CHAPITRE XI
et ses amis comprirent aussitôt qu'ils devaient rechercher d'autres alliances.
Il existait à Paris un comité central, établi en 1845, pour diriger les élections de la capitale, et qui, depuis cette époque, avait conservé ses cadres et continué son action. Les numbresde ce comité, propriétaires, négociants, industriels, avocats, médecins, etc., etc., appartenaient, pour le plus grand nombre, au parti radical. N*ayant pas les uns et les autres les mêmes antécédents, ils se seraient peut-être séparés s'ils avaient ensemble agité d'autres questions que celle de la réforme. Mais, sur ce point, ils étaient d'accord, et ils l'avaient bien prouvé, lorsqu'ils avaient, aux dernières élections générales, accepté pour leurs candidats et recommandé dans les mêmes termes, avec le même zèle, des réformistes dynastiques et des réformistes radicaux. M. Barrot osa solliciter leur coopération. Elle lui fut promise, et MM. Pagnerre, Biesta, Recurt et Labelonye allèrent, au nom de leurs collègues, au rendez-vous donné par le chef de l'opposition dynastique. Dans cette entrevue, à laquelle assistèrent MM. Thiers, Abbatucci, Duvergierde Hauranne, Gustave de Beaumont, Garnier-Pagès, Carnot, elc, etc., il fut décidé qu'on inviterait le pays à réclamer, par voie de pétition, la réforme éleclorale et la réforme parlementaire.
Voici le texte de la pétition, qui fut rédigée par M. Pagnerre :
A mcnsxfiims les députés,
« Messiears,
«Noat demandons laréfonne de la loi da i9 avril 1831, dans set dispositions électorales et parlementaires. (( Parce qa*ane expérience de seize années^ l'épreave de six élections
*nS mSTOlRB DE HUIT ANS.
générales, en ont sarabondamment démontré les imperfections, les vices, rimpoissance ;
« Parce qa*elle ne s'appnie sar aacon principe, qa*eUe les viole tons;
« Parce qu'elle n*a pas de base soffisamment rationnelle ni sar la po* pnlation, <, ni sur le territoire ^, ni sur la propriété ^, ni sar les coniribations *, ni sur l'aptitude politique ^, ni sar la capacité intelleotaelle ^ ;
« Parce qa*elle est contraire aa principe même du gouvernement représentatif qui veut que la majorité des dépotés soit le produit delà majorité des électeurs ', et que la majorité des électeurs soit l'exprèssion de la majorité des citoyens;
« Parce qu'elle a créé une circonscription spéciale qui fi'actionne à rintini les collèges électoraux, qui constitue entre le plas grand nombre une inégalité choquante *^ qui donne aux intérêts locaux une prédominance exclusive sur les intérêts généraux, et qui enlève à Velu le caractère de député du pays, du département on même de Perron-
* Dix collèges ont en moyenne une population de S57,01S habitants, tandis que dix autres collèges ont une population de 1 million 591 ,065 habitants. Chaque dépo:é des premiers représente 25,701 habitants, chaque député des seconds en représente 159,106. Le troisième collège du département du Nord a une populatIoL de i26,OI2 habitants autant que neuf autres collèges réunis.
s L'étendue des territoires représentés est très-yariée, très-différente. ' Ici un collège représente des millions de revenus ; là, à peine, la vingtièm partie.
* Cinq départements, la Corse, les Hautes-Alpes, les Basses-Alpes, la Lozère et la Creuse, nommant ensemble U députés, paient 6 millions 149,630 fr. de contributions directes, soit 438,759 fr. pour un député, tandis qu'on dèpartem^it, la Seine^ nommant aussi 14 députés, paie 31 millions 96,088 fr., soit S n^lUona 3S1 ,149 fr. pour un député.
s Dans quelques termes que l'on définibse l'aptitude politique, le cens eontribati ne peut en être le signe complet et exclusif.
• Les citoyens jugés capables de décider de la liberté et de la vie des individiia flont jugés par la loi de 1831 incapables de concourir à l'élection d'un député.membres de l'Institut doivent payer 100 fr. de contributions directes.
» Sur 241,000 électeurs inscrits, 102,000, c est-à-dire la minorité, nomment I députés, plus des 3/5 de la chambre, tandis que 139,000 électeurs, c'est-à^hre la majorité, nomment seulement 177 députés, moins des S/.S.
• Vingt-six collèges ont plus de 1,000 électeurs; trente-cinq, plus de 800; eiaquante-sept en ont moins de 300; vingt, moins de 200. A Paris, dans le deaxièflM arrondissement, 3,000 électeurs ne nomment qu'un dépoté; ailleors, I5d étectean nomment également un déouté.