‹ Histoire de Henri le GrandChapitre 4 sur 8 · RE HE^T»! LE GRA^D. \J · texte numérisé non relu

RE HE^T»! LE GRA^D. \J

Rosny retourne précipitamment chez ^^9^ lui; il s enferme dans son cabinet, plein de trouble , d'agitation , ne sachant comment il pourra tenir la promesse qu'il vient de faire de premier mouvement pour calmer le roi. Il se met à feuilleter tousses mémoires; il cherche dans sa tête tous les moyens qu'on peut équitablement employer pour avoir promptement une somme considérable : après avoir bien calculé , bien réfléchi , il s'en tint au projet suivant , que l'on doit détailler , puisque cette opération sauva la France. Le voici tel qu il l'explique dans ses Mc^ nwin'S.

« Demander un don gratuit au clergé » pour deux années, en l'obligeant d'en » faire l'avance; faire une nouvelle créa- " tion d'offices par une augmentation » aux anciens; retarder d'une demi-année » le paiement des arrérages des sommes » empruntées aux partisans sous le der- » nier règne; augmenter le sel de qviin/e » sous par minot , ticrcer les entrées et » droits des rivières par une simple réapf> préciation : et comme ces établissemens f> ne donnoient , pour la plupart , de « l'argent qu'en espérance, commencer » par faire un emprunt de douze cent " mille livres sur les plus rif-hes , tant de » la cour (pie des principales villes du » royaume, et lcm-x\ssigucf leremboui-r-

ij8 histoire

> sèment sur pareille augmentai ion faite ' dans les gabelles et les cinq grosses ' fermes; et pour le surplus de ce qu'on ' auroit actuellement besoin de deniers

> comptans, obliger, par les pomsuites d'une chambre de justice, les lierniers traitans, qui avoient fait des fortunes

' considérables, à souffrir une taxe aussi

> en forme d emprunt.

» Ce plan, comme on voit, e'toit assez

> étendu , et mon intention , ajoute Sully, n étoit pas qu'on mît tous ces moyens en usage à la fi)is; mais ignorant combien de temps la guerre devoit durer , on pouvoit s'en servir successivement , en faisant précéder les moins onéreux.

A regard des troupes nécessaires , je crus qu'on ne pouvoit mieux faire que de les prendre dans les provinces du royaume qui n'en avoient plus besoin pour leur défense. » Mémoires de Sully,

tom. 3, pag. i3i et suiv.

Au bout de cinq jours d'un travail sans relâche , Rosny porta ce projet au roi , qui s'enferma avec lui pour l'examiner avec détail. Il dit à Henri que ce projet lui paroissoit une ressource assurée dans les besoins pressans , mais que sa majesté ne devoit pas penser (ju'il put s'exécuter sans ajouter encore aux anciennes plaies dont gémissoit la France; que tout nouvel impôt , de quelque manière qu'un le

DK HE^'RI LE GR.\>D. IjQ

flégiiisc , est un surcroit de malheur pour i^o: un état épuisé; néanmoins qu il étoit tranquille, certain que le roin'alloit continuer la guerre avec \ igueur que pour ])arvenir plus sûrement à une paix ])iompte et avantageuse; qu'en ini mot, ({uoiqiiela misère publique fut extrême, il osoit répondre que douze années dune paix continue suffiroient pour rendre flo- 1 issantesles affaires du royaume ( i ). Cette affaire fut portée au conseil après plusieius discussions ; on y dressa l'arrêt sur ce plan, que Rosny fut chargé de faire exécuter. On eut promptement tout l'argent nécessaire : les premiers qui en fournirent , et avec 1 empressement le plus louable , furent le clergé et la noblesse. Les troupes mandées arrivèrent de toutes parts; la reine d Angleterre envoya en outre quatre mille Anglois ; on ne songea plus qu'atout préparer pourla délivrance d'Amiens. Loisque tout fut prêt, le roi partit pour aller lui-même assurer ses frontières. Il donna un camp volant de quatre mille hommes de pied et de sept cents chevaux au maréchal de Biron , pour investir Amiens du côté de l'Artois. L'économie et lintelligence de Rosny , que le roi venoit de nommer surintendant' des finances , pourvurent si bien à

(i) Mémoires de SuUj; tom. 3 , pag. i34 *t suit-

iGo HISTOIRE

«597. tout , qu'on ne manqua de rien à ce siép;c; Rosny sut y ])rocurer Fabonilance des vivres, <}ii il fit taxer à un prix raisonnable. 11 étal)lit deux hôpitaux , précaution jusqu'alors inconnue; les malades y fuirent si bien traités, que Ton ap])ela ce siège /e siège de velours. Les assiégés se défendirent vaillamment , et Porto Carrero se distingua particulièrement à la première sortie, qui eut lieu le 12 de mai , et dans laquelle les Espagnols fondirent sur le quartier du maréchal de Riron : ils s'emparèrent d'un fort; mais Biron les en chassa , et les poursuivit si vivement jusquà la ville , (piils n'y seroient jamais rentrés, si quatre cents des leurs ne fussent sortis pour les recueillir et pour favoriser leur retraite. Deux jours après, Porto Carrero fit demander mie suspension d'armes , et à parler à Saint-Luc , qu'il connoissoil. Saint-Luc lui dit que le maréchal louoit son courage; qu'il s'intéressoit à la gloire d'un si vaillant homme , qu'un revers pouvoit altérer; qu'il lui conseilloit de capituler , et qu'il se chargeroit d'en faire les propositions. Porto Carrero, dont la vanité égal oit la bravoure, répondit que sa réputation n'étoît pas aussi brillante que celle du maréchal , mais qu il l'augrnenteroit; que le maréchal, s exposant plus qu un iîuire, lui en fourniroit l'oC'-

DE HENRI LE GRAND. l6l

rasîoTi ; qu'il le ferolt prisonnier , et qu'a- ^^91' lors il répondroit dignement à sa courtoisie. « Croyez-vous donc, reprit Saint- » Luc , qu'on prenne le niare'chal de j) Biron ai'cc un sac de iwLv? » Cette saillie, qui déconcerta le flegme espagnol , termina le pourparler , qui n'aboutit qu'à donner un ridicule à l'orgueilleux Porto Carrero. Il y eut encore plusieurs sorties , où les assiégeans et les assiégés montrèrent une égale bravoure.

Le roi apprit que l'archiduc s'avançoit vers Amiens avec son armée , et que Contrera, commissaire des troupes d Espagne , étoit parti de Douai avec un corps considérable pour reconnoître les chemins. Sur cet avis , Henri , après avoir chargé Mayenne de la conduite du siège , marcha à la rencontre de l'ennemi , accompagné du maréchal de Biron , et suivi de six ou sept cents chevaux. Il prit ensuite les devans avec cent gentilshommes choisis. En descendant une colline , il aperçut, avec étonnement, la troupe de Contrera qui sortoit d'un bois , et qui se trouva si proche , que le roi , prenant aussitôt son parti , fondit avec impétuosité sur elle , la culbuta et la dispersa. Contrera , épouvanté, se .^auva vers Bapaume , après avoir perdu deux cents chevaux et trois étendards , dont un fut pris par le roi. Après cet exploit , le roi 2. ,4

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'^07- revint à son camp , et pressa pins vivrinent que jnmais les travanx et les attaques, atind cm porter la place avant Farrjvëe (le l'archidnc. Dans un des assauts , les assiégés perdirent Porto Carrero , rjui lut tué d'un coup d'arquebuse. Le r(ji, de son côté, eut à regretter un officier de la plus grande distinction , Saint-Luc , grand maître de Tarilllerie.

