‹ Histoire de Henri le GrandChapitre 6 sur 8 · H1^T0IRE · texte numérisé non relu

H1^T0IRE

i6o5. tout le monde , on crut généralement que l\osny alloit être dii^gracié sans retour. Ses ennemis, encoinagés, achevèrent de porter les derniers coups et de dt'chirer lame de Henri, auquel ils persuadoieat que Rosny tramoit une conspiration avec le duc d'tL]>ernon (i). Cependant le temps s écouloit, et le roi, ne découvrant rien de la prétendue conspiration , commença à douter de sa rtalité. La cour étoit à Fontainebleau. Un jour Rosny , voulant pour les affaires retourner à Paris, va prendre les or(Jres du roi; il le trouve au milieu des courtisans venus à son lever, se faisant botter dans son cabinet pour aller à la chasse. Aussitôt qu'il le vit entrer, il se leva à demi de dessus sa chaise, ayant un pied chaussé ^ et lui dit : « Bo/ijour. jnoriw sieur, au lieu des termes ordinaires » mon ami Rosny ou grand maître.

» ]Mais cependant , connue il prit un air » distrait et qu'il parla d un ton foible et i> bas, ^osny connut i^u'i/ n'y açoit nulle

(i) Le premier fondement <le cette calomnie fut un l)on procédé de Rosny pour d'Epernon, dont , par des motifs fort naturels . il ne parla point an roi , et que l'on découvrit à ce prince, en joignant h ce fait un tissu de faussetés, (jouime Rosuv avoit toujours liai d'Epernon , on persuada au roi qu'il ne surmorttoit cette antipathie et n'en faisoît un mystcrp au roi que pour tramer une couspiration.

DE ÎIEr^Rî LE GRA.ND. 3o3

» colèredansso/iaciion.^osny ût une in- ^^°' » clinalion beaucoup plus profonde quede n coutume, et Henriiniditdepuisquecette » révérence triste et cérémoniease Tavoît » tellement attendri , qu'il s'en étoit » peu fallu qu il ne vînt dans le moment >j môme se jeter à son cou. » Le roi resta rê%eur quelques momens, puis il dit à Beringhen qu'il ne faisoil pas assez beau pour aller à la chasse et qu'il le débottât ; Beringhen surpris répondit qu il faisoit très-beau , ce qui étoit en effet : « Non 5' fait , répliqvia Henri avec un mouve- « ment d impatience, et je ne veux pas » montera cheval, débottez-moi. » On obéit. Ensuite le roi niit la conversation sur des choses qu il croyoit devoir engager Rosny à parler , et voyant qu'il gardoit un respectueux silence, il prit Bellegarde par la main en disant : « iVÎ. le » gi'and écuyer, je veux parler à vous. » Il l'emmena à 1 autre extrémité du cabinet, et, comme il tournoit le dos à Rosny , il donna Tordre à un valet de chambre d avoir l'œil sur lui et de l avertir , s'il s'en alloii. Rosny resta immobile à la même place, et il remarqua que le roi de temps en temps se retoin*noit un peu pour le chercher des ) eux, Boilî'garde prit congé du roi , alors Rosny s'avança poiu* demander si sa majesté izavoit rien à lui ordonner ; « Où allez-

3o4 UÎSTOIKE

iGo5. „ VOUS? demanda Henri. A Paris, s'ire i » répondit Rosny , pour les affaires dont " votre majesté me parla il y a deux » jours. C est bienfait, reprit Henri, je « vous recommande toujours mes affaires » et que vous m'aimiez bien. » Et ilTenihràssa si/ii-ant son ancienne coutume , ce tjuil n'avoit pas fait depuis un mois.

Rosny se retira; un moment après on le rappela en lui disant que le roi le demandoit. Ce prince vint au-devant de lui : « Venez -çà, lui cria -t -il; n'avez -vous » rien à me dire? Non, sire, pour le » présent, répondit R.osny. Oh! si ai- je » bien moi à vous , » dit-il vivement. H le prit par la main et l'emmena dans Vallée des mûriers blancs. Il fit mettre à rentrée des canaux qui entouroient celte plantation deux suisses qui n'entendoient pas le françois , afin de n'être ni interrompu ni écouté par un groupe de courtisans très-inquiets qui se promenoient autour de cette allée, et qui, pouvant du moins voir ce qui se passoit , étoient fort attentifs à examiner tous les mouvemens du roi. Ce prince commença par embrasser étroitement deux, fois ïiosny . et il lui dit avec émotion « que la froideur >» et la réserve qu'ils avoient l'un avec « l'autre depuis un mois , dévoient être » trop sensibles à deux personnes accou- >> tumées depuis plus de vingt-trois ans à

DE HENRI LE GRAND. 3o5

1' ne se rien cacher, pour laisser durer i'^'^^' » plus long-temps cet élat d'une si pé- " nible contrainte; qu'il etoit temps d'ôw ter à ceux qui en étoient cause un su- » jet de joie et de triomphe. »

Le cœur de ce bon prince , dit Sully , s'ouvrant à mesure qu'il parloit, il ajouta qu il ne vouloit pas quaprès cet entretien il restât la moindre trace de mécontentement à l'un et à l'autre, et que pour cela il falloit se promettre réciproquement une entière franchise et une confiance sans bornes. « Je veux, poursui- » vît-il , que nous sortions dici , vous et » moi , le coeur net de tout soupçon, et w pleinement satisfaits tous deux; mais , >» encore un coup, comme je vais vous ou- » vrir mon cœur, ne me déguisez rien » de ce qui est dans le vôtre. »

Piosny lui en donna sa parole d'honneur. Alors le roi lui nomma tous ceux qui l'avoient desser^i auprès de lui, et <lans ce nombre se trouvoient quatre des courtisans qui dans ce moment se promenoient autour de Tallée des mûriers , et qui observoient cette scène avec une anxiété qui fut sûrement portée au comble lorsqu'ils virent le roi tirer de sa poche un long mémoire qu'ils avoient fait contre Rosny , et le lui remettre entre les malus. Une chose qui étonna particulièrement Fiosny en lisant ce mé~

3oG HISTOIRE

iGo5. nioii c , qui contenoit des calomnies afroces, c'est que le prince leplus éclairé et le plus spirituel n'eût pas remarqué qu'il étoit rempli d'impertinences pour lai :

par exemple, on y disoit que Rosny , sous ombre de prétendues compensations de vieilles dettes, rcndoit le roi avare et injuste pour ceux qui Vavoient bien servi; mais Henri étoit tellement préoccupé des accusations portées contre Rosny, qu'il n'avoit fait nulle attention à ce manque de respect. Rosny parla à son tour et se justifia avec une simplicité et une clarté qui ne laissèrent plus à Henri que le regret amer d'avoir pu douter de sa foi (i). Rosny finit ce discours par les protestations d une inviolable fidélité, et en appelant le roi, dit -il, de ces ieîidrcs noms qui avoient été de tout temps l'e.vpression de son zèle et de son attacne-

Mcr.ioircs ment pourcc prince. Tandisqu'il parloit , dcjSuiiy, Henri l'écoutoit avec un attendrissement

■ o.pag..^. ^^^^- gg peignoit sur sa physionomie (2),

(i) Le détail Jes calomnies faites contre le duc de Siillv est trop long pour être rapporté ici ; mais il faut le lire dans ses Mémoires pour avoir une idée de Tart pernicieux des calomniateurs , et de la vraisemblance que la haine et Fenvie savent donner aux accusations les plus extravagantes et les plus dénmcs de fondement.

(a) Henri avoit une sensibilité si profonde , que plusieurs mémoires de ce temps disent qu'il ne parîoil jamais avec une Yéritable affection sans pâlir.

et ce prince lui répondit d'une manière i^oS. si touchante , que Rosny voulut embrasser ses genoux : mais le roi ne le souffrit pas, dans la crainte que les courtisans , qui les épioient , n'imaginassent qu'il lui demandoit pardon. Il l'embrassa à plusieurs reprises , et l'assura qui/ ne se soui^iendroit de tout ce qui s'étoit passé que pour mieux sentir- l'obligation où il étoit de l'en aimer davantage. Piosny termine ainsi cette intéressante narration.

