CHAPITRE IX
lion par la création d'une commission de contrôle, lorsque, le 1*'' août 184S, un immense incendie éclata en plein jour dans notre plus grand port de construction. Le Mourillon, second arsenal de Toulon, construit à Test de la ville, au pied de la presqu'île Lamalgue, prit feu tout à coup sur plusieurs points à la fois, et, malgré les efforts réunis de la garnison et des habitants, des richesses immenses disparurent en quelques instants. L'heure de l'incendie, l'inutilité des recherches pour en découvrir les auteurs, l'opportunité de ce désastre pour couvrir d'un voile de feu de coupables manœuvres, tout fit croire à un crime concerté. On ne sait encore si les soupçons furent injustes ; au moins ils furent bien excusables en présence d'un événement qui venait tellement à propos.
Les pertes s'élevèrent à trois millions.
Le contrôle, néanmoins^ se poursuivit sur d'autres points et amena la découverte des plus scandaleuses dilapidations, surtout dans la direction des subsistances du port de Rochefort. Ces dilapidations portaient sur toutes les branches du service, sur les blés^ les farines, les vins, les salaisons, le combustible. Pour les blés et les farines, la direction des vivres donnait à des meuniers des blés de première qualité, qu'ils devaient moudre et rendre en farines. Les meuniers rapportaient des farines de blés de basse qualité et même de légumes secs. L'enquête prouva que le mélange des substances étrangères avait été porté jusqu'à 38 poui 100. Ces immenses déchets faisaient des bénéfices partagés entre es employés et les spéculateurs, ligués en même temps contre le trésor public et la santé de nos marins. Pour les vins, on consommait les soustractions en simulant des dé« chets ou en portant comme avariés ou jetés à la mer des
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liquider conservés en magasin. Pour le combustible, la maa- Taise foi spéculait sur la différence entre les fagots secs elles fagots verts. L'enquête constatait la soustraction d'une valeur de près de 4,000 francs de bois en une seule fois. Pour les salaisons, c'était un véritable pillage ; supérieurs et ouvriers détournaient à Tenvi. L'exemple donné par les chefs était merveilleusement imité.
De si criants abus exigeaient une répression d'autant plus sévère^ que l'administration centrale avait trop longtemps fermé les yeux. Les coupables furent renvoyés devant la cour d'assises de Poitiers, où le public indigné fut initié à tous les détails des vols organisés par les foactionnaires publics. 11 s'en rencontra cependant quelquesuns dont la probité faisait contraste. On remarqua la déposition de H. Sanson, contrôleur de la marine, qui avait vainement lutté contre les spoliateurs. U déchra que toutes les représentations adressées au ministre et au préfet maritime avaient été inutiles, a J'avais épuisé, dit-Q» « mes moyens de répression ; je m'étais adressé k Tautorité « locale ; il ne me restait plus qu'à recourir à là justice. » M. Lesson, pharmacien en chef du port de Rochefoft^ disait dans sa déposition : ce A Toulon, i Brest, à Roebe- « fort, les exemples ne sont pas rares d'employés au traite* « ment de S ou 3,000 francs, qui ont, en une vingtaine (( d'années, amassé des fortunes de 2 à 300,000 francs. » Cet aveu donnait la mesure, non-seulement de l'étendoe des dilapidations, mais aussi de leur durée. La corruption administrative était dans ces régions un état normal ; las hommes comme MM. Sanson et Lesson semblaient des anomalies.
Une justice tardive frappa quelques-uns des coupables