Tandis que le roi et les guerriers françois se signaluient au siège d Amiens j)ar leurs travaux et leur intrépidité, les calvinistes , toujours excités par le duc de Bouillon, qui aVoit refusé au roi de le Suivre au siège, tenoiont encore des assemblées, dans Tespoir d'arracher au roi un édit plus favorable que les précédens. l)uplessis]Mornay ella Trimouille étoient de ce conqjlot (i). Ils savoient tous que le roi ne pourroit terminer le siège sans

(1) Ainsi que tl'Aubigné. Ce dernier, dans ses Mémoires , se plainf continuellemeut de Tingratitude du roi, et, par les faits qu'il raconte, il prouve sans cesse sa bonté. Le roi de INavarre, dit-il, croyant qu^on Tavoit fait prisonnier, mit ii part des bagues de la reine sa J'emme pour payer sa rançon, et ensuite, sur la fausse nouvelle qu'il avoit eu la tête tranchée, il témoigna un grand deuil et perdit le repos. D'Aubigné , dans ses Mémoires, conte encore que le roi, à la prière de Catherine de Médicis , irritée des satires de d'Aubigné, eut l'air de l'exiler ; mais il le voyoit la nuit. D'Aubigné , dans ce te^ups ,. négociait son mariage avec Uiademoisellc d-e Lezai : les [)arens le croyant tlis-

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leur secours, et c'est ainsi qu'ils prétentloient le5 lui faire acheter. Ils échouèrent, du moins en partie; mais il est certain que c'est à la conjoncture du siège d'Amiens et aux espérances que le roi fut obligé de leur donner, qu'ils durent le fameux édit de Nantes qui leur fut accordé l'année d'ensuite. Le noble fierté de Henri ne lui permit pas , dans un moment où il avoit besoin des calvinistes, de céder à leurs importunités et de s'engager positivement; mais il donna des espérances , et dans sa bouche c'étoient des promesses. Ces intrigues troublèrent plus d'une fois la joie de ses succès, néanmoins rien ne put ralentir son ardeur et son activité dans les opérations du siège. « Ce prince, dit Sully, ne trouvoit au- » cune opération militaire au dessous de » lui , et il les remplissoit toutes avec as-

gracié, voulurent rompre; le roi écrivit plusieurs lettres à mademoiselle de Lezai : on soutint qu'elles étoient supposées ; le roi alla chez les parens , y célébra les noces, y donna des fêtes et des carrousels. Voilà le roi que d'Au}ji;j;né appelle un prince ingrat : c'est d'Aubigné qui fut un sujet et un couitisan très-ingrat. Il fit les vers les plus insidtaiis contre lé roi , outre le quatrain que tout le monde connoît ; il entra avec ardeur dans toutes les cabalt s des. calvinistes : non-seulement jamais le roi ne le punit , mais ce prince disoit qu'il falloit l'excuser , jtarce que c'élùit là son humeur, et cjiCuuJ'ond il ii'ètoù fias ttiéihcint.

\Ch\ HISTOIRE

'**9:- » siduité ot un courao;e capable d'échanf- » fer les plus insensibles. »

Cependant , la valeur et la constance des assiégés donnèrent à Tarcliiduc le temps d'arriver à leur sccovirs avec vingt mille hommes de pied et quatre mille chevaux. Le vieux comte de Mansfeld en ctoit le maréchal de camp général : son grand âge et ses infirmités ne lui permettant pas de monter à cheval, il se Jaisoit porter en litière. Le duc d Aumale étoit aussi dans cette armée. Le roi, renforcé par des troupes amenées par le duc de INîontpensier , se trouvoit à la tête de vingt mille hommes de pied et de huit mille chevaux. Il vouloit aller au devant de lennemi ; c'étoit l'avis du maréchal de Biron, ce ne fut pas celui du duc de Mayenne. « Votre dessein, sire, dit-il, i> est de prendre Amiens et non de gagner .« une bataille; vos retranchemens sont p» très-forts, laissez votre armée derrière: » les Espagnols ne hasardent rien , ils » n'entreprendront pas de vous forcer. » Le roi , après une mûre réflexion , résolut d'attendre les ennemis.

L'archiduc vint camper à labbaye de Bettancourt. Aussitôt qu'il y fut arrivé , il fit faire une décharge de toute son artillerie pour avertir les assiégés de rapproche du secours. En même temps Charles de Longucval , comte de Bue-

DE HENRI LE CRANÏ). lG5

quoi, par ordre de l'archiduc , se détacha ^^97avec mille fantassins dans le dessein d'aller jeter un pont sur la rivière, au-dessous de Longpré , afin de faire passer un convoi de munitions destiné pour la place; mais Fervaques, IMontigny , Lanoue et de Vie firent échouer cette entreprise. Ils arrivèrent avec leurs détachemens, chargèrent les Espagnols , les taillèrent en pièces, mirent en fuite le comte de Bucquoi , s'emparèrent du pont et de la plus grande partie de son convoi. Cette heureuse journée valut au roi le gain dune bataille , car l'archiduc , après avoir fait reconnoître de tous côtés les retranchemens, les trouva si forts, qu'il prit le parti de se retirer le 1 6 sej^tembre. Le roi le suivit avec la plus grande partie de son armée : l'archiduc fut inquiété dans sa marche , mais il refusa toujours la bataille. « Je suis mal satisfait, dit Henri, » de la courtoisie des Espagnols , qui » n'ont pas voulu s'avancer dun seul pas » pour me recevoir , et ont refusé de » mauvaise grâce l'honneur que je leur » faisois. »

Le roi, de retour à son camp , fit som- Le roi renier de se rendre le marquis de Monte- P'^^tl A-

e la place: Henri, loin d être irrité par une si longue résistance^ donna des louanges au courage de ses ennemis , et leur accorda génércu-

lO>G HISTOIRE

^^97- sèment une capitulation honorable, qu'il eût pu refuser dans Tétat où ils ëtoient re'duits. Outre les conditions que Tilontenegro obiint, il demanda qu'on ne touchât point aux tombeaux de Porto Car- Tcro et des olïiciers morts pendant le siège; le roi y consentit, à condition qu'il n'y auroit rien d injurieux à la nation françoise sur ces monumens: c'est pourquoi on ota lépitaphe de la tombe de Porto Carrero , parce qu'elle étoit insultante pour la ville d'Amiens. Les François examinèrent avec surprise la cuirasse , le casque et les armes de ce brave Espagnol: elles ëtoient si petites, qu'ellesparoissoient ne pouvoir convenir qu'à un enfant de sept ou huit ans. Monténégro sortit de la

D' duila. ville le 20 septembre. Le roi, pour lui faire honneur , envoya au-devant de lui le connétable et le duc de Montbazori : ces deux seigneurs conduisirent Monténégro au roi , qu'ils trouvèrent à che\ al à une

- ■ demi-lieue d'Amiens , accompagné des

princes du sang et d'un corps de cavalerie,- Monténégro mit pied à terre, et, accolant la botte du roi , il lui dit en italien : Qu'il reiidoit cette place à un roi soldai, puisqu'il n'uioit pas pin à son maître de la faire secourir par des capitaines soldats ( 1 ).