« Bien d'autres à ma place n'auroient Mémoires » plus songé , après cet entretien , qu'à i':f"^^J''>.P- » tirer vengeance de tous ceux que sa » majesté venoit de me faire connoître >> pour mes ennemis. Je rends grâce au n ciel de n'avoir pas même le reproche î> à me faire d'avoir eu un instant cette w pensée : j'ai soigneusement caché leurs » noms à mes secrétaires , et on ne les » verra point ici. L'exemple quils m'ont » donné de sentimens contraires , ne de- » truira point l'opinion où je suis que j) ces vengeances sont indignes d'un grand w cœur. »

Le roi , en sortant de l'allée des mûriers , prenant Rosny par la main , et s'avançant vers les courtisans toujours rassemblés , leur demanda quelle heure il étoit : on lui répondit qu'il étoit une heure après-midi , et qu'il s'étoit pro-

3o8 HISTOIRE

i6o5. mené bien long-temps. « Je vois ce que i> c'est , dit ce prince d'un ton qui fit }> pâlir bien fies visages ^ il y en a aux- » quels il a pins ennu} é qu'à moi ; mais " je veux bien vous dire à tous que j'aime j> Rosny plus que jamais, et qu'entre lui n et moi c'est à la vie et à là mort. Et j' vous, mon ami, poursuivit-il en s'a- » dressant à Rosny, allez-vous-en dîner w et m'aimez et servez comme vous avez » toujours fait , car j en suis content. » Le lendemain matin , le roi lui dit tout haut en présence de toute la cour : « Mon i> ami, vous ne sauriez croire comme j'ai » dormi d'un bon somme toute cette nuit , » pour m'être ainsi ëclairci et vous avoir i> ouvert mon cœur. »

Ainsi, la calomnie auprès de ce grand

roi ne servit qu'à fortifier son amitié

pour un sujet si fidèle, et qu'à redoubler

le zèle de Rosny pour son souverain.

Travaux Les travaux publics de cette année , dit

orJonnés Sully, scrout uu monumcut éternel à sa

pour^e ^ gloii'G- « H fit peindre et dorer la chapelle

bien pu- '> de Fontainebleau et percer la forêt; on

l)iic. „ fit à Paris la place et la rue Dauphine;

M on redressa un grand nombre de rues;

X on bâtit plusieurs quais. Les maisons

» royales furent remeublées et décorées;

» on réédifia des églises, des couvens et

» des hôpitaux; on répara et on cons-

» trui^it des places fortifiées; on fabriqua

DE HENRI LE GîlANU, 3or)

» nn grand nomlire de galères sur la ]Me'- ^^oditerranée; on remplit les magasins et les arsenaux; on acheta des pierreries , que 1 on joignit aux joyaux de la couronne. Les paieniens hors et dans le royaume se tirent à point nommé ( i ) , et après tout cela il resta , au bout de Tannée , une somme considérable , que Ion déposa dans le trésor de la Bastille. »

Henri fit en outre dans cette année beaucoup de libéralités; il augmenta les étrennes qu'il donnoit ordinairement (2), et il distribua un grand nombre de gra-

(i) Il faisoit , dans les pays étrangers, des pensions à des savans et à des gens de lettres.

C2) Ce détail, qui tien" aux étiquettes et qui peint les mœurs, est curieux. Le roi, cette année, donna les étrennes suivantes , que lui porta Rosny , qui le trouva encore au lit avec la reine : Trente raille fraars à la reine ; des bourses de jetons d argent aux filles d'honneur; quinze cents livi es aux femmes de chambre de la reine, et nutant a'.ix nourrices des Enfans de France. Il y avoi aussi, comme de coutume, une bourse de jetons d'or pour madame de Mong'al , gouvernante îles Enfans de France', mais la reine la retenait toujours pour elle Enfin, deui grands sacs de douzaine tout neufs ( petite monnoie), chacun (le cent écus, pour être distribués aux pauvres invalides. « Le roi -.lit : Mais Rosny , » donnerez- \o us aussi aux filles de la reine leurs « étrennes sans qu^elles vous viennent brjiser?Vrai- » nient, sire , r<'|iondit Rosnv, depuis (jue vous le » leur comman Aies un jour, je n'ai eu que faire de n les tn prier, elles me viennent bien baiser d'elles-

iCo5. tifications (i). Ce prince jouissoit avne délices du bien qu'il faisoit. Ce fut en récapitulant tous les travaux utiles de cette année qu'il s'écria : Oui , je ferai en sorte que le plus pauvre paysan puisse mander de la viande toutes les semaines, et, de plus, mettre tous les dimanches une poule dans son pot! Paroles échappées du cœur d'un roi véritablement paternel, et qui, parmi le peuple qui lui fut si cher , ont immortalisé son nom , son règne et sa bonté.

» mêmes sans que madame de Drou (leur gouver- » liante) , qui est si dévote , fasse autre chose qu'en » rire. Or çà, Rosny, continua le roi, me direzî) vous vérité ? laquelle baisez - vous de meilleur » cœur et trouvez-vous la plus belle ? Ma foi , sire , }) repartit Rosny, je ne saurois vous le dire, car » j'ai bien d'autres choses à faire qu'à juger de cela, » et je crois qu'elles pensent aussi peu à nion beau » nez, quemoi au leur; je les baise comme on fait » des reliques , en présentant mon offrande. » {^Mémoires de Sully , tom. 6. )

Outre ces étrennes , il y avoit encore neuf mille francs , our la comtesse de Moret, qui avoit succédé à la faveur de la marquise de Verneuil.

(i) Dans le nombre t!e ces gratifications il y en eut une de quatre mille francs pour le capitaine Lognac, mais ce n'étoit point celui dont s'étoit servi Henri III pour poignarder le duc de Guise aux états de Blois. Celui-ci ayant demand à Henri III pour récompense de ce meurtre un gouvernement, qui lui fut refusé , se relira méco'itenl en Guienne , où trèspeu de temps après, en allant à !a chasse , il fut tué d'un coup de pistolet par un gentilhomme qu'il avoit iusulté. [Chronol. noven. de Caj et, tom. i*^^'.)

DE HENRI LE GRAND. SlI

Les cal\ iulsles , to'ajours rnërontens , i^oS. toujours ennemis de la paix, formèrent Les calviquelques complots dans cette année. La "ent^excuèr reine iNJarguerite , reléguée au château je noud'Usson en Auvergne, en eut connois- veaux trousauce, et donna sur ces intrigues d'utiles avis au roi.

Les protestans demandèrent au roi la permission de tenir cette année leur assemblée à la Rochelle. Ce prince, informé de leurs dispositions, leur ordonna de s'assembler a Chalelleraut, ville du Poitou , dont Rosny étoit gouverneur , et il nomma Rosny pour assister de sa part à cette assemblée. L intégrité de ce ministre étoit si reconnue, que les catholiques approuvèrent ce choix , et que les calvinistes n osèrent s'en plaindre, quoiqu'ils fussent très- effrayés de l'idée qu ils alloient se trouver sous la surveillance d'un homme également éclairé, impartial et incorruptible. La reine INIarguerite quitta C^sson pour avoir une entrevue avec Rosny , lorsque celui-ci se rendit à Chatelleraut; il prit la route d'Orléans, et rencontra la reine à Cercote. Il eut un long entretien avec elle. Cette princesse lui donna beaucoup de lumières et des renseignemens utiles sur les espérances et les j)rojels des factieux. Le duc de Bouillon , quoiqu'il eût passé dans les pays étrangers , les exciîoit en secret , et

i6o5. Diiplessis iNIornay se rendoit. indigne dit surnom de sage qu'on lui avoit donné jusqu'alors , en secondant de tout son pouvoir des desseins ambitieux qui tendoient à bouleverser encore le royaume.

