CHAPITRE IL
Les scandales. — Incendie du Mourillon. — Dilapidations commises dans le port de Rochefort. — Fonctionnaires poursuivis et condamnés. — Affaire Bénier» — M. DrouiUard, dépoté de Quimperlé, poursoiri pour corruption éleelorale et condamné par la cour d'assises de Maine-et-Loire. M. Boutmy, poursuivi pour achat de suffrages et acquitté. — Le privilège du troisième théâtre lyrique et les 100,000 fr. donnés à l'Époque, — Le projet de loi promis aux maîtres de poste au prix de 1 ,200^000 fr. — Vente de la promesse d'un titre de pair. — Révélations fai^tes dans un procès civil poursuivi devant le tribunal de la Seine entre quelques actionnaires des mines de Gouhenans.
Dans toutes les discussions sur la réforme» soit dans les journaux, soit à la tribune, le ministère n'opposait aux arguments accusateurs que d'opiniâtres négations. Si Ton signalait la corruption des fonctionnaires publics, il niait la corruption : si Ton accusait les vices du système électoral, il criait à l'exagération, et s*efforcait de prouver que tout le monde était content, moins quelques brouillons ; que tous les fonctionnaires étaient inattaquables, moins quelques rares exceptions. Malheureusement pour lui, les exceptions, à force de se multiplier, devenaient la règle,
et la logique impitoyable des faits donnait aux assertions ministérielles de cruels démentis. Chaque jour révélait une honte nouvelle, et, pendant que le scrutin multipliait les victoires du ministère, les scandales se multipliaient en même temps pour annuler et condamner les victoires. Les procès civils, les poursuites correctionnelles, les actions criminelles, mettaient à nu l'une après l'autre les plaies honteuses des régions officielles. Ce n'étaient plus les hasards d'un fait isolé, mais les conséquences obligées d'un système général ; et il y avait une telle fécondité de souillures, que le corruption semblait vouloir profiter de ses derniers moments, et s'étaler avec d'autant plus d'audace que les réformateurs l'attaquaient avec plus de persévérance. Assurément, pour faire le procès des derniers temps de la monarchie, il n'est besoin de rien imaginer, de rien exagérer. Les crimes se présentent avec un si triste ensemble, que l'histoire ne peut qu'en afi'aiblir le tableau. Nous nous arrêterons seulement aux faits qui excitèrent dans le public ies plus vives émotions.
Depuis plusieurs années, la presse signalait avec indignation les désordres et les dilapidations dont l'administration de la marine était le théâtre. Les accusations avaient été répétées à la tribune, et la cour des comptes elle-même avait fait entendre des paroles de blâme, qui ne laissaient plus aucun prétexte soit à l'aveuglement, soit à la complicité. Il fut décidé par la chambre qu'une comptabilité en matières serait établie dans tous les ports et arsenaux, et qu'une vérification régulière devrait à l'avenir protéger les richesses accumulées de la marine contre le pillage officiel des agents de l'administration.
Cette décision de la chambre allait recevoir son exécu-