(i) L'archidup. éloit cardinal : mais on sait qu'à Rome il y a i\^s cardinaux (pii ne suiif pas prôUt;;.

DE HENRI LE GRAND. l6~

INIalgré la vigoureuse diîfense des Espagnols, ce siège ne coûta au roi qu'environ six cents hommes; mais il y dépensa beaucoup d'argent , la) .int prodigué pour que les ofnciers et les soldats fussent conteiîs. Cette brillante expédition de Henri ranima pour lui l'attachement et l'enthousiasme des troupes, (le la noblesse et du peuple. Ce siège fut également glorieux pour le roi et pour l'armée. Les François eurent l'occasion d y déployer en mille rencontres , dans les assauts , daAs les combats, dans la défense et dans l'attaque . toute l'énergie de leur courage, leurs talens pour tous les genres de guerre, et contre des ennemis aussi braves qu expérimentés. Le roi , vainqueur des Espagnols, se trouvoit à la tête de la plus belle armée qu il eût encore commandée: l'ardeur qu elle avoit montrée, la gloire nouvelle qu elle venoit d'acquérir, étoient les gages, pour l'avenir, de son obéissance et de sa fidélité ( i ).

On trouve dans les mémoires du temps

(i) On pulilia dans ce temps beaucoup de vers sur le siège d'Amiens: mais, de toutes les pièces qui furent faites à ce sujet, le (juatraiu suivant mérite seul d'être cité :

Je ne sais qui des deux est le plus admirable D'avoir pris ou repris cet Amiens si lort ; Mais ie sais (jui des deux est le plus hoDorahle • De l'aruJr piis par fraudé ou reprU ]i:ir' é*F'<r^ , .| , ( Henri IV ptiiil jtiir lui-méjne. )

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1597. tin fait pariiculier, arrive sur la fin de cette année, qni mérite d'être rapporté, parce qu'il peint le caractère et la bonlé du roi. Un jeune gentilhomme nommé Saint-Phal , croyant avoir à se plaindre de Duplessis ÎNlornay, Tatlendit dans la rue, et, l'arrêtant, lui demanda raison de son procédé. Duplessis lui répondant avec douceur, Saint-Phal, tandis qu'il parloit encore, lui donna un coup de bâton sur la tête, le jeta sans connoissance à ses pieds, monta sur-le-champ à cheval, et se retira. Duplessis écrivit au roi pour lui demander justice de cet assassinat, et il en reçut cette réponse : Joiirnalde « jNIonsieiir Duplessis , j'ai un extrême Henri IP^ , „ déplaisii' de l'outrage que vous avez novembre ^^ ^.^^^^ ^ auquel je participe , et comme X roi et comme votre ami. Pour le pre- " mier, je vous en ferai justice et à moi » aussi. Si je ne portois que le second » titre , vous n'avez nul de qui l'épée fût « plus prête à dégainer, ni qui y apportât î> sa vie plus gaiment que moi. Tenez j) cela pour constant , quen effet je vous « rendrai office de roi, de maître et d'a- '> mi. Sur cette vérité, je finis, priant Dieu » de vous tenir en sa garde. »

Ensuite le roi ordonna de faire le procès à Saint-Phal, comme à un assassin:

.sa famille obtint sa grâce, sous la ccndition qu'il demànderoit pardon au roi

et à Diiplessis , en présence des principaux ^^0> seigneurs de la cour. Il se présenta sans épée devant le roi , comme étant indigne de la porter après une action si lâche ; mais lorsque le roi lui eut accordé sa grâce, il ordonna de lui rendre son épée, disant qu Hléioiiplus honorable à M. Duplessis d'être satisfait par un homme armé que désarmé.

Au commencement de Tannée iSgS, iSgS. Henri se trouvant enfin possesseur de Prélimitout son royaume, à Texception de la ï^'^^ires de Bretagne, n'eut plus qu'une pensée, celle ^t^shis^ de faire la paix, afin d'entrer dans une jnèzercn

nouvelle carrière de gloire, mille îois, Mémoires préférable à celle qu'il avoit parcourue de Sully. avec tant d'éclat. Les protestans étoient plus que jamais disposés à soutenir la guerre: tous les factieux craignent la paix , qui les prive des plus puissans moyens d'intriguer. iNIais Henri, pour cette fois, n'écouta que son cœur et les conseils de Rosny, et sa résolution de faire la paix fut inébranlable : il n'ignoroit pas que l'Espagne , épuisée d'hommes et d'argent, la désiroit aussi; le pape Clément VIIÏ en avoit déjà fait les premières ouvertures au commencement de l'année précédente.

Ce sage pontife avoit envoyé en Espagne un homme d'un grand mérite , Gonzague Catalagirone, général des cordeliers, qui fit ce voyage sous prétexte de visiter les 2. i5

i5o8. maisons de son ordre, mais en effet pour porter Philippe II à la paix : mission sainte, qid disposa favorablement le roi d'Espagne. Catalagirone en instruisit Henri, alors occupé dii siège d'Amiens, etcjui re'pondit gu£ le Ion n erre ijui groiiiJoit autour d'AiTiicjis l'assourdîssoit tellement, qu'il n'entendroit aucune voie d'accotd, qii 'Un 'eût repris cette ville. Sur cette réponse , Catalagirone s'étoit rendu à Bruxelles auprès de l'archiduc pour le préparer à la paix. Après la reddition d'Amiens, on reprit ces négociations. Les puissances belligérantes nommèrent des députés qui, au mois de février t5c)8, se rendirent dans la petite ville de Vervins pour y tenir des conférences relatives à la paix générale. Le cardinal Alexandre de jNlédicis, choisi par le pnpe et agréé par tous les princes , y parut avec le caractère apostolique de médialeur. On vit ainsi ce respectable prélat se mêler des affaires temporelles de la plus haute importance , mais uniquement pour protéger et pour soutenir les droits sacrés de l'hinnanité. Sa voix imposante et toujours pleine de douceur se fit entendre au milieu des discussions politiques , et domina sur toutes les autres. Ce vénérable personnage, d'une si grande réputation par SCS vertus et ses ialens, apparoissoit dans cette assemblée tumultueuse , coiame un

envoyé du Très-Haut : la beauté du rôle iSgS. fit écouter Torateur. Sou éloquence, véritablement divine, excita l'admiration universelle; il apaisa de cruels ressentimens par des maximes et des paroles évangéliques ; il modéra des ambitions démesurées, il demanda la paix au nom du ciel et de TEurope désolée, il l'obtint. Catalagirone , admis à ces conférences, seconda le cardinal avec beaucoup de zèle et de talent. Tandis que se tenoient ces fameuses assemblées , le conseil du roi débattoit cette même question : la plus grande partie vouloit la guerre , et ne manquoit pas de raisonnemens spécieux pour appu}er cette opinion; mais le roi fut inébranlable. Il répondit « que, s'il j) désiroit la paix , ce n'étoit pas qu'il i> craignit les fatigues de la guerre; qu'il j> savoit qu il étoit beaucoup plus facile }> et moins pénible de vêtir un harnois , » piquer un cheval et donner un coup i> d'épée , que faire des lois, tenir la main » à l'observation dicelles, être assis dans » un conseil à signer des arrêts et à exaj> miner des états de iinances; il ajoutoit » qu'il vouloit procurer le repos de la » chrétienté, et le soulagement, le bon- " heur de son peuple; qu'il savoit bien 1) que, dans l'état où étoient les affaires, j> il pourroit tirer de grands avantages w de la guerre; mais il considéroit avant