Ftosny, par sa vigilance et sa fermeté, sut prévenir de grands troubles , et lit Reîoiir de échouer des entreprises téméraires. En la reme récompense du service que INlarguerile :. I r.r.,r. «ivoit rcudu dans cette occasion , Henri 1 nivita à revenir a la cour, elle en étoit absente depuis près de vingt ans ; elle avoit eu la permission d'y retourner lorsqu'elle donna son consentement pour la cassation de son mariage, mais elle n'en avoit pas profité. iNIargueriie alla loger au château de Madrid dans le bois de Boulogne. Le roi et la reine allèrent la voir, elle fut toujours depuis parfaitement accueillie à la cour. Elle fixa sa demeure dans le faubourg Saint-Germain , dans une rue appelée depuis la rue des Petits-Augustins, parce que cette princesse y fit une fondation en faveur des religieux de cet ordre, auquel elle laissa son hôtel par son testament. Elle consacra le reste de ses jours à la religion et à la société des gens de lettres les plus estimables de son temps. Elle fit oublier ses erreurs par son esprit , la protection généreuse qu'elle accorda aux lettres , et par la sagesse de sa conduite depuis lé-

DE HENRI LE GRAND. 3l3

poque de son retour à Paris jusqu'à sa i6o5. mort (i).

On découvrit dans ce temps une cens- Conspirapiration formée pour livrer la ville de *'°°'^'"^*" ^larseille aux Espagnols. Le baron de !!°°„„Vc ^^'

M- • r , rargues.

eyrargues, convaincu d avoir lorme

cette conspiration, fut arrêté, ainsi que le secrétaire de Tambassade d'Espagne; ce qui donna lieu, dit Péréfixe, à beaucoup de discussions sur le droit des gens, Henri décida cette question : « Les am- '^ bassadeurs, dit -il, sont consacrés par » le droit des gens ; or ils le violent les r> premiers quand ils trament quelque V trahison contre l'état , ou contre le » prince auprès duquel leur maître les a w envoyés : par conséquent ce droit ne » les doit point mettre à couvert de la » recherche et de la punition. D'ailleurs

{i) On fit à cette princesse une rpitaplie , qui mérite d'être citée : on n'a guère fait de uieilleuxs vers dans ce temps. La voici :

Cette brillante fleur de l'arbre (les Valoys ,

En qui mourust le nom de tant de jiMissaiis roys,

Marguerite , pour qui tant de lauriers fleurirent ,

Pour qui laut de bouquets chez les Muses se firent ,

A vu fleurs et lauriers sur sa lête sceller,

F.t par un coup fatal les lys s'en détacher.

Las ! le cercle royal dont l'avoit couronnée ,

En tumulte et sans ordre , un trop prompt hyménée.

Rompu du raesme coup, devant ses pieds tombant,

La laissa comme un tronc dégiadé par les vents.

Espouse sans ospoux , et royne sans royaume ,

Vaine ombre du passé , grand et noble l'anlosme ,

Elle traisna depuis les restes de son sort,

El visl jusiju'àson nom mourir avant^a mort.

3l4 HISTOIRE

iCo5. „ Jl n'est point à présumer qu'ils soient » ambassadeurs et qu'ils représentent le » souverain qui les envoie , lorsqu'ils font » des lâchetés et des infidélités, lesquelles » il ne voudroit pas faire ni avouer. Tou- » tefois , il y a plus de générosité à n'user }> point en cela de la dernière rigueur , » mais de se réserver cet avantage cte les j> pouvoir châtier sans le faire. »

Cependant ce prince eut la générosité de faire relâcher le secrétaire , quoiqu'il fût pleinement convaincu. Le baron de INIeyrargues, auquel on fit son procès, fut condamné à mort et exécuté. Le jour même de son exécution, le roi courut le Attentat plus grand danger. Comme il passoit le de Jean de soir sur le Pont-Neuf, un homme ayant pénètre a travers des gardes, s élança sur lui, le saisit par son manteau, le renversa sur la croupe de son cheval , et l'auroit assassiné , si , dans 1 instant, les valets de pied ne 1 eussent arrêté. 11 étoit armé d'une baïonnette. Ce régicide s'nppeloit Jean de Lille; il étoit natif de Vimeux, près de Senlis. Ayant été interrogé, il ne lit que des réponses extravagantes. On prit des informations, et il fut attesté qu'il étoit depuis long-temps fou furieux. Le roi ne voulut pas qu'il fut mis à mort , on le condamna à une prison perpétuelle : il y mourut peu de temps après.

L'église vit cette année trois papes sur

Lille.

DE HENRI LE GRÂ^'D. 3l5

le Irône pontifical. Clément VIII, qui »6o5. mourut le troisième jour de mars, vivement regretté, et digne de 1 être par ses vertus, sa douceur et sa sagesse ; le roi parut très-affligé de la mort de ce grand pontife, auquel succéda Alexandre de Médicis, parent de la reine, qui avoit été légat en France, où il avoit fait admirer un si rare mérite. Il mourut vingt-cinq jours après son exaltation. Camille Borghèse, qui lui succéda, prit le nom de Paul V.

Il arriva cette même armée un événe- Pèréfixe. ment qui auroit pu causer quelques sou- Sagesse et lèvemens dans Paris, sans la sagesse et '^°."'^^"'^'^" la prudence du roi. On avoit proposé à ce prince et il avoit ordonné qu'il seroit fait un retranchement sur les rentes de l'hôtel-de-ville. On avoit pris pour prétexte qu'il avoit été commis beaucoup d'abus dans les constitutions originaires d'une partie de ces rentes. Des partisans en avoient avancé les fonds aux rois prédécesseurs de sa majesté, partie en deniers , et partie en acquit de certaines dettes de l'état ; ensuite ils les avoient vendues aux particuliers à bureau ouvert, en vertu d'édits enregistrés au Parlement. Il s'y étoit fait, il est vTai, beaucoup de malversations, et ces rentes étoient fort onéreuses à l'état. La difficulté étoit d'y apporter quelque remède sans faire tort

3lG HISTOIRE

i6o5. à ceux qui les avoient acquises de bonne foi, et qui en étoient propriétaires à titre de transport ou de succession. Si l'on faisoit ce retranchement, disoit-on entre autres choses dans les remontrances faites ■ iiu roi à ce sujet parles députés de la ville de Paris , il est impossible de refuser aux possesseurs actuels le recours de garantie contre les héritiers et ceux qui les ont vendues; ce qui occasionnera une quantité prodigieuse de procès.

Il se fit à rhôtel-de-ville plusieurs assemblées de bourgeois de Paris , dans lesquelles François Miron , prévôt des marchands, avoit parlé aux commissaires du roi avec beaucoup de fermeté, et avoit agi avec une grande vigueur pour empêcher ce retranchement.

Il se répandit en même temps parmi le peuple de Paris ie bruit qu'on menaçoit son magistrat , pour avoir pris trop vivement ses intérêts. Les bourgeois s'attroupèrent autour de sa maison pour le défendre. « Mais Miron , dit Péréfixe , » les pria instamment de se retirer et » de ne le point rendre criminel : il leur » remontra qu il n'y avoit rien à crain- » dre; qu ils avoient affaire à un roi aussi » grand et aus.si sage que doux et équi- » table , et qui ne se laissoit point emi> porter aux mouvemens des mauvais » conseillers. »

DE HENRI LK GRAND. 3lJ

Cependant ceux dont Miron avoit blâ- ^^°^' mé la conduite voulurent persuader au roi de punir ce magistrat et de le destituer de sa charge, traitant sa conduite et ses discours de témérité et de désobéissance. C'étoit sans doute une exagération; mais on peut dire avec vérité que tout citoyen en faveur duquel le peuple se soulève n'est jamais parfaitement innocent. On peut, avec de grandes vertus, gagner l'estime publique; mais quand on n'est ni sur le trône ni de la famalle royale , on ne devient point /'idole du peuple sans desseins et sans intrigues. Le peuple est , à cet égard, conmie toutes les autres puissances ; il faut toujours un peu de flatterie pour obtenir sa faveur intime. Un sujet vertueux et fidèle rapporte tout le mérite de ses conseils et de ses actions à l'utilité publique et à la gloire de son souverain ; ce n'est qu'ainsi qu'il peut véritablement servir l'état. C'est ce que fit Sully , et la postérité lui en tient compte.

Henri fut persuadé que Miron avoit eu au moins l'ambition de jouer un rôle éclatant, mais il répondit sagement; « L'autorité ne consiste pas toujours à w pousser les choses avec la dernière hau- « teur; il faut regarder le temps, les per- « sonnes et le sujet. Ayant été dix ans à « éteindre le feu de la guerre civile, j'en i> crains jusqu'aux moindres étincelles.

