , regagner mon galetas ; mais je glissât par malheur le long de l'échelle , et tombai dans la galerie si rudement que je me Gs quelques meurtrissures.
Je me relevai avec assez de peine, et cherchant à tâtons un endroit où je savais bien qu'il y avait un petit fusil , de la mèche d'Allemagne , des al* lumettes et plusieurs bouts de chandelles; j'en allumai un , avec quoi je parcourus la galerie , pour voir si les combattans n'y étaient point encore; mais nos cris les avaient épouvantés et mis eu fuite. Nous voyant délivrés de nos ennemis , j'examinai les pièces de notre tapisserie l'une après l'autre ; et en ayant fait un exact examen, je trouvai que la bataille sanglante dont le bruit jiovis avait réveillés la patronne et moi, venait de se donner pour un levraut tout lardé , que les chats s'étaient disputés avec tant de rage , qu'il n'en restait plus que les os.
Cela fut cause que je plaçai nos longes , nos faisans et nos perdrix de manière que, les croyant hors d'insulte, j'allai me recoucher; mais j« ne pus fermer l'oeil. Outre que je me sentais incommodé de ma chute, l'image de ma maîtresse s'offrait à mon esprit à chaque instant ; je m'imaginais avoir encore devant les yeux sa peau basanée.
L'effroyable créature qu'une pareille femme toute nue ! Enfin le jour étant venu chasser les