'''QS- » tout la tranquillité de son peuple, et » que foire la guerre pour Famour de la » guerre , (Hant une chose barbare , contre » les lois et la nature du christianisme, » un prince chrétien ne devoit jamais j> refuser la paix, à moins quelle ne fut » toui-à-fait désavantageuse. » Le roi qui cxprimoit de tels sent imensétoit un prince guerrier, vainqueur de tous ses ennemis, et qui , dans le cours de sa carrière militaire , avoit toujours offert la paix après chaque victoire!

Henri s'explicpia plus ouvertement encore en présence des ambassadeurs de la reine d'Angleterre et des Etats généraux , qui s'étoient rendus près de lui dans le dessein de l'engager à continuer la guerre , en lui offrant des secours considérables d'hommes et d'argent. Lie roi répondit , avec une profonde sagesse : « Que la conj> sidération de l'état de son royaume w devoit pour lui l'emporter sur toute » autre. 11 assura les ambassadeurs qu'en f> refusant les offres de leurs souverains, j> il ne se départoit point de l'amitié qui >• l'unissoit à eux depuis si long-temps, » et que la paix qu'il alloit conclure ne i. rempêcheroit pas de la maintenir. »

Enfm il leur détailla les motifs qui le déterminpient, avec une sincérité et une loyauté qui auroient ilù toucher l'amitié, mais qui jie satistireiit ludiement la po-

l'tiqne. Les ambassadeurs échouèrent dans ^^9^lonr négociation; mais ils quittèrent la cour pleins d'admii-ation pour le roi, et ils répandirent dans les pa}s étrangers, ceite opinion si bien justifiée depuis, que Henri , par sa sagesse et sa bonté , se placeroit au rang (les plus grands rois. Ce prince , voulant terminer l'important ouvrage commencé à Vervins, nomma, pour ses plénipotentiaires , Brulart de Sillery et Pom{)one de Bellièvrc.

En même temps le roi partit de Paris, Sonm-sau mois de février, avec un corps de •'"O" "^'^ '* troupes pour aller en Bretagne réduire '^'^^^■^S'^'^enfin lambilieux duc de ^Mercœur. Il leprit im grand nombre de places, entre autres, DinauL Le duc, furcé de se soumettre, eut recours à Tinépuisable l)onié du roi , qui lui accorda des conditions a\ antageuses. Cet accommodement fat terminé par les fiançailles de la fille du duc de jNlercœur, âgée seulement de six ans, avec le jeinie César (qui n'en avoit (]ne quatre) , fils naturel du roi et de la duchesse de Beaufort (i); en taveiu- de ce mariage, le roi fit à son fils une donation du duché de Vendôme.

Au mois d'avril de celte même année, le roi accorda aux protestans le fameux

(i) GabrIcHe d'Esltôes, appelée tl'ahoicl madame tit-'Liancourt, el ensuite duchesse de Beaufoil.

ï SgS. Edit de Nantes. Ce fut Touvrage de quatre hommes d\me grande habileté, Schomberg, Jeanin , de Thon et Colignon , qui , par ordre du roi , y travailloient depuis deux ans. Cet édit paroît avoir été fait sur cekii de Poitiers et sur les conventions de Bergerac et de Fleix, dont il rappelle souvent les dispositions, mais en les restreignant quelquefois et en ne les étendant Jamais. Néanmoins le roi, connue dans les anciens tdits, accordoit des places de sûreté, et sengageoit à en entretenir à ses frais les garnisons soumises aux calvinistes : il lui eût été d'autant plus difficile de refuser ces dangereuses gi aces , qu'il les avoit lui-même vivement sollicitées jadis pour ce même parti. Henri, dans la situation où il se trouvoit , fut obligé de donner cet édit; mais, à ne le considérer que sous des vues politiques , il ne pouvoit cire que très - funeste à la France (i). Un auteur bien éloigné de fronder les idées philosophiques du dernier siècle (M. Anquetil) n"a pu s'empêcher de faire , à ce sujet , les réflexions suivantes ;

« Après trente -neuf ans de guerre , » jusqu'à l'année i Sgg ; après tant de

(i) Par égard pour le légat, auquel on avoit tant d'obligations, cet édit ne' fut public qu'après soa départ de France en iSyg.

DE HENRÎ LE GRAT^D. \';!i

î> ruines, de pillages, de meurtres, d'in- » cendies, de profanations, d'assassinats, « la France, sous un monarque trioni- » phant , étoit encore ce qu'elle avoit été 3> sous des princes foibles et impuissans : » un royaume divisé , qui voyoit dans » son sein une religion différente de la » dominante, publiquement exercée; des w chefs de parti accrédités; une caisse » commune ; des citadelles indépendantes » du roi; des assemblées politiques per- » mises , et comme une république auto- » risée (naturellement remuante et sédii> tieuse) au milieu d'un état purement » monarchique. Combien le calvinisme » devint-il plus redoutable avec son esprit » d'indépendance , son s} stème d'égalité , « quand il lui fut permis de s'étendre « sous la garantie d'une loisolennellement » promulguée? »

Aussi Henri IV fut-il forcé de lutter pendant tout son règne contre les calvinistes ; et de quels talens , de quelle adresse, de quelle fermeté n'eut-il pas besoin pour les empêcher de replonger la France dans toute l'horreur des guerres civiles !

L'auteur de V Esprit de la Ligue ajoutée « Tout examiné au flambeau de la poli- >• tique et de la saine raison , il résulte j> que ceux qui blâment sans restriction « la révocation de l'Edit de Nantes res-

i5fî8.