3rS HISTOIRE

i6o5. „ Paris m'a trop coûté pour me mettre i> en danger de le perdre , ce qui me sem- » bleroit infaillible si je suivois votre i> conseil, parce que je serois obligé de -»> faire de terribles exemples, qui m'ôtej> roient en peu de jours la gloire de ma i> clémence et l'amour de mes peuples , » que je prise autant et plus que ma cou- ?> ronne. J'ai éprouvé en cent occasions '> la fidélité et la probité de Miron , qui » n'a point de mauvaise intention ; mais j> sans doute il a cru être obligé, par le « devoir de sa charge , d'agir ainsi qu'il » a fait. S il lui esl échappé quelques paw rôles inconsidérées, je les veux bien *> pardonner à ses services passés. Après j> tout , si cet homme affectoit d'être mar- » tyr du public , je ne veux pas lui don- » ner cette gloire ni m'attirer les noms » de persécuteur et de tyran. Il reçut -» donc humainement , continue Peré- » fixe, les excuses et les très -humbles ^' soumissions de INliron, et il révoqua » les ordres qu'il avoit donnes pour cette » rechei"che des rentes qui avoit causé tant » de bruit. »

1606. Cependant il restoit encore au roi une

Mémoires affaire à terminer. Depuis quatre ans, le

éle Sully, (j^jc jg Bouillon avoit quitté le royaume

pour se retirer en Allcn^gne , d'où il

fomcntoit tous les tro\iltpr (pii s'étoient

élevés en France parmi les protcstans.

DE HENIll LE GRAND. SlQ

Le roi s'étoit empare de la principauté i^o^de Tuienne , mais il restoit au duc la ville et la forteresse de Sedan, qu'il croyoit imprenables. Henri , après l'avoir en vain sollicité de rentrer dans son devoir à des conditii)ns très-honorables , prit enfin la résolution de le réduire par la force. Il donna en conséquence ses ordres au duc de Sully. [C'est ainsi que s'appcloit Pvosny, dont la terre venoit d'être érigée en duché-pairie ( i ).] Henri voidoit se mettre à la tête de son armée au commencement du printemps ; mais il trouva beaucoup d opposition à ce dessein dans son conseil et parmi les courtisans, car le duc de Bouillon avoit un grand nombre d'amis

(i) Voîci, àce sujet, ce que dit le duc de Sully dans ses Mémoires : « Il nV eut aucun des seigneurs M de la cour, ni presque des grands du royaume , » qui ne me fît riiomieur de m'accompagner lo: s- » que je me présentai au Parlement pour la céré- » monie de ma réception. Elle fut encore plus ho- » noi'ée par la présence de tonas les princes du sang : » la grande chambre, la salle, toutes les galeries » et les cours mêmes , étoient si pleines, qu'à peine » ou pouvoit s'y touraer. J'amenai . au sortir, » soixante des plus distingués à l'Arsenal , où \&s » altendoit un repas en gras et en maigre, pour le- )) quel je n'avois rien épargné. Une surprise héu- » reuse pour moi fut d'y (rouve'.' sa majesté elle- » même, qui s'y étoit rendue pendant la cérémonie >> sans a^oir voulu m'en prévenir. M. le grand » maître, me cria le roi du plus loin qu'il me vil y> arriver, je suis venu au festin sans être prié , di

160G. à la conr. On exagéra au roi l'avanfn^e de la situation et des forlif. cal ions de Sedan; on prélendit qn il faiidioit au moins trois ans pour prendre celle place, en supposant ciu'on en vint à bout. Le roi tomba dans lirrésolulion. Sully, qui l'avoit pressé avec ardeur d attac^uer Sedan, fut accusé de n'agir que par une aninjosité particidière contre le duc de Bouillon : alors il cessa den parler. Henri remarqua ce silence. Il crut que la réflexion lui avoit fait sentir le danger de cette entreprise; il eut à ce sujet une explication avec lui, et ils convinrent qu'on tenteroit encore auprès de Bouillon une négociation par Tentremise de la prin-

» nerai-je mal? Cela pourroit bien être, sire, lui

» rôponilis-je , car je ne m'attenJois pas à tant

i> d honneur. Je vous assure que non, reprit ce

» prince, en interrompant mes reraercîmeus ; j'ai

i) visité vos cuisines en vous attendant, où j'ai va ,11 ■ ^^ r Ai ' i« .

» à-fait fraîches, et bu de votre vin d'Arbois, le » meiilfiir que j'aie jajnais bu. I.a gaîfô An roi » assaisonnant le plaisir de la table, le reste du 3) jour se passa k la satisfaction de tous les con- » vives. »

Une autre fois le roi, étant venu dîner à l'Arsenal, dit à Sully, k la fin du repas : Grand maître, venez m embrasser; je me tj'ouye si bien ici, fjite fyveux souper et coucher. Ce qu'il fit en eflet. (^iemoires de Sully. )

cesse (l'Orange , pour laquelle Henri avolt »^<^beaucoup d amitié , et qui avoit avec Bouillon des liaisons intimes ( i ). Le duc de Bouillon fut intraitable. Pendant toutes ces négociations supertlues, Sidly avoit trouvé le moyen d'avoir un plan très-exact de Sedan, qu il fit tracer tant en élévation qu'en superficie : le roi alla le voir à T Arsenal, emmenant avec lui beaucoup de courtisans; ces derniers ne manquèrent pas de trouver, contre l'avis de Sully, qu'il nétoit possible de prendre Sedan que par famine. Heureusement que le roi , qui s'y connoissuit mieux que personne , vit , ainsi que Sully , plusieurs défauts à cette place, qui le déterminèrent à l'aller assiéger sans délai.

Le dessein d'attaquer le duc de Bouil- D'-part Ju Ion devoit naturellement faire murmurer y°' P°"J les protestans , le duc avoit même compte Sedan. sur un soulèvement en sa faveur : une précaution très-simple prévint ce malheur. Sully écrivit à un calviniste à ce sujet , et sous prétexte de lui parler de confiance et d'amitié de l'affaire qui occnpoit tous les esprits , il entra dans le détail de tout ce que le roi avoit fait pour

(i) Cette princesse ctoit fille de rainiral de Coliguy. Elle fut mariée en premières noces au comte de Tcligny, tué le jour de la Saint-Barthelemi, et en secondes noces à Guillaume de Nassau, prince d'Uran^'e, dout elle étoit veuve alors.

3l1 HISTOIRE

iCoG. éviter cet éclat. La lettre devînt publique comme Favoit prévu Sully, et elle produisit tout l'effet qu'il en avoif espéré.

Henri partit de Fontainebleau pour

cette expédition sur la fin de mars. « On

w voyoit , dit Sully , le cœur de Henri s é-

» panouir , et son ancieinie ardeur re-

» naitre sur son visage en reprenant son

i> premier métier. Il s'amusa à chasser en

i> route ; il écrivit à Sidly qu il avoit

» manqué son cerf, mais qu'il avoit pris

j) deux loups, ce qu il regardoit comme

« un augure favorable. » Il passa par

Reims, où il resta quelques jours pour

faire ses pàques. Il y fut joint par toute la

Le tîic de noblesse du pays. Le duc de Bouillon

Bouiilouse n'ayant rien à opposer à de telles forces ,

soumet. ^^ |^^ ^^ ^^ ^^ soumettrc. Le roi lui mon-

lu iT^"*^^ tra une clémence et une bonté sans

bornes ; il daigna conclure avec lui un

traiic ayant pour titre : Articles de la

proieci'wn de Sedan et de Raucourt.

Le duc promit de livrer Sedan et sa forteresse, à la seule condition que le roi lui accorderoit une abolition générale et le rétabliroit dans ses bonnes grâces. Le duc vint à Doncbery trouver Henri , il se jeta à ses genoux en lui demandant pardon de tout le passé. Le roi , que les seules apparences du repentir toucboient jusqu'au fond de l'àme , le releva , le serra dans ses bras , et , perdant tout à coup et

sans retour le souvenir d'une si coupable '^'^^• rébellion , il ne vit plus en lui qu'un ancien ami, et de ce moment il le traita avec autant de cordialité que s'il ne se fût jamais écarté de son devoir.

