‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 99 sur 179 · CHAPITRE \1II · texte numérisé non relu

CHAPITRE \1II

Mais toute nouveauté devenait pour le cabinet du 29 octobre un sujet d'effroi; il semblait que son existence fut attachée à la plus conjplète immobilité, et que, comme un agonisant, il lui fût défendu de se mouvoir, le moindre changement de position devant lui arracher le dernier souffle. M. Dumon vint, dans la séance du 28 mai, protester au nom de la science financière, démontrant avec emphase que des lettres à 20 centimes ne produiraient pas autant de recettes que des lettres taxées en moyenne de 80 centimes à 1 franc. Nous présentons, il est vrai, son argumentation dans sa plus grossière simplicité, lifeis elle n'avait pas d'autre portée. Souvent, du reste, les routiniers de la finance n'ont pas de plus habiles raisonnements, et il en coûte à leur intelligence de comprendre, par exemple, que l'abaissement de la taxe doit augmenter la circulation des lettres par millions, et que la quantité des produits compensera l'abaissement des tarifs.

Aussi M. Dumon fut-il accablé par la logique pénétrante de M. Dufaure. Celui-ci, strictement renfermé dans la question financière, se plut à faire la leçon au ministre, démontra la fausseté de ses calculs, la pauvreté de son arithmétique, ne lui fit grâce d'aucune preuve, et le livra tout meurtri aux sarcasmes du public. Jamais échec ministériel n'avait été plus complet. Mais que pouvait la logique sur une majorité assourdie? Le scrutin vengea H. Dumon de ses mécomptes de tribune: 187 voix contre 162 donnèrent gain de cause à ses calculs.

Il était désormais démontré que le ministère, que la chambre se refusaient obstinément à toute amélioration. La discussion avait prouvé jusqu'à l'évidence la justice, l'utilité, l'exécution facile de la réforme postale ; la résistance

du cabinet n'avait aucun prétexte ; on ne pouvait y voir que la volonté bien décidée de ne rien faire. Quelques conservateurs intelligents s* en affligeaient ; les opposants dynastiques en étaient alarmés; les radicaux s'en consolaient, en prévoyant les conséquences nécessaires d'une aussi foUe obstination. Celait d'ailleurs pour eux une occasion nouvelle de démontrer combien était vaine la politique tant vantée des intérêts matériels. « Toutes les réformes, disaient- € ils, se tienne; les améliorations matérielles découlenf a des pertectionnements politiques. Pour procéder logitt quement commencez donc par la réforme électorale; « tel est l'enseignement que nous devons tirer du scrutin <c d'aujourd'hui. » La leçon ne fut pas perdue, et la question de réforme fut reprise par le public avec une ardeur qui s'accroissait par les refus de la chambre.

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