^7^ IIISTOIUE

liujS. ^ semblent à un homme qui , revenu en j' pleine santé, munuureroit contre les ^' chirurgiens de ce qu'ils lui auroient « coupé un bras grangrené, et cela sous » prétexte que sa plaie se seroit peut-être i' guérie et qu'il se serviroit encore de » son bras. La douleur de l'opération est » passée : ne condamnons pas trop sévè- » rement ceux qui ont cru devoir la faire » pour notre sûreté (i). »

Ces importantes affaires n'avoient point ralenti l'activité des conférences de \ er- \ ins. Les articles de la paix furent enfin .vignes le 2 mai iSgS. De tous les grands négociateurs de ce temps, Sillery fut celui qui eut la gloire de contribuer le plus à la conclusion de cet important traité. r.onclusiou Lorsque le roi l'eut ratifié , il dit : « Je

«klapaixa-

■»tc l'tspa- — ■

S"'^' (1) Si Ton en croj'^oit les déclamations sur la

révocaliou de l'Edit de Nantes, n'pctées (comme les autres écrits phi/osophicfues), sans interruption pendant soixante ans , dans les conversations , dans les discours académiques , daus une multitude d'é- «•rifs en prose et en vers par les chefs de !a philosopiiie juoderne , par leurs nombreux associés , leurs disciples et ieiirs admirateurs, on seroit persuadû que rémigration des protestaas ravit alors à la i'rance toutes ses manufactures , tous ses arts et tous ses grands hommes : tandis qu'il est de fait que tous les orateurs, les moralistes , les poètes de jjénie, les savans , lei artistes eu tout genre, d'un mérite véritablement supérieur, étoient catholiques, tt par conséquent ne quittèrent point le royaume. Oue prouvei:! ces exagérations outrées? La haina

DE HENRI LE GRAND. J'jn

» viens de faire pins d'exploits d'un covip '^O^- >' de plume, que je n'en eusse pu faire " pendant une longue guerre avec les » meilleures épées de mon royaume ( i ). » En effet ce traité fut, de l'avis de tous les bons politiques, très-avantageux à la France. Le roi d'Espagne rendit Calais et toutes les places qu'il avoit en Picardie, avec le port de Bîavet en Bretagne. Une longue prolongation de guerre , beaucoup desangré[)anda , d'argent dépensé, n'auroient pu obtenir ( en supposant de grands succès) de meilleures conditions et un traité plus honorable.

Le duc de Savoie y étoit compris, pourvu qu'il restituât la ville de Barre et qu'il se soiuiiit à l'arbitrage du pape au sujet du marquisat de Saluces , que le duc avoit envahi sur la France vers la fin du règne de Henri IJÏ.

de la i-eligion et de la monarrhic. Ces ennemis insensés du culte, de la morale et des rois, alin de rt'pandi'e leurs idées dans FEiirope entière , ont produit lahorieusement des millions de livres superficiels et des bibliothèques si volumineuses, que la critique sVst perdue tlans cet abî.ne : nul ne pouvoit se flatter de vivre assez long-temps pour les réfuter tous. Mais ce soin étoit inutile ; il suffit de lire une douzaine de ces volumes : tous les autres (dans des stj^les à la vérité fort dissemblables) ue contiennent que les mêmes déclamations et les mêmes idées.

(i) Mémoires et Négociations pour la paix de Verv'ins.

Ï598, Aussitôt qne la paix fut conclue, on

la publia d abord à Nantes, où étoit le roi , et ensuite dans toutes les villes de France. Cette publication excita partout les transports de joie les plus éclatans. Le ïcà, avant de quitter la Bretagne pour retourner à Paris, rétablit Tordre et la tranquillité dans la province ; les états qu'il avoit assemblés pour agir de concert avec eux^ voulant lui témoigner lein- reconnoissance , lui offrirent un don gratuit de douze cent mille livres, qui lui fut très-utile dans la situation présente de ses affaires.

Le voyage de Henri depuis Nantes jusqu'à Paris fut sur toute la route un véritable triomphe et le plus glorieux qu'un roi puisse obtenir. Les peuples , .après avoir éprouvé toutes les calamités de l'anarchie , de la tyrannie , de la guerre, se précipitoient en foule sur le passage de Henri , avides de voir leur souverain légitime , qui venoit , comme un père , après une longue absence , rétablir l'union et la tranquillité dans sa famille; on bénissoit partout ce monarque magnanime qui n'avoit conquis son royaume que pour y ramener la justice et la paix. 11 recevoit avec atten(hissement ces tributs de reconnoissance et d'amour; mais combien son cœur dut souffrir en retrouvant dans tous les lieux

qu'il parcouroit les traces cruelles de la iSgS. guerre, des chaumières abandonnées, des villages drpeuples , des ternâs en friche ! Comme il examinoit tout avec lattention minutieuse d un reil paternel, il renîarqua un jour un champ parfaitement cultivé ; il voulut connoitre le paysan dont les malheurs du temps n'avoient pu décourager et ralentir lestimable activité; il écrivit son nom , et , peu de temps après, il lui envoya un épi d'or, en lui faisant dire de le porter toujours à son chapeau (i).

Le roi fut reçu à Paris avec les mêmes Soins et transports de joie. Henri profita de la travaux de paix , non pour se livrer aux plaisirs , le^hC/puI mais pour se consacrer tout entier au blic. travail. Il savoit que , s'il est impossible qu'un roi puisse entrer dans tous les petits détails des affaires, il est du moins indispensable qu il ne soit étranger à aucune des connoîssances nécessaires pour bien juger les différentes pai-ties de l'administration. Henri les acquit toutes , et surtout celles qui ont rapport à l'agriculture et aux finances , qu'il approfondit particulièrement (2). Ilosny , de conceTt avec

(i) Henri IT^ peint par lui-même.

(2) « Uu fait très-piYcieux , rapporte par Vittorio » Siii, nous prouve que sou estime pour Tagricul- » ture étoit fondée sur la coanoissance qu'il avoit

l80 HISTOIRE

iSy8. i,^i ^ travailla sans relâche à rétablir nn ordre stable dans les finances. Sa première opération fat h la fois une bonne action et un trait d'habileté, deux choses qid dans tous les temps se trouveront souvent naturellement réunies sous les administrateurs véritablement éclairés.

Oa libéra sans retour tous les agriculteurs de toutes les redevances des années précédentes , et on les soulagea pour le moment actuel de tout impôt onéreux.

Cet édlt , qui donnoit lieu à un si beau préambule, fut applaudi de toute la France ; il fit adorer le roi , et produisit le meilleur effet dans les pays étrangers. Si Ton avoit traité à la rigueur cette classe si intéressante, elle n'auroit pu payer qu'en se ruinant une foible partie

» de ses principes. Quanti le connétable de Castllle }> vint en France, Henri lui fit goûter du vin de ses 3) vignes, et lui dit : J^ ai une vigne , des vaches et i> autres choses, de cette espèce (fui me sont propres, '> et Je sais ii bien le ménage de la campagne , Que , j> comme homme particulier, je poui'rois encore V viwre commodément, n (^Henri If^ peint par luimême. )

Scaliger, en parlant de Henri IV, dit: « V A- » gricultura d'Olivier de Serres est fort belle ; elle » est dédite an roi, lequel, trois ou quatre mois » durant, se la faisoit apporter après dîner et la liii snit une demi-heure. »

On trouve dans VEloge d' Oliiner de Serres le détail de tous les services rendus par Henri IV à ra^riculture : ils sont immenses.