Henri , maître de Sedan , écrivit à la princesse d'Orange :

« Ma cousine, je dirai, comme Cé- » sar : Veni, vidi , vici. Je suis venu , j'ai y> vu , j'ai vaincu; ou, comme dit la chan- » son ;

» Trois jours durèrent mes amours , » Et se finirent en trois jours ,

j' tant j'étois amoureux de Sedan! Vous » pouvez maintenant dire si je suis véri- » table ou non , et si je savois mieux l'état » de cette place que ceux qui vouloient w me faire croire que je ne la prendrois }> de trois ans. >»

Le roi , qui ne pouvoit pardonner à demi, remit cette place au duc de Bouillon un mois après, et comme beaucoup de personnes (lésapprouvoient cet excès de confiance , Henri , pour excuser sa bonté , dit quil aimoit mieux voir le duc à Sedan que dans les cours d'Allemagne.

Le roi revint dans sa capitale à petites Enthoujournées, car il fut. obligé de marcher «j»^'^'^ .'^•'"s

lentement d.'.ns les chemins pour ne rien ^''' "ǰ'^ . j 1 1 - . !• • 1 * 1 i-i pourieroi.

perdre des bencdictjons (ki peuple, qu il

trouvoit rassemblé en foule sur sa route.

i6oG.

3^4 inSTOlRE

On l'aTrétoît , on le siiivoit , non poni" lui riemanfler des grâces , son affection pateiiielle avoit prévenu les voeux de ses ènfans, elle avoit assuré leur bonheur; mais les paysans, les laboureurs lenvironnoient pour le remercier, pour lui donner les plus tendres noms , pour entendre sa voix chérie , et pour recueillir des paroles de bonté , qui dévoient devenir les immortelles traditions des hameaux !

Ija ville de Paris , par un sentiment touchant d'amour et d admiration , lui envoya des députés pour le conjurer de rentrer dans ses murs avec un éclat digne de sa puissance et de ses prospérités; elle vouloit jouir de cet appareil royal et de sa gloire, qui, loin de retracer des souvenirs d oppression et de tyrannie , ne rappeloient à tous les cœurs que des idées de bonheur , de clémence et d'amour.

Pour donner aux Parisiens cette douce satisfaction , le roi partit de bonne heure de la Roquette, où il avoit pris un léger repas. Lorsqu'il entra dans le faubourg Saint-Antoine, plusieurs salves d'artillerie que le duc de Sully avoit fait préparer h la Bastille et à l'Arsenal, annoncèrent sa marche : aussitôt, dans l'étendue entière de la ville s'élève ce cri parti du cœur : Voilà h roi! Tous les travaux

sont abantlonnôs ; chacun sort en tiiniul te i ^0*5. des maisons, où restent seulement les infirmes , qui ne verront pas Henri , mais qui prieront Dieu pour lui! Ceux même qui savent que le cortège royal passera sous leurs fenêtres , descendent dans les rues : ils seront plus près du roi. Des troupes denfans, des bandes d'écoliers s'échappent de leurs classes et des mains de leurs surveillans. Dans ce jour de , fête, on ne reconnoît plus d'autorité; mais l'insubordination ne sauroit produire le désordre, toutes les âmes sont réunies par le plus doux sentiment et par le même enthousiasme : cette troupe aimable , si naïve , si passionne'e dans ses affections , court impétueusement audevant du roi pour aller jeter sur ses pas des branches de laurier , et , dans les acclamations publiques , leurs voix argentines et pures se font distinguer pardessus toutes les autres. Les rues par lesquelles le roi devoit passer étaient décorées de superbes tapisseries et jonchées de fleurs; tous les hommes se rangèrent sur Je pas des portes ou le long des murs , et les dames de la cour et de la ville, dans une parure éblouissante , se montroient aux fenêtres et svir les balcons. Henri , monté sur un cheval blanc , étoil précédé par plus de huit cents seigneurs et gentilshommes magnifiquement habillés , et

iGo6. par les quatre princes du sang. Le roi , avec l'expression de la plus douce satisfaction , saluoit les dames , niarchoit au j)etitpas, s'arrêtoit souvent, pressé par la foule qui l'entouroit. Cette marche triomphale d'un père adoré dura si longtemps, que le roi n'arriva au Louvre qu'à la nuit. Ce prince, vivement touché de l'accueil qu'il avoit reçu, en témoigna toute sa joie : « Je suis bien recompensé, » dit-il, de mes travaux, des chagrins w que j'ai soufferts , et des soins que je » me suis donnés , puisque je trouve un » peuple si reconnoissant. »

Henri IV , à cette époque , étoit parvenu au plus haut degré de gloire et de prospérité. Tout étoit soumis, tranquille dans le royaume, et la félicité publique sembloit ne pouvoir plus s'accroître; lui seul désiroit et vouloit qu'elle augmentât encore.

Tous les bons rois aiment et protègent les lettres; ils savent qu'elles seules éterniseront la mémoire de leurs grandes actions : Henri fut un bienfaiteur éclairé des savans et des littérateurs les plus distingués , françois et étrangers de son siècle. Il donna aux rois qui l'ont suivi ce noble exemple, qui depuis répandit tant d'éclat sur le règne de Louis XIV; il ouvrit à ses successeurs cette brillante carrière , où la gloire distribue les mêmes lauriers

aux littérateurs, aux savans , aux artistes ^^°^' et aux princes qui les protègent , en donnant à leurs talens une direction utile.

Dans sa jeunesse, Henri avoit aug- ï^enri, mente la bibliothèque desespères à Ven- J^'euiaiteur

.. T» 1 • -I M 1 des savans,

dome : le poète Konsard, si célèbre alors, ^es gens de reçut de Henri , pour un sonnet qu'il fit letires et à la louange de ce prince, une partie '^'^^'^'^^'^^^^^• considérable de la forêt de Vendôme , ville qui étoit le patrimoine des Bourbons et la patrie de ce poète ( i ).

Peu de jours après l'entrée du roi dans sa capitale, Passerat, l'un des plus beaux De V amour esprits de ce siècle, ouvrit par ses ordres d^HenniK

■t , \ 1 T 1 r r pour les let-

les écoles publiques : les professeurs lu- Ç,.g,

(i) Une singularité d'une autre pièce de vers adressée à Henri par ce même poêle, c'est que, dans un temps où il y avcit encore trois princes vivant de la maison de Valois , Ronsartl prédit à Heuri qu'il parviendra au trône de France :

Mon ))i-ince , illustre sang de la race Bourbonne ,

A qui le ciel promet de porter la couronne

Que Ion grand saint Louis porta dessus le front, etc.

L'amour de Henri IV pour les Lettres étoit héréditaire dans sa famille, du côté maternel. Son aïeule , Marguerite de Valois , sœur de François !>"■, fut la première femme françoisc auteur qui s'acquit dans la littérature une grande réputation ; Jeanne d'Albret eut un mérite littéraire très-distingné pour son temps ; Henri IV et la ducliesse de Bar sa sœur montrèrent les mêmes talens : la duchesse s'occupoit avec succès de la poésie, plusieurs pièces de vers de cette princesse sont parvenues jusqu'à nous.

SaS HISTOIRE

iCoG. reiiî tons rappelés et. admis à l'audience du monarque, (jui les reçut avec cette affabilité qui doiinoit un chaniie particulier aux grâces qu il accordoit; il leur annonça qu il augmentoit leurs honoraires de moitié : J'airne inii'u,r^ dit-il, qu'on diminue la dr pense de ma table , et que ha hommes le tirés et mes lecteurs Joient bien payés. Henri donna aux jésuites sa maison de la Flèche , où le roi de Navarre sonpèieavoit été marié, pour en faire un colli ge. 11 y payoit les pensions d'une grande quantité de jeunes gentilshommes qu'il y faisoit instruire eu toutes sortes d exercices; il daigna s'occuper lui-mciiiC ée& détails qui pouvoient rendre cet établissement plus utile et plus conforme à ses vues paternelles. Par la suite , les jésuites obtinrent du roi une somme de cent mille écus pour augmenter leurs bàtimens et le nombre de leurs élèves, et sous ce règne ils établirent encore , grâces aux libéralités du roi , plusieurs autres collèges. Henri écrivit de sa main au fameux Casaubon pour l'engager à venirs'établir « en France avec sa famille; » il voulut fixer à Paris le jeune Grotius, » dont la réputation naissante commen- » çoit à illustrer les Pays-Bas, et qui se » vante dans ses écrits d'avoir touché la » main victorieuse et hienjaisante du >' héros de la France. » Henri combla de