DE HENRI LE GRAND. l8l

(les sommes exigées, et ragriciilUire étoit })ei«lue : elle devint bientôt florissante, et lélat recouvra ses véritables richesses ( i ). Rosny trouva d'autres moyens de reniplir promptement les coffres du roi , et tous s'accordèrent avec la justice et la bonté paternelles du roi. Celui qui procura le plus d'argent fut une économie sévère, mais toujours royale, c'est-àdire, une économie qui ne supprima ni les récompenses ni les grâces accordées aux services et au mérite , et qui consista beaucoup moins à diminuer les dépenses qu'à les éclairer et à prévenir tout abus et toute espèce d'infidélité. Henri s'atta-

(i) Dans ce premier travail sur les finances, le

duc de Sully dit qu^il sentit qu'il étoit impossible

qu'une somme de trente millions seulement , perçue,

tous les ans , dans un royaume de la richesse et de

l'i tendue de la France , pût réduire les peuples dans

l'étal de misère où il les voyoit , et qu'il falloit que

les sommes consistant en vexations et faux frais

excédassent infiniment celles qui entroient dans les

cotlVes de sa majesté. Il prit la plume et entreprit ce

calcul immense : alors, poursuit-il, « Je vis, avec

» une liorreur qui augmenta mon zèle, que, pour

« ces trente millions qui revenoient au roi, il en

» sortoit de la bourse des particuliers (j'ai presque

» honte de le dire) cent cii'quante millions. La

5) chose me paroissoit inci'oyable, mais , à force de

» travail, j'en assurai la vérité ; je ne fus pas sur-

» pris, d'après cela, d'où venoit la calamité da

» peuple dans un temps où le commerce étoit nul,

y> l'industrie arrêtée , les fonds de terre sans va-

>' leur, etc. » {Mémoires de Sullj-, t. 3, pag. 197)

iSgS. cha aussi à réprimer les brigandages des soldats qui désoloient les provinces; il extermina les voleurs de gi ands chemins, et il rendit à la justice l'autorité que la licence des guerres avoit affoiblie. 11 mit Mémoires dans les places fortes , et surtout dans '$'"''(r- celles des frontières , des gouverneurs sur la fidélité desquels il pouvoit compter. Il supprima toutes les garnisons superflues; il réforma les troupes inutiles; il donna des ordres précis pour obliger les soldats à reîourner dans leurs villages , afin de cultiver les terres en friche; il mit sur pied un grand nombre de maréchaussées pour la sûreté des routes et pour arrêter les vagabonds ; il déclara hautement aux gentilshommes qu'il désiroit qu'ils se retirassent dans leurs châteaux , afin de rétablir et d'économiser leiu-s revenus ; il modéra le luxe excessif qui s'étoit introduit sous le règne de Henri III : il donna l'exemple de la réforme à cet égard, il s'habilloit simplement de drap gris avec nn pourpoint de satin ou de taffetas, sans découpures ni broderies ; il louoit ceux qui rimitoient et se moquoit des autres , qui portoienlsur leurs épaules leurs moulins et leurs bois de haute jutaie ; il réforma la superfluité qui régnoit sur les tables de sa maison ; enfin , dès la première année de la paix , il donna des ordres pour Ja réparatiou des villes dé-

DE HENRI LE GRAND. l83

niantelécs du royaume; il fit distribuer ^^gS. des dédoniniagemens aux habitans des villes et des campagnes qui avoient le plus souffert de la guerre. On le verra, par la suite , établir des manufactures , encourager le commerce, élever de beaux édifices , entreprendre et finir de grands travaux publics, et protéger les sciences, les lettres et les arts avec autant de discernement que de magnificence.

Durant la guerre , le roi avoit dû donner les premiers emplois à ceux qui , parmi la noblesse, s'étoient le plus dis^ tiugués par leur courage, leurs talens et leurs services .les deux Biron, Lesdiguieres. Bouillon, ^lontmorency , Aumont , Rosny , Grillon , la Châtre , Givry, Lanoue, de\ic, \ itry , Lacurée , Saint-Luc , et beaucoup d'autres. Pendant la paix , Henri pensa que les talens militaires méritent toujours d'être honorés alors même qu'ils sont heureusement devenus inutiles , parce que les guerriers fameux dont la carrière militaire est finie se trouvent élevés dans la société au rang illustre où les place l'histoire nationale , et qu'ils jouissent ainsi par avance des hommages de la postérité , glorieux avantage qui n'appartient qu'à eux; mais en même temps Henri sentit qu'après une paix bien cimentée il falioit , sans écarter la noblesse , recher*

^598. cher les personnes dont la profession," éloignée du liiniulte desarnu's, étoit de s instruire dos lois, désintérêts de Télat, des négociations et de la politique. Il n'admit à son conseil que des hommes intègres et d'une capacité reconnue , Rosny , Chiverny , Sillery , Bellièvre , • Sancy , Jeanin , Villeioi. Avec un tel

conseil , présidé par un tel roi , la France en peu d'années devint le royaume le plus florissant de l'Europe.

Intrigues Cependant le roi faisoit solliciter vivede la du- nient à Rome la cassation de son ma- Belufort^ riage : l'espérance qu'il avoit de l'obtenir causoit une grande intrigue à la cour.

Henri avoit pour la duchesse de Beaufort un attachement qui semhloit s'accroître chaque jour, et surtout depuis la naissance du duc de Vendôme. Toutes les âmes sensibles ont de la délicatesse : si elles s'égarent, c'est du moins sans dépravation. Henri n'eut jamais des moeurs déréglées : il eut une grande foiblesse sur ce point, non qu'il fût entraîné par son imagination , ou dominé par une femme, mais parce qu'il aimoit. Il est vrai que ses amours n'eurent aucune influence sur les affaires publiques; néanmoins on a peine à les excuser quand on songe qu'elles sont les seules taches d'une aussi belle vie : on les toléreroit plus facilement dans un prince moins digne d ad-

miration; mais comment ne pas ge'mir ^^9^tle ce fatal ascendant qui priva de la perfection un si grand caractère? La duchesse joignoit à la beauté les charmes de la douceur, de la décence, et beaucoup de qualités attachantes; mais en général les favorites ne pensent et n'agissent que d après les inspirations des intrigans qui s emparent de leur confiance : ainsi, les princes qui cèdent aux volontés de leurs inaîtressesnc sont menés en effet que par des gens auxquels ils n'accorderoient ni influence dans les affaires ni grâces extraordinaii^s. La duchesse de Beaufort, guidée par l'ambitieuse marquise de Sourdls, sa tante, osa élever ses yeux jusqu'au trône de France , avec le fol espoir d'y monter lorsque le mariage du roi seroit cassé. Plusieurs courtisans dont elle s'étoit fait aimer par la grâce de ses manières et surtout par des services réels , applaudirent à ce dessein , qui bientôt ne fut plus un secret. jMais elle essaya vainement d'obtenir le suffrage , du moins tacite, du sévère Rosnv. Elle acquit en mille occasions la certitude qu'il emploi eroit tout le pouvoir de la raison et de l'amitié pour détourner le roi de former une union si peu digne de lui. La duchesse devint l'ennemie déclarée de ce ministre inflexible, que rien ne pouvoit adoucir ou même émouvoir lors- 2. iCj

iSG HISTOIRE

lofjS. qu'il s'agîssoit de la gloire fie son sonve-

rain. Henri , affligé de lenr inimitié ,

voulut les réconcilier; il mena Rosny

Fermeté du chez la ducliesse : cette dernière , présu-

roi, et son jj^^j^^ ^^op de son asccndant sur le roi ,

amitie pour • t» i t i •

Uusny. traita Uosny avec une hauteur dédaigneuse et ensuite avec emportement.

Henri lui dit « Que la véritable cause » de son attachement pour elle étoit la » douceur qu'il avoit cru remarquer dans » son caractère , qu'il s'apcrcevoit de- }> puis quelque temps qu'il s'étoit trompé, j' mais qu'elle-même s'abuseroit étran- » gement , si elle pensoit qu'il fût capaj> ble de lui sacrifier un ami si fidèle , et i> qu'au contraire il lui ordonnoit de sur- » monter sa haine contre lui et de ne X se conduire à l'avenir que par ses con- >' se ils. »

A ces paroles , la duchesse éclata en reproches et surtout en invectives contre Rosny. Après qu'elle eut épuisé toutes les injures et toutes les calomnies, le roi, qui Tavoit laissée parler sans rinterrompre , lui répondit hoidement : « Je vois , * madame , qu'on vous a dressée à tout y> ceci pour essayer de me faire cha&ser j» un serviteur dont je ne puis me passer. » Vous ne me connoissez guère. Je vous « déclare que, si j'étois réduit à la né- ^' cessité de choisir de perdre l'un des « deux , je me passerois mieux de dix

j) maîtresses comme vous , que d'un ser- ^^Q^- » viteur comme lui. »

Ce discours foudroyant terrassa la duchesse. Elle perdit toute son audace ; elle devint humble, suppliante; elle fondit en larmes , et , en voyant le roi prêt à la quitter peut-être pour jamais, elle courut au-devant de lui pour l'arrêter; elle se jeta à ses pieds en protestant quelle n'auroit jamais d'autre volonté que la sienne; elle pria Rosny d'excuser un emportement qu'elle désavouoit. Le roi s'attendrit , il promit d'oublier le passé ; et , lorsqu'il fut sorti de l'appartement de la duchesse , il prit la main de Rosny et la serrant avec vivacité : Eh bien , mon ami ^ lui dit-il, n'ai-jdpas tenu bon?

Depuis ce jour , la duchesse montra tant de douceur et tant de considération pour Rosny , qu'elle reprit bientôt tous ses droits sur le cœur de Henri , qui n'attribua ses torts passes qu'aux mauvais conseils qu'elle avoit reçus. Rosny, mieux Mémoires traité que jamais par le roi , remarqua ^^ "^"^(rnéanmoins que ce prince devenoit triste et rêveur ; il devina qu'il étoit agité par quelque inquiétude secrète qu'il avoit besoin de confier et qu'il n'osoit découvrir. Deux fois , le roi lui ordonna de le suivre à la chasse , en le prévenant qu'il avoit quelque chose à lui dire; et cependant il garda le silence , et même à ces

l88 HISTOIRE

lugS. chasses il parut éviter de se trouver à l'écart avec lui , et il eut lair embarrassé. Confuleu- Enfin le roi le conduisit un jour dans un

Cl' du roi à • T c ■ i i .

Rosiiy jardui sans proierer une parole, en le tenant par la main , les doigts entrelacés dans les siens selon sa coutume , et il défendit qu'on laissât entrer personne dans ce jardin. Ce début préparoit Rosny à quelque grande confidence; mais Henri, pour se rassurer lui-même , commença par lui parler des affaires politiques : Rosiiy , qui l'examinoit attentivement , vit bien, à son émotion, que ce discours n'étoit qu'un prcambide. Le roi détailla les avantages sans nombre qu'un gouvernement tranquille alloit procurer à la France. Une seule chose , dit-il , Taffligeoit , c'étoit que , n'ayant point denfans de la reine son épouse , il alloit se donner des peines inutiles, puisque après sa mort les disputes des princes du sang pouvoient replonger la France dans les maux qu'elle avoit soufferts. Il s'arrêta avec un trouble visible; Ptosny prit la parole et convint qu'il falloit , après la dissolution de son mariage, se hâter d'en former un second. Le roi commença à examiner avec lui sur quelle princesse étrangère il pouvoit jeter les yeux; on les passa toutes en revue, et Henri trouva contre toutes les plus fortes objections; on vint aux princesses françoises , et toujours quelque défaut inex-

DE HEN^I LE GllAX». 189

cusal)le aux yeux du roi lui faisoit donner 1 5f)8, l'exclusion à chacune d'elles. Rosny , étonné , regardoit avec inquiétude le roi , dont le trouble sembloit s'accroître : ce prince ajoute qu'il veut une femnie belle , jeune , douce , spirituelle , une femme qui puisse le fixer et faire son bonheur , et que son choix est fait! A ces mots , Rosny reste pétrifié. Devinez son nom, poursuit le roi. Non , sire , repartit Rosny d'un

ton sévère , jamais je ne la nommerai

Henri reprend la parole , et le nom de la duchesse échappe de sa bouche. Rosny baisse les yeux et garde le silence ; c'étoit répondre.

Le roi n'avoit pas fait un aveu si pénible pour en demeurer là. Après un moment de réflexion : « Je vous ordonne , » dit-il , de me parler librement. Vous » avez acquis le droit de me dire mes vé- V rites , n'appréhendez pas que je m'en M fâche quand c'est entre nous deux. »

Rosny obéit : il s'exprima avec toute la franchise d'un ami véritable, toute la force d un sujet fidèle. Henri l'écouta en soupirant; mais on lui parloit de sa gloire , de celle du troue françois , et il fut aisément persuadé. Il embrassa Rosny, et lui promit de renoncer sans retour à cette idée : il tint parole (i). Si un vil

(i) Mémoires de Sully, tom. 3.. pag. 2o3 etsuiv.

IQO HISTOIRE

1598. flalteur eût eu sa confiance, ce grand prince , ce monarque le modèle des rois, eût abaissé son caractère par une faute irréparable. Quelle estime mérite la fermeté de Rosny ! Mais aussi quelles louan- ^es ne doit-on pas au prince qui , malgré la passion la plus violente , sait écouter ainsi la voix sévère de la raison , et qui , après l'avoir entendue , n'hésite pas à sacrifier à son devoir tout le bonheur de sa vie !

Au mois de septembre de cette année, les députés du clergé se rendirent au château de Monceaux pour faire au roi des représentations sur le mauvais état où se trouvoit l'église de France , dont ils lui détaillèrent tous les désordres, en lesup- Jounialde pliant de les aider à y remédier. Le roi Menn IV. ayant attentivement écouté ces remontrances , leur fit cette réponse mémorable :

Beau dis- « Jereconnois que ce que vous avez dit cours du roi „ pg^ véritable; mais je ne suis pas auteur du cleig'é.'^ " ^^ \qw?> ces maux , ils étoient introduits j> avant que je fusse venu. Pendant la » guerre, j'ai couru oii le feu étoit al- « Inmé , pour l'étouffer; maintenant que j) nous sommes en repos , je ferai ce que » veut le temps de la paix. Je sais que la » religion et la justice sont les colonnes « et les fondemens de ce royaume, qui » se conserve sous la piété ; et , quand

elles n'y serolent point, je les y vou- îSgS, drois établir , mais pied à pied , comme je fais en toutes choses. Je ferai en sorte , Dieu aidant, que l'église soit aussi bien qu'elle étoit il y a cent ans, mais il faut, par vos bons exemples, que vous répariez ce que les mauvais ont détruit , et que la vigilance recouvre ce que la nonchalance a perdu. \ous m'avez exhorté à mon devoir , je vous exhorte au vôtre ; faisons bien voirs et moi : mes prédécesseurs vous ont donné des paroles avec beaucoup d'appareil , et moi, avec ma jaquette grise, je vous donnerai des effets; je suis gris au -dehors, mais tout or au-dedans. J'écrirai à mon » conseil pour voir vos cahiers , et vous » pourvoirai le plus favorablement qu'il » sera possible, »