DE HENRI LE GRAND. SsQ

bienfaits beaucoup (Vautres gens de let- ï6o6. très, Cayet, le Febvre, Jusie-Lipse (i), Fenouillet (2) qu il fit évêque de Montpellier , Félocpient François de Saies , dont il révéroit lesni l'urs et la saifiteté, et dont il adniiroit les talens et les pieux et touchans ouvrages; Coeffeteau, qui, dans l'obscurité du cloître , rei.dit tant de services aux lettres; les cardinaux d'Ossat et du Perron; Berfaut, éveque de Scez , connu par d agréables poésies qu'on lit encore. Cet éveque, aussi reconimandable par ses vertus qae par ses talens, dit, dans un de ses discours, que Henri IV^ n'eut jamais connaissance d'aucun excellent personnage hors de son royaume , et surtout recommandable pour la gloire des lettres , qu 'il ne les favorisât de quelque honnête pension. Péréfixe ajoute qu 'il en donnait à plusieurs hommes doctes dans l'Italie^ dans l'Al-

(1) On nommoit dans ce temps Juste-Li'pse^ Scaliger et Casaubon les triumvirs de la république des lettres. Sully, un jour de mau- aise humeur, ne voulant pas payer la pension de Casaubon , celai-ci s'en plaignit au roi. M. Casaubon, lui dit Henri, que cela ne vous mette pas en peine. J\ii partagé avec M. de Sully ; il a toutes les mauvaises affaires , et moi, je me suis réservé les bonnes, i^uand iijaudra aller à lui pour vos appointemens , venez à moi auparavant, je vous dirai le mot du guet pour être payé facilement tout de suite.

(2) L'un des plus grande orateurs de son temps. 2. 28

xCo6. lemagnc et duns la Hollande , et quil prenait soin lui-même de les leur j aire tenir. Il traita avec la même bonté Pasquier(i), Sainte-Marthe , et de Thon, historien justement renommé à beaucoup d'égards , et condamnable à quelques autres ; les poètes Régnier , Desportes , Malherbe, dont les beaux vers commencèrent à fixer la langue Françoise, et qui fut digne de chanter Henri IV (2). Henri choisit ponr son historiographe Pierre Mathieu; cependant ce même écrivain

(i) Lors (lu traité de Vervins, Pasquier, déjà célèbre par ses écrits et ses plaidoyers , fit un hymne à la paix, qu'il dédia et qu'il présenta à Henri IV au milieu de toute sa cour. Ce prince , en recevant Touvrage, en lut tout haut sur-le-champ une grande quantité de vers , en donnant k Tauteur les éloges les

Ï)lus flatteurs; ensuite il ajouta qu'il se le feroitreire tout entier. Henri accueilloit ainsi toujours les ^ens de lettres : tous les bons ouvrages de ce temps lui furent dédiés.

(2) Dans les derniers vers qu'il fit pour ce grand Toi, on ne peut oublier ceux-ci :

Par les Muses seulement

L'homme est exempt de la Parque,

Et ce qui porte leur marque

Demeure élernellement.

Par elles , traçant l'histoire

De tes fails laborieux ,

Je Jéfendrai ta mémoire

Du trépas injurieux ;

Et quelque assaut que te fasse

L'oubli , par qui tout s'efl"ace ,

Ta louange dans mes vers ,

D'Amaranthe conronnéc ,

N'aura sa fin terminée

Qu'eu celle de l'univers.

DE HENRI LE GîI.\?:D, ôô l

avoit jadis été un ligueur furieux. Dans ^SoS. une tnauvaisc tragédie , intitulée la Gidsiade ^ il avoit outragé le roi de Navarre de la manière la plus sensible. Le roi oublia ses vers et ses injures et l'atlacha à sa personne, il n'eut pas lieu de s'en repentir : depuis cette époque , Mathieu lui fut entièrement dévoué (i). Un jour qu il lui lisoit quelques pages de son histoire où il parloit de son penchant pour les femmes , Henri l'interrompit : « A " quoi bon, dit-il, révéler mes foibles- » ses? » L'historien lui représenta que son devoir étoit de ne pas les dissimuler. Oiiî^ reprit le roi après un moment de silence, il faut dire la vérité tout entière; si on se taisoit sur mes fautes , on ne croirait pas h reste. Eh bien, écrivezles donc , et surtout afn que mon fils les évite. Il sut réprimer dans les écrits la licence, et n y toléra jamais 1 impiété ; mais tous les écrivains jouirent d'ailleurs dune très-grande liberté sous son règne. Toute personnalité injurieuse fiit interdite ; mais il fut permis de censurer sans ménagement tous les mauvais principes que la religion, la morale et la justice condamnent; liberté beaucoup plus éten-

(i) Le roi eut la même générosité pour l'IiisforieuFauchet, qui avoit fait (Jes vers contre lui, ce «jui uc reiupccha pas de lui donner une pensioi).

iCoG.

332 IIlSTOIllE

(lue qu'elle ne paroît l'être, et la seule qu'un écrivain puisse légitimement désirer (i). Henri, le roi le plus philantrope qui ait existé , devoit mépriser toute espèce de tyrannie, et fut en efiet le plus sincère ami de la liberté : il répctoit soiivent cette maxime : Ln pvcniicre loi du somcrain est de les obsener toutes, et il a lui-même deux souverains , Dieu et la loi (2).

Ciiarles le Sage est le fondateur de la Bibliothèque royale: on regarda connue

(i) Ou a joui 2'l*'îiiement de cette véritable et sainte liberté .sous le règne de Louis XIV. Tandis que Bossuet tonnoit daus la chaire de vérité contre la querre et les conquêtes , le duc de la Rochefoucauld ceusuroit les vices les plus communs k la cour; la Bruvère se moquoit de la flat erie , de l'ambition : il coudaninoit le faste dans les souverains ; il représentoil un pasteur avec une panetière, une houlefte d'or, et il di-oit : Que fait tant cFor à son tr-oupeau ? etc. Il est vrai qu'alors on étoit assuré que ces écrivains ne parioient que pour l'intérêt de Ja morale et des mœurs. Des motifs si purs doivent donner le droit de s'exprimer sans contrainte; ruais ces mêmes critiques , faites par des i^eis universellement reconnus pour être ujal inlentionnés , ne seroient plus que des tléciaraatious dangereuses. Aii;si le . bonnes intentions assurent la liberté publique, les mauvaises doivent natur. llement la restreindre.

(2) C'est ce même prince qu! disoit aux protestans : « ]Mon prédécesseui vou craignoit et ne vor.s i) aimoit guère; moi , ie ne vous crains point et je » vous aime : tranquillisez-vous donc. »

En Lli'et, la tyrannie est toujours lâche j c'est ii* erainte qui la produit.

un pr(3dîge (ju'il eût pu rassembler neuf ^^'o^cents volumes. François I" enrichit cette bibliothèque de tous les manusciifs grecs qu'il put retrouver et qu'il envoya chercher a grands frais dans l'Orient. Durant les guerres civiles, ce trésor littéraire fut pillé et dispersé : des ligueurs ignorans , mais avides, se disputèrent et s'approprièrent ces précieuses dépouilles. Henri IV, destin' à réprimer lous les brigandages , à réparer tous les maux , recueillit tous ces débris é]>ars , y joignit sa bibliothèque de \ endome et acheta de nouveaux livres. Catherine de jNIcdicis avoit laissé en Italie une bibliothèque riche , surtout en manuscrits grecs : c'étoit un démembrement de la fameuse bibliothèque des INIédicis, Hemi la fit acheter pour la réunir à la collection royale; en outre ce prince envoya jusqu'à Maroc pour acquérir des nîanuscrits. Le savant Etienne Hubert , professeur de langue grecque et depuis médecin du roi , fut chargé de cette honorable mission avec le titre à' agent. Henri l'envoya depuis en Espagne pour y faire la recherche des meilleurs livres de médecine, de morale et d imagination, composés par les Arabes. Toutes ces acquisitions forment une grande partie des richesses les plus précieuses de la Bibliothèque royale , et les savans de nos jours

iGo6. jouissent encore des bienfaits de Henri le Grand. Ce fut en 1604 que le roi fit avec le sultan Achniet un traité d'alliance très-avantageux au commerce et glorieux pour la France : il y fut stipulé que toutes les nations de l'Europe, y compris les Anglois, pourroient commercer librement dans les Echelles du Levant , sous la bannière et la protection de la France. Ainsi , ce prince magnanime proiitoit de son ascendant sur l'empereur des Turcs pour assurer la prospérité commerciale de toutes les nations européennes, amies et ennemies. Sa grande àme mé[)risa toujours 1 intérêt , du moment qu'on peut ti'ouver à diviser et à nuire : Henri ne vit dans cette politique odieuse que ses suites inévitables, la haine et les vengeances. Il sentit que tout doit se réunir et s'armer contre la force qui opprime, parce que le véritable emploi de la puissance est de secourir et de protéger. Il n'ambitionna jamais que les titres touchans et glorieux de père, d'ami, de conciliateur, d'arbitre et de protecteur : Présideut II les mérita et les obtint tous. « Le traité Henaut, „ ^g Commerce avec le sultan Achmet chron^ " ^^^ encore remarquable, dit le prési- » dent Hénaut, en ce qu'il fut imprimé » à Paris en turc et en françois , de 1 Im- » primerie des langues orientales, ara- » biques , turqueste , persique , etc. ; ce