Quelques jours après, le roi fut tout à coup attaqué d'un mal subit qui causa de vives inquiétudes; il crut être dans le plus grand danger , et , voyant Rosny consterné au chevet de son lit : « IMon Mèmoh-es » ami , lui dit-il , je n'appréhende point ^^ Suîljr. i> la mort , je l'ai affrontée dans les grands » périls; mais j'avoue que j'ai regret de j> sortir de cette vie sans avoir pu mettre » ce royaume dans la splendeur que je 3> m'étois proposée , et sans avoir fait » connoître à mes peuples , en les goa- » vernant bien et les soulageajit de tant

192 niSTOIRE

> 5<j8. „ de subsides , que je les aime coinnie s'ils » étoient mes enfans. »

Paroles attendi-issantes, qui partoient du fond de son âme, et qui doivent rester gravées dans tous les cœurs françois. Cette maladie n'eut point de suite; au bout de peu de jours le roi fut parfaitement rétabli.

Mort de Un des plus mémorables événemens de Philippe II, cette année fut la mort de Philippe II,

roi u Lspa- • j^r? 1 \ r^ • n

^,j^e ^ roidJLspagne (i). Ce prmce, dune extrême indolence physique , et qui se confina toute sa vie au fond de son palais , eut la plus funeste activité desprit , une ambition sans bornes, et par consé<juent sans lumières et sans génie (2). Il voulut se faire déclarer empereur de tout le Nouveau - Monde , envahir l'Italie, et conquérir les trois royaumes de la Grande- Bretagne. Ce dernier projet lui coûta vingt millions , en six ans , dans les seuls préparatifs de la flotte qu'il nomma \ Invincible, et qui fut détruite par les tempêtes avant d'avoir pu combattre; il sub jugua les Pays-Bas; il bouleversa la monarchie françoise, dans le dessein de se

(i) Surnommé le démon du midi.

(2) L'Ecriture Sainte, par un seul trait de la plus haute sublimitt', a peint ce caractère : Ses désirs sont vastes Comme l' enfer j il est insatiable comme la mort.

saisir de ses débris, et d'étendre son sceptre ^^9^de fer sur ce pays , dont il avoit fomenté les troubles et fait ravager les villes et les campagnes; enfin il travailla avec ardeur à dépouiller de leurs états son propre oncle Ferdinand , et le roi des Romains INIaximilien , son neveu. Toutes ces brigues et toutes ces expéditions lui coûtèrent plus de sLv cents millions de ducats f Cette profusion n'est rien quand on songe à celle du sang qui fut répandu pendant ces guerres. Il sacrifia à son ambition , durant l'espace de quarante- deux ans, ving-t millions d'hommes , et réduisit en déserts plus de pays qu'il n'en possédoit en Europe! Que lui revint-il de tout ce fracas épouvantable? A la fin de ce long règne, quel fruit retira-t-il de tant de trésors et de sang prodigués? rien. La Providence lui arracha tout ce qu'il avoit usurpé; des revers humilians lui firent connoître, à la fin de sa carrière, ses erreurs et ses crimes : le plus orgueilleux des souverains ne fut 'éclairé que par la honte et sur le bord de la tombe ; la vérité ne lui apparut que terrible et foudroyante : il ne pouvoit plus réparer. En vain sa main débile traça pour son successeur des aveux flétrissans et des conseils infructueux : il savoit trop par lui-même combien sont superflues ces exhortations 2. 17

iSgS. tardives (i) , et que clans les rois la seule leçon politique et morale qui puisse être utile, c'est l'exemple de ce qu'ils ont fait , et le fruit des maximes qui les ont guidés. Philippe vit tout à coup avec terreur qu'il n'avoit eu que les plus fausses idées de la gloire et de la puissance; il connut que celui qui régit des états n'est équitablenicnt jugé que par ceux qu'il gouverne ; qu'il ne ]f)edt leur paroître habile , sage et grand , qu'en les rendant heureux ; qu'enfin la puissance agrandie outre mesure n'est qu'illusoire , parce que les ressorts, trop tendus, rompent facilement, et qu'on ne règne qu'aux lieux où l'on peut tout voir par ses propres yeux et se faire aimer et bénir personnellement.

C'est ainsi que Philippe, dans les angoisses d'une longue agonie, en voyant la mort prête à lui arracher son sceptre de fer , pensa , pour son supplice , en monarque, en philosophe chrétien (2), et qu'il se trouva dépouillé de toutes les illusions fimestes qui pervertissent les rois. Il ne lui resta que l'exécration de l'Europe , la honte , sans consolation , d'avoir échoué dans des projets odieux , gigan-

(i) Il les avoit reçues de Charles-Quint. (2) Comme ses écrits Fattesteut»

tesques (i) , un repentir inutile, des re- iSg?. mords déchirans et sans espoir d'expiation. « Philippe II, dit Fauteur de r^'^p//^ » de la Limie , regardoit les hommes " comme nés pour servir son ambition , » et la victoire n'auroit pas coûté un j> soupir à ce barbare s'il eût pu , sur des » monceaux de cadavres, monter sur le » trône de l'univers (2). » De tous les princes ambitieux, Philippe II est celui qui a le plus déshonoré l'esprit perturbateur et sanguinaire des conquêtes, parce que ce prince ne fut point guerrier, et que nul éclat personnel ne fit illusion sur 1 injustice de ses entreprises; mais, quand il auroit commandé ses armées , il n'eût été ni moins extravagant ni moins coupable; on trouveroit toujours dans son règne la même tyrannie , et dans ses projets et dans ses actions le même résultat : Folie, violence, desfrucfion.

La mort de ce prince fut affreuse , et Mémoires parut être, dit Sully, Teffet de la ven- tie Sully, geance divine. Sa maladie fut très-longue; ^^'if^^' son corps se couvrit eniievemcnt d' ulcères remplis de vermine, que tout le soin de ses ojficiers ne pouvoit nettoyer. Il eut, vingt-deux jours durant , ut i flux de sang

(t) II prétendoit, comme on sait, à la monarcîliie universelle.

(2) Esprit de la Ligue, tom, 3 , pag. 3 19,;

^598, par tous les conduits de son corps. Il mourut dans de grands sentimens de douleur, de résignation et de repentir, le dimanche i3 septembre i5g8 (i).

(i) « Ce prince, dans son testament, recommande » à son fils ( ce qui lui avoit été recommandé à luij) même par son père) de faire examiner si la posy> session du royaume de Navarre est légitime ( Tuw surpation en étoit bien évidente), afin de lesti- » tuer ce royaume à son légitime maître , si on doit » le faire selon les lois de la justice. Charles-Quint » on avoit dit autant à Philippe II ; Ferdinand et » Isabelle à Charles-Quint... liemettre ainsi l'effet j) d'une disposition que l'on croit juste , à un suc- » cesseur qui n'y aura aucun égard, c'est ce que » M. de Thou appelle se jouer impudemment de la )) Divinité. » ( Note de l'éditeur des Mémoires de Sullj-, toin. 3.)

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