DE HENRI LE GRAND. 33j

» qui prouve qu'il y avoit alors à Paris ^^o^- » des caractères arabes et des caractères " des autres langues orientales, avant » même la Bible pol> glotte de le Jay. »

A nulle autre époque , on n'a vu à la cour de France tant de courtisans et d'il- Justres guerriers cultiver les lettres : G rammont , Bellegarde étoient aussi distingués par leur instruction , que brillans par leurs agiémens et leur esprit. Lanoue , dans ce temps, écrivoit ses Discours poliliques; d'Aubigné son Histoire , et ses Epigranimcs en vers. Le premier maréchal de Biron, le duc de Nevers, Villeroy, le duc de Bouillon, Lesdiguieres, Brissac, Brantôme, Bassompierre , les d'Angennes { i ) , Salignac (2) , Sully , ont

(i) D'Angennes de Ramhouillet. Ils étoient huit frères, qui se distinguèrent dans les lettres et les négociations. .Aucun ne fut ligueur, exemple unique , dans ce temps, d'une inviolable fidélité dans une nombreuse famille.

(2) Baron de la Motte Fénélon. C'est lui qui , étant ambassadeur en AngleteiTe , refusa d'excuser auprès d'Elisabeth le inassacre de la Saiut-Barlhelemi , et qui , au lieu de se déshonorer par cet e honteuse apologie, parut à la cour avec toute sa suite en gardant u.i morne silence et en habits de grand deuil : expression muette et frappante d'une profonde indignation et d'une juste douleur. On compte dans cette maison huit littérateur > , juscju'à l'illustre archevêque de Cambrai , et l'on peut encore ajouter à cette liste le marquis de Fénélon, neveu de l'archevcque.

1606. to^is laissé des ÎNIénioires ou d'autres ouvrages (i). Le roi lui-même trouva le temps de cultiver les lettres , dont il fut , comme il le disoit lui-même , le second restaurateur. Ou a déjà dit qu il traduisit les Comment/iires de César, il fit aussi des vers, des quatrains, et il nous reste de ce temps des chansons charmantes qu'on lui attribue généralement. Il fut l'un des hommes de ce siècle qui écrivit le mieux : ses harangues sont admirables, presque toutes ses lettres méritent d être précieusement recueillies. Il ne leur manque, pour être citées comme des modèles dans le genre épistolaire , qu'une langue entièrement perfectionnée.

On trouvera toujours, en les relisant, que jamais 1 ingénieuse bonté ne s est montrée

(i) Le duc de Sully, outre ses Mémoires, a laissé des poL'sies, entre autres un long Parallèle en vers entrv Henri If-' et Ccsar, qui a été traduit en latin par îSicolas Bourbon. Ses Adieux à la Cour sont plus connus :

Adieu , maisons , châteaux , ai-mes , canons du roi.

Adieu, les amitiés et les ainis de conr.

Souffrez , que loin de vous , en toute liberté Je regrette mon roi , non a.isez regretté.

Ce dernier vers ne fomboit que sur quelques per» sonnes de la cour. Un doit mettre aussi ia reine Mar- |!uerite àur la liste des graLds personnages de ce ficelé qui ont été auteurs.

bE HENRI LE GRAND. SSj

^vec tant de délicatesse et de gi*âce , et que iGoG, jamais Tamour et Taniitié ne s'exprimèrent d'une manière plus touchante et plus naturelle (i).

Un souverain ami des lettres Test aussi de tous les arts. Henri appela en France les artistes les plus célèbres de Mtalie et de la Flandre, et dans tous les genres; des peintres, des sculpteurs, des architectes , des musiciens : il aimoit particulièrement la nuisique; il a composé des sarabandes , et plusieurs airs, parvenus jusqu'à nous.

Les INIuses , reconnoissantes , se réunissent toujours pour célébrer leurs protecteurs; elles ont des couronnes pour tous les bienfaits : Henri IV eut de véritables obligations aux gens de lettres. Ce sont eux qui , les premiers , réfutèrent les calomnies des ligueurs, et qui firent connoître ses vertus (2). Les poètes chantèrent ses victoires et sa clémence ; la peinture et la sculpture ont retracé toutes ses grandes actions et multiplié son image; la musique , par des airs devenus natio^ naux, éternisa parmi le peuple le sou-

(i) On ne conçoit pas comment ce prince , dont la vie a élé si occupée et si active, a pu écrire de sa main un aussi grand nombre de lettres. Le duc de Sully dit qu'il en possédoit plus de"quatre mille.

(2) Les aTiteurs de la satire Mènippèe , les écrits couriigeux du vertueux du Belloy, etc.

1606. vpTilr (le sa valllaiire et de sa bonle; Tarchitecture plaça ses chiffres sur les édifices qu'il éleva; les sciences, qu'il encouragea toutes, lui rendirent les mêmes Jiommages; les savans qu'il fit voyager, étendirent sa renommée , et tous consacrèrent leurgratltude dans leurs ouvrages ; 1 art numismatique fit frapper en son honneur un nombre prodigieux de belles médailles ( i ) ' ^^ botanique, dont il établit en France le premier cours et le premier jardin, donna son nom le plus touchant à la plante des champs la plus salutaire, qu'elle appela le bon Henri (2). Enfin les savans, les littérateurs et les artistes s acquittèrent envers lui; mais cette gloire brillante , malgré tout son éclat , seroit imparfaite, si en même temps les fidèles , dans les temples qu'il releva ou fit bâtir , Torphelin et l'indigent dans les hôpitaux qu'il fonda, les écoliers dans les collèges qu'il établit , le voyageur sur les routes

(1) Presque toutes les devises «le ces médailles so'it iDgi'nieuses. Henri donnoit en général les idées nu'il vouloit qu'on exprimât allégoriquemeut ; il deluaiida celle ci pour l'année 1607 : que t on exprime nue si nos anciens ennernis nous Jbnt la guerre en renards , nous la leurjerons en lions. Cette peneée no fut rendue que trés-iiuparfaitement. La médaille représente un lis qui paraît Jermer la porte du temple de Janus , avec ces mots : Clausi , cawele j'ecluda/ii.

(2) Epiaard sauvage.

DE HEVRI LE GRAND. 33c)

ombragées, tracées par ses ordres, le na- ^^o^vigateur sous sa bannière protectrice ,

I artisan dans Tatelier des manufactures qu'il forma,' les paysans dans leurs humbles foyers , n'eussent uni leur voix à ce concert de louanges , pour bénir en lui un ami , un père et un bienfaiteur.

Il ne se passa rien de mémorable dans le reste de cette année ; il s'éleva cependant quelques querelles entre les catholiques et les huguenots, mais qui furent promptement apaisées par la fermeté du roi. Ce prince ordonna de dresser une potence à la porte Saint-Antoine (où s'étoit passé le tumulte ) pour y attacher le premier, de quelque religion qu'il fût, qui troidileroit l'ordre et le repos publics.

II y eut une vive contestation entre le lieutenant civil et le lieutenant criminel, pour savoir auquel des deux appartenoit le droit de faire planter cette potence : une plaisanterie du chevalier du Guet termina cette ridicule dispute ; il dit qu'il falloit planter deux potences, etijuc chacun auroit la sienne (i).

(i) Ce fut aussi dans cette année que le roi et I.i reine (ayant avec eus le duc de Vendôme) , en revenant de Saint-Germain , coururent un g;rand danger. En passant le bac à Neuilly, le bac chavira, ils tombèrent tous dans l'eau : la reine fut sauvée par un gentilhomme nommé la Châtaigneraie, qui la saisit par les cheveux. Plusieurs courtisans restés

3/\0 inSTOlRK

iGoy. L'année 1607 ^^'^ inëniorable par rac-

ï/^'o""*^' commodément du différent qui s'étoit

Ire k' pape ^^cvé entre le pape Paul V et les Véni-

ctks Vc'ni- tiens. Le roi fut leur médiateur. et pacifia

liens; cniie cette cjuerelle. Il se conduisit dans cette

1 »^p^"^" affaire avec tant de sas-esse , que les Etatstic et lEs- , 1 T) • TT • 1

uagne. Généraux des Frovmces-Unies le supplièrent ensuite de leur accorder ses bons oftices pour eng;ager le roi d Espagne à faire la paix avec eux.

La noble pollticpie de Henri étoit connue dans toutes les cours; on savoit cjue toute son ambition ne tendoit qu'à conserver dans l'Europe une tranquillité pareille à celle dont il faisoit jouir ses sujets. Ses nîinijtres , sages et habiles , répandus

■^ dans les cours étrangères , secondoient

avec succès la droiture et la pureté de ses intentions; on n ignoroit pas enrin que leur maître saurait , au besoin, soutenir la cause de la justice et de l'humanité avec toute l'énergie que peuvent donner

.sur la rive se précipifîrent tout liottés tlans l'eau pour courir au secours du roi, qu'ils entourèrent et amenèrent sur le rivage ; mais ce prince , qui savoit nager , se jeta une seconde fois dans Feau pour aider à sauver la reine et le duc de Vendôme. Personne ne périt. Ce qu'il y eut de singulier, c'est que cet accident guérit le roi d'uu grand mal de dents qu'il avoit depuis la veille : aussi dit-il qu'il nat'oit jamais trouue à ce mal de meilleure recelte. La Châtaigneraie reçut du roi un pr.'sent de pierreries et une pension. (Journal de l Etoile. )

de si grands intérêts. Sa prépondérance 160en Europe, loin d'être une usurpation ou un joug pesant , fut une heureuse concession de l'estime universelle : tous les évcneniens prouvèrent lutilité de cet ascendant fondé sur la vertu. On cédoit sans humiliation aux conseils de Henri IV , cétoit se soumettre à la raison ; demander son arbitrage etoit un gage certain de bonne foi, on auroit trahi des desseins pernicieux en le refusant. L'Espagne l'accepta. L'accommodement des arcliiducs (i) avec les Provinces-Unies étoit une affaire épineuse qui offroit les plus grandes difficultés. Il falloit combattre avec douceur et patience la politi(iue astucieuse et \-ulgaire de l'Espagne , et réprimer , adoucir lanimosité trop fondée desHolIandois; l'Espagne, au fond, même en consentant à la paix , vouloit a.sservir les Provinces-Unies , et cette dernière puissance étoit décidée à conserver sa liberté tout entière. Cependant cette guerre avoit mis l'Espagne et les archiducs dans un état d'épuisement dont les Provinces-Unies ne pouvoient se préva-

(i) On appeloit ainsi alors Parchiduc Albert d'Autriche, et la princesse Isabelle-Claire-Eiigénie , fille lie Philippe II , que ce prince , dans ses rêves ambitieux, avoit jadis tenté de phicer sur le trône de I"rance,età laquelle il avoit donné les Payî-Bas eu lii manant à l'archiduc d'Autriche,

1607, loir, car, par l'anéantissoment de lenr commerce , ellesse trouvoient elles-mêmes dansune situation aussi fâcheuse. Tel est, soit avec des revers, soit avec des succès, le résultat de toutes les longues guerres. Les deux puissances commencèrent par signer une suspension d'armes de huit mois, ensuite on négocia. Le P. Neyen,' cordelier, provincial de son ordre, homme d un mérite distingué , porta , au nom des archiducs, les premières paroles de paix. Une chose remarquable, c'est que les négociations des deux traités les plus importans qu'on ait faits dans ce temps , furent l'une et l'autre entamées par deux religieux du même ordre : le traité de Vervins, par le P. Catalagirone, et celuici par le P. Neyen.

Le roi envoya Jeanin pour assister aux négociations , qui durèrent fort longtemps. Ce ministre, suivant les instructions de son maitre, montra, dans tout le cours de cette affaire , autant de modération qvie de prudence. Le traité ne fut signé qu'en 1 609.

Les archiducs et le roi d'Espagne y reconnoissoient pour états, provinces et pays libres sur lesquels ils ne prétendoicnt rien, les illustres seigneurs des Etats - Généraux des provinces unies des Pays- Bas. Ils faisoient avec eux ime trêve de douze années tant par mer que par terre j

chacun demeuroit en possession de ce ^^°Tqu'il tenoit; les bourgs, villages et hameaux étoient joints aux villes dont ils étoient les maîtres.

Ainsi fut établie la souveraineté de la république de Hollande. Henri IV eut la gloire d'avoir assuré la liberté de ce peuple, que ses mœurs, son courage et son industrie, rendent si digne de l'estime de toutes les autres nations. Cette république témoigna au roi sa reconnoissance par une lettre que Ton doit rapporter ici , puisqu'elle est un des titres de gloire de Henri IV.

Lellre des Etais-Généraux au roi; du 21 juin 1609.

« Sire,

» Le sieur président Jeanin , ambas- « sadeur de votre majesté , prenant congé » de nous pour s'en retourner en France , « nous avons jugé de notre devoir de re- « mercier très-humblement votre majesté » que son bon plaisir a été d'envoyer par- » deçà un tel personnage , qui nous a « laissé beaucoup de témoignages de sa « très-grande expérience, jugement, pruw dence et bonne conduite es grandes af- » faires, et qui , par magnanimité et sinj) gulière dextérité , a surmonté toutes i» sortes de difficultés qui se sont offertes :

tellement que tous les gens de bien ont contentement de lui et de ses actions , louent et remercient de bon cœur votre majesté , particulièrement de ce bienfait , comme nous faisons aussi de ses lettres du dix-sept mai et de la ligue et garantie de la trêve conclue entre votre majesté , le roi de la Grande-Bretagne, et nous conjointement. Le sieur président retourne si bien informé et instruit de la présente constitution de notre état, que celle-ci ne portera. que son rapport , mais nous assurons votre majesté qu'après Dieu nous tenons la conservation de cet état des mains d'icelle ^ et que nous et notre postérité demeurons à jamais obligés de la reconnoitre avec toutes sortes de gratitudes et bien humbles services, et n'ayant rien plus en recommandation que de suivre ses très-sages conseils et avis , et de les tenir pour règle en la conduite et direction de nos affaires. Nous avons ferme confiance que votre majesté nous continuera ses paternelles affections , secours et assistance , comme nous len prions bien humblement , et le Créateur , sire , de vouloir conserver la royale personne de votre majesté en très-parfaite santé et très-longue vie. De la Haye , ce vingtdeuxième juin 1609. De votre majesté, les bien humbles serviteurs, les Étais- ,

DE HENRI LE GRAND. 34j

>» Généraux des Pays-Bas unis. Et plus 1^07- » bas, par ordonnance d iceux.

Aeiice>"s. »

Quoique les deux médiations dont on 1608. vient de parler eussent occupé sérieuse- Travail et ment le roi pendant les années 1607 çi'^*^^'^ àelUn^ 1-G08 , elles ne l'empêchèrent pas de don- min^shatron ner toujours la même application à ses au- duroyaume. très affaires. Guerre, politicjue, finances, justice, police, fortifications, artillerie, marine, batimens, manufactures, commerce, sciences, beaux-arts, littérature, il embrassoit toutes les parties de l'administration; il portoit dans toutes ses, branches un coup d'œil de maître , et en dirigeoit les travaux sans embarras et sans confusion. Son zèle poui" la religion lui Lettres indfit mettre tous ses soins à maintenir dans „^ t,^

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